3° dimanche de l’Avent : désert de solitude

Homélie du frère Jean-Laurent Valois,op

Au fur et à mesure que nous entrons dans l’Avent, frères et sœurs, nous faisons l’expérience d’un double mouvement : D’une part, le Seigneur vient, d’autre part, nous allons vers lui. C’est l’expérience que fait et exprime Jean-Baptiste. D’abord, le Seigneur vient « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi. » Et ensuite, nous allons vers le Seigneur: « dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. ». Chez Isaïe, cette parole annonce la libération du peuple exilé à Babylone. Le Seigneur prend sa tête pour le ramener sur sa terre. Une parole toujours relue comme l’annonce de la venue du Messie : « Oui, dans le désert, Préparez les chemins du Seigneur ! »

Le désert… Ne s’agit-t-il pas aujourd’hui de nos campagnes ou des quartiers de nos villes – surtout les plus déshérités – ? Ces déserts peuplés d’hommes et de femmes qui subissent le plus grand fléau de notre époque ; la solitude ! Ils souffrent parce qu’ils se sentent abandonnés des hommes et de Dieu. Les migrants sont loin d’être accueillis. La fracture sociale exclut les uns, le matérialisme ambiant réduit les autres à n’être considérés qu’en fonction de ce qu’ils achètent, bref, la fraternité s’étiole. Et c’est dans ces déserts-là qui, de jour en jour gagnent inexorablement du terrain, comme au Sahara, que le Messie est attendu.

         Alors, Dieu renouvelle sa promesse. Pour Lui, il n’y a pas de désert qui ne soit appelé par sa présence vivifiante à refleurir. Au plus secret de nos aridités, Dieu nous rejoint et nous mène sur l’autre rive. Comment ? En choisissant de venir lui-même en ces déserts pour, comme le dit Isaïe dans notre première lecture, guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Ce que fait Jésus.Et Dans notre évangile, Jean-Baptiste a une confiance saisissante en Jésus.

 

Pourtant, il y a de quoi se poser des questions! Si Jésus est vraiment l’envoyé du Dieu Tout puissant, le Sauveur du monde, le Libérateur, alors : comment se fait-t-il que tant et tant d’hommes et de femmes à commencer par nous mêmes restent enfermés dans leur prison? Pourquoi ce sont les méchants qui continuent à faire tourner le monde et les bons qui continuent à être humiliés. Ca, c’est une question ! Il arrive aussi que ce soit notre question quand nous regardons le monde ou notre vie qui ne tourne pas aussi bien qu’on le voudrait. Est-ce que par hasard on ne se serait pas trompé de Messie? Ce Messie attendu par tout un Peuple, annoncé par les prophètes: est-ce Jésus oui ou non?Pour répondre à cette question, il faut d’abord se demander « qu’est-ce que j’attends vraiment? » Peut-être que je n’attend rien, auquel cas les jours se suivent et se ressemblent…c’est mortel! Mais j’ai du mal à le croire Allons, sérieusement, il y a bien quelque chose que je désire au fond, quelque chose, que j’attends pour moi, pour le monde. Oui, mais alors qui?! Qui nous donnera ce que nous attendons? Et comment cela va-t-il se faire?

 

Vous avez sans doute remarqué que l’Évangile est au présent: « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient» Ca veut dire qu’avec Jésus-Christ, il y a quelque chose de ce Royaume de Dieu qui est commencé. Par sa venue dans le monde, Dieu ne nous promet pas de changer le monde d’un coup de baguette magique, mais il promet d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Ce à quoi nous sommes invités, c’est à ouvrir les yeux pour découvrir avec émerveillement que Dieu nous précède dans les déserts du monde qui sont parfois les nôtres. Il rejoint les hommes et les femmes au plus secret de leur abandon. En fin de compte, il balaie les obstacles de l’aveuglement, de la surdité de la mort elle-même. Voilà comment vient le Seigneur.

 

Et en définitive, le Seigneur vient, parce qu’à partir du moment où nous sommes plongés dans la personne de Jésus, le Christ, c’est nous qui annonçons la bonne nouvelle aux humbles, guérissons ceux qui ont le coeur brisé, proclamons aux captifs leur délivrance. C’est nous qui devenons la bouche de Dieu, sa main qui guérit, ses yeux qui aiment.