12° dimanche du temps ordinaire : les Tournesols, comme boussole

Thierry Hubert  Homélie du frère Thierry Hubert

Nous vivons notre célébration de ce dimanche avec nos jeunes amis des Tournesols du pèlerinage du Rosaire : il y a Lili, Clara, Rémy, Corentin, Franz, Amélie, Quentin, Augustin … et leur famille.
Et je vous invite frère et sœurs à d’entendre les paroles de Jésus à la hauteur d’une jeune pousse Tournesol. Le tournesol, la fleur, tire son nom de sa propriété bien connue de suivre la trajectoire du soleil. L’Église aime depuis son origine appeler Jésus le soleil levant, lui dont la lumière ne connaît pas de couchant. Nos amis des Tournesols portent bien leur nom. Leur force est de nous apprendre à suivre Jésus.
Il y a quelque chose de troublant dans l’évangile que nous venons de proclamer.
On passe de la profession de foi de Pierre comme une joyeuse révélation « tu es le christ, le messie » à l’annonce tragique de sa passion. On se réjouit et puis toute de suite c’est la douche froide, qui nous glace et casse l’ambiance. Peut-être connaissez-vous d’ailleurs le mot très ironique que l’on prête à sainte Thérèse d’Avila, qui affrontait de sérieux problèmes lors d’un de ses déplacements. S’adressant à Dieu, elle lui aurait dit « Seigneur, ne vous étonnez pas d’avoir si peu d’amis, quand on voit comment vous les traitez ».
Et bien, n’en déplaise à la grande Thérèse, je crois que mystérieusement nos jeunes amis Tournesols nous disent exactement le contraire.


Que la passion de Jésus ne leur ait pas source d’angoisse et de tristesse mais l’heureuse découverte que Jésus, Fils de Dieu, et messie vient parcourir le même chemin qu’eux. Que Jésus les rejoint dans leur chair. Que tout d’un coup, ils ne sont plus seuls parce que Jésus connaît ce qu’ils vivent.
Clara se prépare au baptême et nous sommes une petite équipe à nous retrouver une fois par mois avec Clara et sa maman. Il y a quelques semaines, chacun devait partager au groupe sa plus belle page d’évangile. Et sa maman, qui l’élève seule et découvre à son tour l’évangile nous a dit quelque chose d’extraordinaire. En cherchant sur Internet des passages d’évangile, ce qu’elle avait trouvé de plus beau, nous dite-elle, c’était les sept dernières paroles de Jésus en croix. Elles nous les as lues, écrites sur son cahier.
– Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font
– Père, pourquoi m’as tu abandonné ?
– En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis
– femme, voici ton fils,
– j’ai soif
– entre tes mains je remets mon esprit
Pourquoi était-ce ses plus belles paroles ? Parce que nous dit-elle, « je crois que je pourrais aussi les dire. »
Ça, c’est extraordinaire. Comme la mise en acte du la prophétie de Zacharie dans la première lecture « Ils regarderont vers moi Celui qu’ils ont transpercé ». Voyez combien le chemin de Jésus n’est pas fait pour nous rendre la vie difficile mais inversement que même nos chemins difficiles deviennent un chemin de vie avec Jésus. Voyez comment nos épreuves, naturellement mortifères quand elles sont vécues dans une solitude, prennent un autre sens, une autre direction en les vivant avec Jésus. Voyez comment nos chemins de croix peuvent devenir celui de Jésus, des chemins de traverse, pour vivre en lui, en nous, sa résurrection.

Oui, voyez combien nous croyons en un Dieu qui est allé jusque là ; qui est allé rejoindre par son incarnation, la vie la plus abimée, blessée, pour y apporter sa présence. On sait combien la présence seule de l’être aimé chez les amoureux change totalement la vie. Qui découvre Jésus vit cette même réalité, avec la foi lumineuse ou encore obscurcie de savoir par sa tête, son cœur, sa chair que nous sommes conduits au bout du bout à vivre dans la Vie victorieuse du matin de Pâques, où Jésus « essuiera toute larme de nos yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ».

« je crois que je pourrais aussi les dire. » Moi, j’avais besoin d’entendre cette parole de la maman de Clara. D’entrer dans cet éclairage sur la passion de Jésus, mieux encore d’entrer dans la passion de Jésus, dans cette proximité où ce que je vis et ce que vit Jésus, c’est du pareil au même. Nos chemins de croix, nous ne les choisissons pas. Mais nous pouvons choisir de les vivre au plus près de Jésus, en la présence de Jésus. Et découvrir au cœur même de nos vies éprouvées Celui qui nous demande   » pour vous qui suis-je ? » Et lui balbutier aussi  » pour toi Jésus, qui suis-je ? «