17° Dimanche ordinaire : Notre Père

maurice billet Homélie du frère Maurice Billet

Nous avons entendu Luc. Nous nous sommes rendu compte que le NOTRE PÈRE n’était pas complet. 5 demandes selon Luc ; 7 selon Matthieu. Bien des exégètes donnent des explications à ces différences. Ce matin, je prends le parti de réfléchir sur le texte liturgique, qui a retenu le texte de Matthieu. Pour mesurer l’importance de la prière dominicale, retenons simplement que Tertullien a défini le NOTRE PÈRE comme l’abrégé de l’Évangile. La prière du NOTRE PÈRE est l’une des premières prières enseignées à ceux qui se préparent au baptême.

La prière donnée par le Christ aux disciples commence par un adjectif possessif, au pluriel. « Notre ». Cela signifie que toute véritable prière, même la plus secrète, est incluse dans celle du Christ, et aussi dans une communauté (l’Église). Elle est un dialogue entre nous et le Vivant par excellence. Dieu a fait alliance avec les hommes et cela pour la fin des temps ; sa parole est sûre et ne change pas.

Père. Le titre de père pour parler de Dieu a été peu utilisé dans l’A.T. c’est surtout Jésus qui a utilisé ce titre, et même par un diminutif, Abba, papa.

Avec les progrès de la psychologie et de la psychanalyse, nous savons que ce mot père induit parfois un malaise. Un ethnologue me disait qu’il ne fallait surtout pas définir Dieu avec le mot Père, dans le groupe dont il étudiait la langue et la culture.

Jésus avait devancé nos objections modernes en disant : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. » Mt, 23, 9.

Notre Dieu est un père qui est amour total et libérant. Il nous veut debout et entièrement libres. Son cœur est toujours en état d’opération porte ouverte. Il nous demande seulement de lui ouvrir notre cœur, où si souvent nous sommes à l’étroit. Il nous demande de nous tourner vers lui, en reconnaissant notre état de précarité. Le mot prière et précarité ont la même racine.

Que ton nom soit sanctifié. Dieu seul est saint. Personne ne pourra ajouter quoi que ce soit à cette sainteté. Et aussi il veut signifier que l’on reconnaisse qui il est. Il veut que nous communiquions ce qu’il est par nos paroles et surtout par notre vie, nos actes. « Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait. »

Règne Depuis que le Christ est venu parmi nous, son règne est déjà commencé. Il nous appartient de l’établir.

Dieu n’intervient pas directement dans le déroulement des événements du monde. C’est, notamment, ce que signifie son entrée dans le repos du 7e jour. Désormais, c’est à l’homme de gérer la nature, avec tous ses caprices, et l’histoire, fruit de nos libertés. Le monde est ce que nous en faisons.

Que ta volonté soit faite. Nous le prions pour que les hommes de notre monde réalisent sa volonté, comme elle est déjà réalisée au ciel

Jésus dit à son Père : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Pain quotidien Un sage de l’A.T. nous précise la nature de cette demande. Qo 30,9-8 :« Éloigne de moi mensonge et fausseté, ne me donne ni richesse, ni pauvreté, accorde-moi seulement la part de pain qui me revient ». Et cela chaque jour de nos existences. Nous demandons aujourd’hui le pain de chaque jour comme la manne des Hébreux, qu’il recevait chaque jour. Pas de stock. Aujourd’hui, c’est l’aujourd’hui de Dieu. Nous changeons tous les jours ; la grâce que nous demanderons demain n’est pas toujours celle d’hier, d’aujourd’hui. La prière est quotidienne.

Pardon des offenses Nous demandons le pardon de nos offenses, de nos fautes, de nos péchés, à notre Père. Mais aussi celui des torts commis, vis à-vis de notre prochain. En sachant que ce pardon ne sera donné que si nous pardonnons à ceux qui nous ont nui. Le pardon est un don gratuit de Dieu, fruit de sa miséricorde.

Tentation « Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne », nous dit S. Jacques. Et aussi S. Paul, dans sa lettre aux Corinthiens : « L’épreuve qui vous a atteint n’a pas dépassé la mesure humaine. Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Avec l’épreuve, il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. »

C’est pour cela que l’actuelle formule du NOTRE PÈRE, « ne nous soumets pas à la tentation » est traduite ainsi : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Il faut distinguer entre l’épreuve et la tentation. L’épreuve est en quelque sorte une sorte de test pour évaluer nos forces de pour nous connaître un peu mieux.

Alors, tout devient « bon ». «Même le péché », ose dire saint Augustin.

Mal Il s’agit de nous rappeler que le mal existe. En chacun d’entre nous et aussi dans notre monde. Jésus n’a pas supprimer le mal ; par sa vie, il a montré que le mal n’a pas la victoire ultime. « Soyez vainqueur du mal par le bien. », nous dit S. Paul.

« Dieu peine à cause de celui qui lui communique sa peine » Origène.

Pour terminer, quelques mots sur les deux paraboles de la lecture évangélique de ce jour. Elles nous parlent de la prière. « Il y a autant de manières de prier que de pas qui se font sur terre, nous dit un Père du désert. » C’est la réponse que je donne à ceux qui disent : Je ne sais pas prier. Je ne connais pas les vraies prières, donc ma prière n’est pas valable.

Les lectures de ce jour nous ont parlé de plusieurs manières de prier. Le marchandage, à l’orientale, d’Abraham pour sauver Sodome et Gomorrhe. Le sans-gêne de l’ami qui va réveiller son ami en pleine nuit. Dieu ne dort. Le fils qui va demander à son père un poisson ou un œuf. Dieu sait ce dont nous avons besoin. Il veut que nous lui présentions nos demandes, car il respecte notre liberté. Celui qui insiste peu, aime peu. Celui qui n’espère pas pour tout reste à mi-chemin de l’amour.

Apprends-nous à prier ont demandé les disciples de Jésus. C’est ainsi que commençait l’évangile de ce jour. Il se termine par cette déclaration de Jésus. « Le père du ciel donne l’Esprit-Saint à ceux qui lui demandent. »

L’Esprit est celui qui prie en nous, dans des gémissements ineffables. C’est aussi l’Esprit qui nous donne le pain qui deviendra le corps du Christ, nourriture de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Ce même Esprit nous constitue aussi en une seule famille, l’Église, qui est aussi corps du Christ, pour le salut du monde.