25° Dimanche Ordinaire : Confiance !

thomas-marie-gillet Homélie du frère Thomas-Marie Gillet

Voici que nous venons d’entendre la parabole du gérant habile. Je pourrais sans doute vous partager une réflexion sur le maître de ce monde, sur l’argent injuste. Je me ferais ainsi l’écho du prophète Amos pour à mon tour dénoncer les souffrances des « humbles du pays », des malheureux qui sont écrasés par l’injustice sociale, par la corruption, par le capitalisme au visage inhumain de ceux qui préfèrent écraser le pauvre en augmentant leur profit par n’importe quel acte frauduleux, trompeur. À l’exemple d’illustres prédécesseurs comme Dominique ou Jean Chrysostome dont nous avons célébré la mémoire mardi dernier, j’essaierais de nous sortir du rêve que nous semblons parfois vivre tout en étant éveillés, de nous ouvrir les yeux sur le monde tel qu’il est et non pas tel que nous l’imaginons ou tel qu’il nous apparaît derrière nos écrans médiatiques, pour enfin voir l’autre, mon frère, ma sœur en souffrance et par un geste, une parole, quelque chose de simple et de concret, soulager sa misère…

Mais en amont de cette hypothétique rédaction d’un nouvel article du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, il nous faut nous arrêter sur la leçon que le Christ lui-même apporte à son récit : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande » (Lc. 16, 10). « Confiance », un mot, chers étudiants, que vous avez déjà beaucoup entendu depuis votre arrivée au Foyer. La vie en communauté que vous avez choisi d’expérimenter, la vie en Église que nous menons ensemble, frères et sœurs, peut en effet nous apprendre la confiance, nous apprendre à changer notre regard sur nous-mêmes et sur les autres, à ne pas nous laisser enfermés par des idées toutes faites ou par des jugements a priori. En vivant les uns avec les autres, en portant sur l’autre un regard de disciple du Christ, en trouvant chez l’autre une main tendue, en étant pour l’autre un soutien, un réconfort, nous découvrons qu’au-delà de notre péché, de nos limites, de nos échecs, nous restons dignes de confiance, nous comprenons que rien ne peut détruire cette dignité et alors nous considérons la vie avec espérance.

Celui qui, par excellence, est digne de confiance, celui qui est fidèle maintenant et toujours, celui auquel nous accordons notre foi, c’est Jésus, le Christ, le Fils du Dieu Vivant. Cette relation de confiance primordiale avec Lui nous la vivons dans la prière qu’elle soit personnelle ou liturgique. L’apôtre Paul nous introduit dans cette démarche : « Bien-aimé, j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes » (1 Tim. 2, 1). En la référant à Dieu et à la prière on pourrait croire que cette relation de confiance procède uniquement d’un mouvement vertical. Mais il n’en est rien, la confiance sans fruits concrets, la foi sans les œuvres en d’autres termes, est une confiance morte (cf. Jc. 2, 17). La relation qui unit Dieu aux hommes et qui nous unit à Lui doit nourrir notre relation aux autres, au prochain. Et si la confiance s’éprouve dans l’intimité de l’amitié, la foi s’éprouve dans la miséricorde. De confiance en confiance, notre cœur doit s’élargir. Être à la hauteur de la confiance divine nous empêche de servir à la fois Dieu et Mamon. C’est dans la dignité d’être confiant, d’être qui fait confiance et à qui l’on fait confiance, dignité venant de Dieu et reconnue à tous, c’est dans cette dignité donc, que peut s’enraciner l’action en faveur des « humbles du pays ».

Frères et sœurs, Dieu nous a tellement fait confiance, qu’Il fait de nous ses collaborateurs dans la construction de son Royaume. En communiant ce matin à son Corps et à son Sang, demandons-lui d’augmenter notre foi et de continuer à faire de nous, là où nous sommes, au-delà de nos limites, des médiateurs de la confiance. AMEN.