3° dimanche ordinaire : entre unité et querelles

DSC_0208 Homélie du frère Benoît Ente, op

il n’a pas fallu longtemps aux chrétiens pour se quereller. Déjà, à l’époque de Paul, les premiers chrétiens de Corinthe étaient en conflit. « Moi j’appartiens à Paul » « Moi j’appartiens à Pierre ». Ces querelles nous les connaissons trop bien. Celles très anciennes entre catholiques et orthodoxes, entre catholiques et protestants. Celles à l’intérieur de notre propre église catholique, pour ou contre la messe en latin, pour ou contre l’accueil des migrants. Celles à l’intérieur de nos communautés locales, de nos familles, de nos couples celles que nous cachons derrière des justifications du type « Ils ont deux fortes personnalités ». Et enfin, notre propre division, nos propres incohérences, peut-être la source de toutes les autres.

  • Imaginer l’unité

Comment nous unifier, comment construire l’unité ? Comment la rendre possible, oser l’imaginer quand soudain nous prenons conscience de la profondeur des blessures, de la somme de souffrances engendrées depuis parfois des siècles, par nos querelles ?

Le film documentaire D’une seule voix raconte l’histoire un projet de concert réunissant israéliens et palestiniens, juifs, chrétiens et musulmans. Au départ, l’organisateur proclamait triomphalement « C’est le concert de la paix ». Puis, dans les coulisses ont émergé les haines, les rivalités multiséculaires. Un geste mal interprété mettait en péril la représentation et même le projet dans son ensemble. A la fin, l’organisateur était devenu beaucoup plus modeste : nous ne sommes pas le concert de la paix, juste un témoignage un signe (si nous allons jusqu’au bout).

Quel remède trouver pour bâtir l’unité ? Si la philosophie avait été le remède, les empires grecs puis romains ne se seraient pas effondrés. Si la science avait été le remède, nous n’assisterions pas à l’échec de nos sociétés modernes face au défi écologique, face au défi de l’emploi, face au défi de ceux qui quittent tout, biens, famille, terre, pour rejoindre notre pays.

 

  • Suivre Jésus

 

En réalité, il n’y a qu’un seul remède : la suite du Christ qui continue à appeler des hommes et des femmes derrière lui. Aux chrétiens de Corinthe qui se disent appartenir à son clan, Paul répond « Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Le Christ a été envoyé pour unifier l’humanité sous une même bannière : lui-même.

Quand je regarde une communauté religieuse ou même une communauté chrétienne, je suis étonné par les différences de caractères, de tendances, d’origines, de culture. Et pourtant, tous nous reconnaissons Jésus comme notre sauveur. Tous nous comprenons le langage de l’Évangile, le langage de la croix. Tous nous avons été appelés par une même personne qui réalise entre nous l’unité. Par le nom de Jésus nous devenons capables d’arrondir les angles, de taire des réactions blessantes ou au contraire d’intervenir pour débloquer un non-dit. Pour lui, nous mettons en premier ce qui lui est essentiel : la communion entre nous.

Et même si des divisions subsistent, comme aujourd’hui, mystérieusement Dieu travaille à l’unité. Sans que nous en ayons conscience, il donne à chacun ce qui sera nécessaire demain à l’autre. Ainsi les catholiques, les protestants, les orthodoxes sont mystérieusement, par leur héritage propre, indispensables aux autres, indispensables à la joie de tous, dans l’unique Église du Christ. Et il en est de même dans les conflits de nos vies. Un jour nous avons besoin de celui que nous considérions comme notre ennemi. C’est ce jour là qu’il nous faut répondre à l’appel et devenir artisans d’unité car il y a urgence.

 

  • L’urgence

 

Il y a 2000 ans, Jésus appelait quatre pêcheurs sur le bord de la mer de Galilée. « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » Pierre, André, Jacques et Jean ont été saisis par une urgence. L’urgence de construire un monde réconcilié, un monde de paix, un monde uni. Les quatre disciples portaient une attente chère au cœur de tout homme et que Jésus le Messie d’Israël incarnait.

Alors ils ont tout quitté pour celui qui pouvait répondre à leur attente et donner sens à leur vie. Quitter ne serait-ce qu’un instant, les soucis de leur vie pour prendre, ne serait-ce qu’un instant, avec Jésus les soucis du monde. Frères et sœurs, y-a-t-il quelque chose de mieux à faire dans notre vie ?