4° dimanche de Carême : réparer les vivants

Homélie du frère jean-Pierre Mérimée

« En ce temps là en sortant du temple, Jésus vit ». Il vit : notation d’apparence anodine – il s’agit d’une scène de la vie quotidienne, un pauvre à la porte d’une église – mais pas si banale que ça en vérité. Encore faut-il voir en effet ce que l’on voit, cela veut dire déjà ne pas détourner le regard, ensuite savoir exercer une qualité de regard particulière, permettant de prendre la mesure de ce que l’on voit  et d’en tirer les conséquences : une règle de conduite, un comportement. C’est donc se sentir engagé par ce que l’on voit. Ce n’est pas si fréquent, même si on n’est pas aveugle de naissance. La politique de l’autruche, nous connaissons.

Il faut également, autre précision du texte, sortir du Temple, rencontrer celui qui est à la porte, sur le parvis, le profane au sens étymologique du terme : celui qui est pro-fanum, devant le temple.

Car, souligne Jésus : « Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour». C’est ce que Jésus est venu faire parmi nous : réparer les vivants, tous les vivants, en faire des voyants, des croyants, leur permettre de vivre enfin leurs désirs d’être eux-mêmes, d’accomplir pleinement leur humanité en libérant ce gisement de lumière qu’ils portent en eux depuis l’origine. Gisement prisonnier de leur nuit, de leurs obscurités, de leurs violences, de leurs lâchetés comme l’amande est prisonnière de la coque, comme le regard de l’aveugle de naissance est privé de la lumière. « Frères, autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant dans le Seigneur, vous êtes lumière » affirme Saint Paul aux Ephésiens.

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Triduum Pascal #18-30 ans

Pour la deuxième année consécutive, le couvent propose aux 18-30 ans de venir vivre avec la communauté le Triduum pascal, du 13 au 16 avril prochain.

Pour s’inscrire, envoyer un mail à couvent.lille@dominicains.fr.

3° dimanche de Carême : Et l’eau se souvient…

Homélie du frère Thierry Hubert

« Donne-moi à boire. » dit Jésus à la samaritaine.

Et Jésus se souvient, fatigué et assoiffé, de cette soif qui prend à la bouche, à la gorge, aux entrailles. « Donne-moi à boire » : quelques mots qui traversent son corps comme le souvenir de la parole de son père dans la bouche du prophète Jérémie : «  Ils m’abandonnent, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ». Jésus, épuisé, assoiffé de son désir de nous désaltérer, d’engendrer en nous une source, celle où la vie jamais ne s’épuise.

Et ici, l’eau du puits de Jacob se souvient. À l’heure de midi.

Car l’eau de source toujours se souvient de sa nappe souterraine, profonde et ténébreuse, de son origine inaccessible et pure. L’eau vivante se souvient de son commencement, quand de la terre vague et informe, tohu-bohu et chaos, fraîchement, silencieusement, déjà elle était.

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Transfiguration du Seigneur : trois tentes ?

Homélie du frère Franck Dubois, op

Encore une fausse bonne idée, Pierre. Planter des tentes, c’est bien mais tu dois te douter que Moïse, il en a soupé des tentes. 40 ans dans le désert, de campement en campement, ça suffit. Crois-en un ancien scout, après 40 ans, le camping on trouve ça un peu short. Et puis, ton idée Pierre, sonne comme un retour en arrière. A l’époque, Dieu se cachait à Moïse sous la tente, dans la nuée, alors que maintenant, ils s’entretiennent face à face. Tu vois ? Elle est là, devant lui, la voix qu’il entendait dans le buisson, la lumière qui le guidait à travers la mer rouge. Et Moïse dont le visage rayonnait en descendant du Sinaï contemple, rayonnant, la face dont il tenait sa gloire.

Et puis, Pierre, juste un détail : tu la trouves où ta tente ? Je ne t’ai pas vu monter avec, tout à l’heure, quand tu escaladais la montagne avec Jean et Jacques. Tu devais te demander d’ailleurs. Où nous mène-t-il ? Chaque pas t’éloignait de ceux que tu avais quittés, en bas : les autres disciples, les femmes qui vous accompagnaient. Cette ascension c’était comme une nouvelle rupture, un nouveau départ. Il y avait eu, déjà la rencontre au bord du lac, l’appel à tout quitter : pays, famille, métier. Mais Pierre, tu comprends maintenant : ce n’est pas toujours le premier départ qui est décisif. Parfois, on ne part vraiment que longtemps après avoir pris la route.

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1er dimanche de Carême : au désert

 Homélie du frère Emmanuel Mbolihinihe

Comme chaque année, en ce premier dimanche de carême, l’Église propose à notre méditation le récit évangélique de la tentation de Jésus au désert.

Dans le langage biblique, le mot tentation désigne principalement la sollicitation au péché (ou au mal), venant de Satan.

Il s’agit alors d’une mise à l’épreuve dans laquelle le croyant est appelé inéluctablement à choisir entre l’obéissance à la Volonté de Dieu et sa transgression.

En effet, Satan ne tente jamais ses propres adeptes ou partisans, c’est-à-dire ceux qui ont signé de pacte avec lui, ceux qui sont déjà sous son pouvoir et à son service. Il ne tente que ceux qui croient, aiment, craignent, servent et adorent le Seigneur en toute vérité.

Il fait cela toujours par jalousie, dans le but de les éloigner de Dieu et de les priver de la Rédemption, comme lui-même en est privé.

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Cendres 2017 : sonner la trompette

Homélie du frère Denis Bissuel

En ce premier jour du carême nous entendons venus du Seigneur quelques mots forts, qui sont des verbes, des impératifs même : revenez à moi ; convertissez-vous ; laissez-vous réconcilier ; déchirez, oui déchirez votre cœur et revenez au Seigneur.

Un temps nous est donné, symbolique, de 40 jours, temps biblique nécessaire pour gravir la montagne de Dieu, traverser le désert pour arriver en terre promise, temps d’une génération donc de notre vie. Temps au cours duquel il doit se passer quelque chose, encore faut-il le vouloir, le désirer d’un grand désir. Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que nous voulons ? Vouloir changer notre manière de vivre, nous convertir, réorienter notre vie vers le Seigneur pour la rendre conforme à ce qu’il attende de nous.

C’est le moment, nous dit l’apôtre, l’heure est venue ; c’est vrai et peut-être plus que jamais.

Nous vivons une période délicate et difficile. Notre société est travaillée par de nombreuses et parfois redoutables questions, et doit faire face à de grands défis. Les clivages, les tensions, les fractures divisent et déchirent notre humanité et provoquent des réactions de peur, de repli et de haine. Il y a et il y aura des décisions à prendre dans la société, dans l’église, dans notre église, dans nos communautés, dans notre communauté, et dans notre vie personnelle, pour les réorienter dans la bonne direction.

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