29° Dimanche ordinaire : KO sur l’impôt !

 Homélie du frère Benoît Ente

Ils sont malins ces pharisiens. Leur cerveau est en ébullition. Ils méditent, ils cherchent et se donnent du mal pour piéger Jésus. Ca y est, ils l’ont trouvé. Ils ont trouvé LA question qui tue. « Faut-il payer l’impôt à l’empereur César ? » Si Jésus répond oui. Il légitime l’empereur et son culte. C’est incompatible avec un messie. Si Jésus répond non. il se pose en ennemi du pouvoir impérial. Il risque la peine capitale. Leur machination est parfaite.

Oui mais en face d’eux, il y a Jésus. Jésus qui va les mettre K.O. en trois round. Premier round, faire tomber les masques. Jésus sait que les pharisiens ne cherchent pas vraiment la réponse. Ces hommes flattent Jésus pour le faire tomber. Il sait et il le leur dit avec un mot, d’ailleurs le premier mot qu’il leur adresse « Hypocrites ». Avec ce seul mot, Jésus sort d’une relation fausse qui a l’apparence d’une gentil discussion théologique entre ami, il sort de cela pour entrer dans ce que la relation est réellement : un rapport de force, une question de vie ou de mort.

Deuxième round, relever discrètement l’ambiguïté des pharisiens. « Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Et ils lui montrent une pièce à l’effigie de César. Par ce geste, ils disent sans le dire qu’ils profitent du pouvoir romain. Ils utilisent sa monnaie pour leurs échanges commerciaux. Ils dépendent de ce pouvoir et acceptent cette dépendance. Dès lors pourquoi refuser l’impôt à celui qui leur rend des services ? N’ont-ils pas déjà répondu à leur question ?

Troisième round, distinguer et non opposer. Les pharisiens avaient tablé sur une réponse du type oui ou non. Or Jésus se montre plus subtile, il leur propose une double réponse de type oui et oui. Les pharisiens opposent Dieu et l’Empereur. Or en les opposant, implicitement, ils les mettent à égalité. Ils font de César un dieu. C’est l’un ou l’autre. Jésus, au contraire, ordonne, hiérarchise. Il remet chacun à sa place. « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Deux bonnes nouvelles pour nous : tout d’abord César n’est pas Dieu. Ses biens, son pouvoir se limitent aux pièces qui portent son effigie. Ensuite, Dieu n’a pas besoin de nos euros. Nous n’emporterons pas notre carte de crédit au paradis. Elle serait totalement inutile.

Mais qu’attend-il alors Dieu ? Qu’est-ce qui porte l’effigie, l’image de Dieu et que nous devrions lui rendre ? Le Fils bien sûr. Jésus. Il est l’image du Dieu invisible nous dit saint Paul. C’est lui qui porte le sceau du Père. Non une image qui serait une forme visible extérieurement, mais une image qui est esprit, liberté, amour fou. Une image qui se traduit par des gestes, des paroles, un regard, une caresse. Jésus porte en lui l’image du Père. Il est l’image du Père. Et il s’offre lui-même au Père : Père, entre tes mains je remets mon esprit.

A chaque Eucharistie, frères et sœurs, c’est cette même offrande du Fils au Père qui se réalise par nos mains. Écoutez les paroles de la prière Eucharistique, c’est exactement ce qu’elle dit : En rappelant la mort de Jésus Christ, en proclamant sa résurrection, en attendant aussi qu’il vienne dans la gloire, nous t’offrons son corps et son sang.

Le Fils s’offre à son Père et il nous emporte dans son offrande. Car nous-aussi frères et sœurs, notre cœur porte un tatouage indélébile, une image, celle du Dieu blessé par amour. Jésus nous révèle à nous-même. Il s’offre à son Père et par ce geste, il dit que tout homme est fait à l’image de Dieu, que Dieu a imprimé sa marque en lui et que tout homme est fait pour Dieu. Jésus nous emporte dans son offrande. Ecoutez encore les paroles de la prière Eucharistique, c’est aussi ce qu’elle dit : Accorde Seigneur à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coup d’être rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire.

Frères et sœurs, ce week-end dans ce couvent, nous avons médité avec une quarantaine de personnes sur la figure de Marie-Madeleine, une femme nous dit Jésus qui a beaucoup aimé. A son exemple, dans cette Eucharistie comme dans notre vie, rendons à Dieu ce qui est à Dieu : le fils, son offrande et notre offrande, son amour et notre amour. Amen.