11° dimanche du temps ordinaire : « Simon, j’ai quelque chose à te dire »

bissuel   Homélie du frère Denis Bissuel

Simon, j’ai quelque chose à te dire. Aujourd’hui Jésus veut parler à Simon. Et s’il s’adresse à lui de cette manière, c’est qu’il a quelque chose d’important à lui dire, comme il a quelque chose d’important à nous dire à nous aussi. Comme si il s’approchait soudain de nous, nous tapait sur l’épaule ou nous faisait un petit signe, en nous disant à nous personnellement : Viens voir par-là, écoute un peu. Quand quelqu’un nous interpelle ainsi, ne sachant jamais à l’avance ce qu’il va nous dire, notre premier réflexe est souvent le recul, l’inquiétude, voire la crainte de celui qui aurait pu faire quelque chose de mal : qu’est-ce qu’il peut bien me vouloir ? Aurait-il quelque chose à me reprocher, ou à me demander ? Qu’est-ce que j’ai encore fait ?

Quand Jésus parle, ce n’est certes pas pour ne rien dire, encore moins pour dire du mal. Sa parole est toujours Bonne Nouvelle pour nous, elle est pour notre bien.

Aujourd’hui il nous invite à tourner notre regard vers une femme. Cette femme, de la ville et pécheresse notoire, était entrée dans la maison d’un certain Simon, un pharisien, qui avait invité Jésus à sa table. Elle savait que Jésus était là, elle avait osé entrer et s’approcher de lui. Son entrée et son comportement avaient fait sensation, inévitablement. Une pécheresse ne pouvait avoir sa place ici.

Elle avait sûrement compris, cette femme, que Jésus était venu là pour changer sa vie. Elle qui dans sa vie avait dû bien souvent parodier l’amour, utiliser le parfum pour agrémenter ses diverses rencontres et en retirer quelques avantages. Aujourd’hui son parfum elle le verse sur les pieds de Jésus qu’elle couvre de baisers ; elle y rajoute ses larmes de pécheresse. Jésus la laisse faire, sans réagir, ce qui le disqualifie complètement comme prophète aux yeux de Simon qui bougonne en lui-même : si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est. Pourquoi donc Jésus ne la chasse-t-il pas ?

La femme devine, comprend qu’elle est pardonnée. Ses larmes sont des larmes de reconnaissance et peut-être de joie. Simon le pharisien n’arrive pas à comprendre, d’ailleurs il n’a pas de pardon à quémander car il s’estime juste. Pire, il se méprend sur le pardon de Dieu qu’il croit pourtant bien connaître. A ses yeux, Jésus n’a pas le comportement qui conviendrait à un prophète ; il devrait repousser l’importune. Pour lui le pardon devrait être précédé par un changement de conduite, une conversion qui en serait la condition. Or c’est le pardon qui donne la force de changer et pas l’inverse.

Jésus va le dire et le confirmer. Il n’y a pas de pardon sans parole, sans reconnaissance et du mal et du bien. Il se tourne vers la femme et s’adresse à Simon : Simon, tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds. Elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux ; tu ne m’as pas embrassé, elle n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu ne m’as pas fait d’onction sur la tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés.

Oui, elle est pardonnée parce qu’elle a beaucoup aimé. Peut-être aussi a-t-elle beaucoup aimé parce qu’elle se savait pardonnée. Le beau geste d’amour de cette pécheresse a pu exprimer à la fois la demande de pardon et la joie d’être pardonnée. Il n’y a pas d’amour sans pardon ni de pardon sans amour. Il n’y a pas d’amour et de pardon sans la foi qui nous donne d’y croire et qui nous sauve, et au-delà sans la paix qui en découle et qui nous comble. Ta foi t’a sauvée. Va en paix.

Cet évangile mène à l’espérance : savoir que quelqu’un nous aime assez pour nous pardonner, pour ne pas nous laisser empêtrés et enfermés dans notre péché, voilà qui met en nous une intrépide espérance. Dieu n’a pas peur de côtoyer les pécheurs, il ne s’en écarte pas pour avoir la paix, au contraire, il les appelle à lui, les pardonne et leur donne sa paix.

Devant Simon le pharisien la pécheresse s’entend révéler la force de la miséricorde et du pardon de Dieu qui agit en elle. Par elle, Jésus vient dire aux pécheurs et aux démunis qu’ils sont aimés de Dieu. Il proclame la Bonne Nouvelle d’un don gratuit, d’un pardon libérant, la Bonne Nouvelle d’un Dieu à nos côtés, bienveillant, miséricordieux, Père plein d’amour et de tendresse pour ses enfants.

Voilà ce que Jésus qui l’interpelle a à dire à Simon le pharisien qui ne croit pas en son attitude prophétique. Jésus l’invite à regarder la pécheresse pardonnée pour que, la voyant et par un jeu de miroir, il puisse se tourner vers lui-même et voir son propre péché, reconnaître son manque d’amour, et s’ouvrir lui aussi à la plénitude de la vie.

Heureux, dit le Psaume de ce jour, celui dont la faute est enlevée, le péché pardonné. Tel est le chemin du bonheur que nous montre Jésus et qu’il nous invite à suivre.