29° dimanche ordinaire : Prier avec insistance

Benoît Ente Homélie du fr. Benoît Ente, op

Il y a plus de 15 ans, je découvrais le monde monastique. C’était au Mont des Cats. Notre petit groupe avait rencontré un moine pour lui poser toutes sortes de question. A la fin de la rencontre, il nous demande : « Puis-je vous poser à mon tour une question ? » « Bien-sûr. » « Est-ce qu’il vous arrive de prier ? » C’était son unique question. Elle réveillait d’un coup notre expérience spirituelle la plus intime. S’adresser à un être transcendant qu’on ne voit pas. Comme c’est étrange. Et pourtant, c’est si répandu dans le monde, si ancien dans notre histoire. Aujourd’hui, ce dimanche est consacré à la prière, celle que nous portons ensemble et qui, à force d’insistance vient toucher le cœur de Dieu.

Un Dieu proche

Moïse au sommet de la colline tenait les mains levés dans un geste de prière. Moïse n’a pas pris une épée ou un arc pour faire nombre face à l’ennemi. Non, Moïse s’est retiré pour intercéder auprès de Dieu. Et son intercession a eu un effet direct dans le monde, dans le combat que menait Josué. Ce n’est pas de la magie. Ce n’est pas non plus un processus psychique qui libérerait des forces cachées. Mais c’est un Dieu qui se laisse toucher par la demande d’un homme.

L’Évangile nous redit la même chose. Le plus surprenant dans la parabole de Jésus, c’est ce qui la précède. Avant même de commencer son histoire, Jésus prévient : attention, cette parabole va vous parler de la prière. Ainsi le juge est une figure de Dieu. Notre Dieu est comparé par Jésus à un homme qui se laisse dérangé, bousculé. Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? s’interrogeait déjà l’auteur du Deutéronome. Jésus apprend à ses disciples combien Dieu est proche, combien il se laisse toucher chaque fois que nous l’invoquons.

La prière insistante

Moïse sur la colline a prié toute la journée, jusqu’au coucher du soleil. Sans cette persévérance de Moïse, Josué n’aurait pas remporté la victoire. De même dans l’Évangile. Pendant longtemps nous dit Jésus, la veuve est allé voir le juge qui refusa de lui rendre justice. Elle a insisté et c’est par son insistance qu’elle a obtenu ce qu’elle demandait. Notre Dieu si proche serait-il un peu sourd ? Pourquoi exige-t-il cette insistance ?

Pour toucher notre Dieu, il nous faut insister. Non pas répéter, mais insister, persévérer, durer jusqu’au bout. Parce que la prière est aussi un apprentissage pour nous. En vérité frères et sœurs, la prière n’a pas un début et une fin. Notre vie entière est appelée à devenir prière. Notre prière par son insistance tend à devenir aussi naturelle que notre respiration aussi simple que de dire boujour, merci ou s’il te plaît. La prière persévérante est en fait l’entrée progressive dans l’unique prière, la prière de notre vie.

Une œuvre commune

Une prière qui dure et Moïse sentait le poids de cette durée. Ses mains s’alourdissaient. Heureusement Aaron et Hour lui soutenait les mains. Heureusement aussi Josué combattait au pied de la colline jusqu’au bout. La prière est une œuvre commune. Chacun à sa place. Chacun est important. Moïse l’ancien qui intercède. Aaron et Hour qui le soutiennent et le jeune Josué qui agit.

Nous ne pourrons persévérer dans la prière qu’en nous aidant les uns les autres. C’est ce que nous sommes venus chercher à Lourdes pour ceux qui y sont allés. C’est ce que nous vivons ici maintenant. Nous sommes rassemblés ce matin pour nous soutenir les uns les autres dans la foi, pour ensemble nous adresser à Dieu et lui demander que son Règne vienne. Et un jour, notre persévérance, la persévérance des millions d’hommes et de femmes prononcent cette prière, un jour nous serons exaucés. Et ce jour là, le fils de l’homme trouvera la foi sur la terre.

Père très saint, toi qui te laisse toucher, toi qui te fait proche chaque fois que nous t’invoquons, écoute nos paroles. Accorde nous de persévérer toujours, toute notre vie dans une prière humble et confiante. Inspire toi-même nos demandes, qu’elles jaillissent de nos entrailles, qu’elles plongent à la  source de nos désirs et qu’elles nous fassent toucher notre cœur profond, le cœur de Dieu. Amen.