28° Dimanche Ordinaire : la Peste et vivre ensemble

IMG_0883  Homélie du frère Emmanuel Mbolihinihe

En Israël, au temps de Jésus, la lèpre était la pire de toutes les maladies. Elle était considérée comme le châtiment divin infligé aux grands pécheurs. Pour cela, les lépreux étaient méprisés et marginalisés. Ils étaient obligés de vivre en quarantaine, loin des habitations, afin d’éviter de contaminer d’autres personnes par leur impureté. Voilà pourquoi les dix lépreux de l’Évangile de ce jour se sont tenus à distance de la foule, pour implorer la pitié de Jésus.

Cependant, les dix lépreux ne cherchent pas à se faire guérir individuellement; ils ne crient pas, chacun pour son propre compte « Jésus, Maître, aies pitié de moi »; mais tous ensemble, d’une seule voix et avec les mêmes mots, ils supplient: «Jésus, Maître, aies pitié de ‘‘nous’’ !».

Le comportement de ces lépreux est une condamnation de l’égoïsme de quiconque voudrait se faire sauver seul, au désintéressement du sort de ses semblables.

C’est intéressant de voir comment la lèpre a été pour les juifs et le samaritain une occasion de vivre ensemble; comment elle a permis à des personnes qui, lorsqu’elles sont en bonne santé, se méprisent, se haïssent, se combattent et s’excluent, de pouvoir se réunir. La prise de conscience de leur commune misère a rendues solidaires juifs et samaritain. Le mal commun, la lèpre, a annulé leurs différences, leurs traditionnelles inimitiés et a abattu les murs de la haine qui les séparaient.

Eh bien, oui ! Dans la vie, il arrive souvent que, lorsqu’une personne se considère juste, pur et parfait, qu’aussitôt elle élève un mur d’orgueil pour se protéger de ceux qu’elle considère comme des impurs. Par contre lorsque quelqu’un prend conscience d’être soi-même un pécheur, il ne se sent plus supérieur aux autres, il ne juge plus, ne critique plus, n’exclut plus les autres, mais il se fait solidaire de tous.

A la différence de ceux qui, comme moi, restent souvent sourds, indifférents et insensibles aux cris de détresse des pauvres, Jésus, lui, s’arrête et exauce le vœu des dix lépreux. Mais, avant tout, il leur ordonne d’aller se présenter aux prêtres.

Or, selon la loi de Moise, seules les personnes guéries de la lèpre devaient se présenter chez les prêtres, afin de faire certifier par eux leur guérison, en vue d’une éventuelle réinsertion dans la société. Ce qui n’était pas le cas pour les dix lépreux. En effet, au moment où Jésus leur a demandé d’aller se présenter aux prêtres, ils n’étaient pas encore libérés de leur maladie. Ils pouvaient donc prendre la recommandation de Jésus pour une farce et se révolter contre lui, à l’instar du syrien Naaman, dans la première lecture.

Mais, les dix lépreux ont du faire confiance aux paroles de Jésus et c’est pour cela que, chemin faisant, ils ont été guéris. Voilà, chers frères et sœurs, ce que signifie ‘’croire en Jésus’’ : c’est lui faire confiance ; c’est accueillir sa Parole et la mettre en pratique, même lorsqu’il nous demande des choses difficiles à comprendre ou à réaliser. Aussi, aux noces de Cana,  Marie dira-t-elle aux servants: « Faites tout ce qu’il vous dira » !

De la même manière, devons-nous avoir foi aux paroles et gestes des serviteurs de Dieu (le pape, les évêques, les prêtres, les diacres), lorsqu’ils nous parlent ou agissent au Nom du Christ : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », avait déclaré Jésus à ses disciples  (Jn 20, 21). Et encore : «Qui vous écoute, m’écoute. Qui vous méprise, me méprise. Et qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16).

C’est le même enseignement que nous retrouvons dans la première lecture.

Lorsque, en effet, le prophète Elisée demande au général syrien Naaman d’aller se plonger sept fois dans le Jourdain, dans un premier temps, ce dernier proteste. Mais lorsqu’il se ravise et exécute la recommandation de l’homme de Dieu, il est aussitôt guéri de sa lèpre. Nous aussi, nous sommes des lépreux. Notre lèpre, c’est le péché, qui nous éloigne de Dieu et de nos frères et sœurs. Par conséquent, comme les dix lépreux de l’Evangile de ce jour, nous avons besoin d’être guéris par Jésus.

Voilà pourquoi, au début de chaque célébration eucharistique, la liturgie nous fait répéter les cris de ces dix lépreux: «Seigneur prends pitié ! O Christ, prends pitié !» Pour nous purifier de nos péchés le, le Christ nous envoie, nous aussi, vers les prêtres, pour obtenir, à travers le sacrément de la pénitence et de la réconciliation l’absolution, la bénédiction et la réinsertion dans la vie normale des enfants de Dieu.

L’Évangile de ce jour nous rapporte, par ailleurs, que Jésus s’était étonné de voir que, des dix lépreux guéris par lui, un seul soit revenu pour le remercier et pour louer Dieu. Il s’est étonné surtout du fait que le concerné fut un étranger, un samaritain, un de ceux que les juifs qualifiaient d’impurs. Aussi, pour son geste de reconnaissance, ce samaritain a pu obtenir, en plus de la guérison corporelle, le salut de son âme.

Quant à ses neuf compagnons, qui pourtant étaient des juifs, les descendants d’Abraham, les héritiers de la promesse, les connaisseurs des Saintes Ecritures, ils ont continué tranquillement leur bonhomme de chemin vers les prêtres, tout pressés qu’ils étaient d’obtenir leur insertion en société.

Voilà, chers frères et sœurs : les personnes qui ne partagent pas notre foi en Jésus et que nous considérons comme des impies, peuvent parfois nous défier et nous devancer par la rectitude de leur vie et de leur conduite devant le Seigneur. Aussi Jésus avait-il déclaré aux pharisiens que les prostituées et les publicains les précéderaient dans le Royaume des Cieux.

Que le Seigneur aide chacun de nous à être toujours reconnaissant à son égard et envers tous ceux qui nous font du bien et à pouvoir lui en rendre grâce! Amen