1er Dimanche de l’Avent – Année C – Lc 21, 25-28, 34-36.

« Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse du bonheur… »
Homélie du fr. Jean Pierre Mérimée

C’est le prophète Jérémie qui nous en fait l’annonce ce matin. C’est sur une promesse que notre foi s’appuie, de là qu’elle tire sa force. On pourrait croire que l’histoire de la promesse est d’abord celle de l’infidélité : notre propre expérience recoupe ce que la bible dénonce  des infidélités répétées du peuple de la promesse.

Pour autant, il faut tenir que ce qui qualifie la promesse, ce n’est pas l’inéluctable trahison, c’est d’abord un engagement à répondre de la parole donnée, une décision d’affirmer notre responsabilité, humaine pour chacun de nous, divine pour Dieu. Cette parole est action. Que je dise « Je t’aimerai toujours », ou « En janvier j’aurai fait baisser le chômage » ou « Voici venir des jours-oracle du SEIGNEUR-où j’accomplirai la promesse de bonheur »/à l’instant même où je promets- où Dieu promet- /je proclame, Dieu proclame non seulement l’incertitude inhérente à l’avenir mais surtout la capacité à engager cet avenir imprévisible, qui soudain dépend tout entier de moi, de Dieu. Acte éthique par excellence, la promesse est donc la manifestation la plus puissante de notre volonté, de la volonté de Dieu, le témoignage le plus exaltant de notre liberté, de la liberté de Dieu. La promesse est cette parole qui se jette en avant,  ce don inconditionnel qui nous oblige et nous lie à autrui, qui oblige et qui lie Dieu et son peuple.

Aujourd’hui j’attends un enfant, l’enfant de la promesse. La promesse juive, c’est celle de la descendance d’Abraham, nombreuse comme les étoiles au ciel. Elle tire son origine et sa fécondité de l’alliance. Il y a une autre promesse, de culture latine, qui la lie à mon  destin, que je dois prendre en charge,  m’approprier. Le christianisme lie les deux promesses.Paul aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur affermisse vos cœurs les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les Saints. »

Sans promesse il n’y a ni confiance, ni amour, ni religion, ni droit, ni politique. Mais faut-il pour autant nous laisser promettre des lendemains qui chantent ou des paradis trompeurs ? Ou à l’inverse faut-il renoncer à toute espèce de promesse, à commencer par celles qui n’engagent que ceux qui naïvement y croient ?

Il y a une promesse qui engage pour elle-même, une annonce qui vaut pour elle-même et qui en même temps est l’annonce d’un bien : C’est ce que tient notre foi : De l’annonce on passe à la bonne nouvelle, qui vient remplir l’annonce, l’assurer de son bon et heureux contenu.

J’attends un enfant, nous attendons l’enfant de la promesse. C’est le sens des textes de ce jour qui ouvrent l’Avent.

La promesse d’un enfant, c’est ce qui fonde la possibilité même d’un monde à venir. C’est ce qui nous fait tenir.  C’est ce qui nourrit notre espérance, éclaire notre foi, nous rend capable d’aimer.  C’est la promesse d’un enfant qui nous projette dans l’avenir, nous ouvre les temps nouveaux,  habite notre attente, tient éveillée notre vigilance des signes des temps.L’évangile de Luc nous le demande : « Restez éveillés et priez en tout temps :ainsi vous aurez la forced’échapper à tout ce qui doit arriver,et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »

Et Paul aux Thessaloniciens : « Que Dieu vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant… » Il s’agit donc de prendre notre place dans l’effectuation de la Promesse en vivant de cet amour que Dieu nous donne.

Cet amour débordant, il est à l’œuvre dès aujourd’hui  pour qui sait voir : deux témoignages parmi mille autres où l’on entend déjà battre le cœur de l’enfant de la promesse: Ainsi avant- hier au soir, dans le métro : Beaucoup de monde pressé de rentrer après une journée de travail. Des larmes coulent silencieusement d’un visage de femme assez jeune. A la station suivante, une autre femme un peu plus âgée passe devant elle, lui met discrètement la main sur l’épaule, sans rien dire, et descend.

Autre témoignage récent : Raymond, un vieux copain de boulot, je vais  déjeuner chez lui. Je remarque qu’il n’y a pas de vin sur la table alors que l’expérience me faisait appréhender  les fins de repas, toujours un peu querelleuses d’avoir été trop arrosées. Sa femme, atteinte d’une sclérose en plaques m’explique qu’il a arrêté de boire du jour où il a pris conscience de la gravité de sa maladie, pour pouvoir la soigner. Merveilles de ces témoignages, aussi minuscules soient-ils pour certains, d’un amour qui déborde, qui traduit en acte cette promesse.

Pour le croyant, la promesse est la vérité de la parole et c’est en elle qu’elle est toujours tenue. Dans un style apocalyptique, l’évangile de ce jour renvoie à cette Parole. Parole pour temps de détresse : Elle décrit des signes effrayants, langage codé pour annoncer que le monde présent passe. Parole de consolation : elle invite les croyants à tenir bon : « Votre libération approche ». Parole enfin qui « lève le voile », « révèle » (c’est le sens du verbe apocaluptein), la face cachée de l’histoire, – « l’envers du monde » pour reprendre l’expression du beau livre de notre frère Bruno- pour conclure sur cette belle promesse« Vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l’homme. »

J’attends un enfant, nous attendons ensemble l’enfant de la promesse, le Fils de l’homme, l’enfant-Dieu-avec-nous. Ne sentez-vous pas l’enfant bouger déjà, frémir en vos entrailles en ces temps de détresse?