32° dimanche ordinaire : résurrection abracadabranqueste

Xavier Pollart Homélie du frère Xavier Pollart

Voilà une histoire abracadabrante, frères et soeurs. Nous sommes en présence d’une femme ayant eu sept maris successifs. Ne trouvez-vous pas qu’ils en font un peu trop ces sadducéens qui ne croient pas en la résurrection ?

Ils viennent poser à Jésus un curieux cas de conscience. Une question excessive, avec sept cas de mariage, le tout constituant une histoire extravagante. L’idée n’est-elle pas, pour ces sadducéens, de présenter à Jésus la résurrection comme une impasse ? Voir peut-être la ridiculiser ?

Et nous, à quelques jours de la commémoration des défunts, alors que nos cimetières sont couverts de chrysanthèmes, la liturgie de l’Eglise nous provoque elle aussi, à sa manière. La première lecture et l’Evangile que nous venons d’entendre porte clairement sur la résurrection. Or, d’après les derniers sondages, il est dit que seuls 13 % des catholiques croient en la résurrection. Qu’en est-il pour chacun de nous ?

Voyons ce que Jésus répond aux sadducéens. Il attaque leur conception matérialiste de l’au-delà. Non, l’au delà n’est pas une reconduction de la vie terrestre et donc, l’exemple qu’ils choisissent de cette femme mariée qui ne saurait de quel mari elle est l’épouse, illustre mal ce qu’est la résurrection.

L’union charnelle n’est plus de mise dans l’au delà, même si l’amour demeure. Il n’y a pas d’autre lien, pas de lien supérieur, à celui que Jésus choisit de citer, lien qui existe depuis toute éternité et pour toute éternité : Dieu est Notre Père et nous sommes ses enfants.

Seul demeure cet engagement, il est celui de Dieu, nous sommes ses enfants adoptifs. Voilà ce qui motive la résurrection. Elle repose sur ce lien primordial et nous oblige à relativiser tous les autres. Nous sommes d’abord et avant tout, comme le dit l’Ecriture, enfants de Dieu, enfant de la résurrection.

De cette manière, Jésus rappelle que seul demeure l’amour. Ce lien est un lien d’amour. Il nous unit à Dieu et se fonde dans cette parole unique de Dieu pour son Fils : Tu es mon Fils bien aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. Dieu l’a dit à Jésus, cette parole s’adresse aussi à chacun de nous. Nous sommes ses enfants et nous pouvons lui dire Notre Père. Tous ceux qui croient au Fils de Dieu deviennent enfant de Dieu. Nous sommes enfants de Dieu parce que nous avons reçu un esprit de Fils. Voilà ce qui nous rattache à Dieu, un lien pour toujours.

« J’en ai la certitude, nous dit Saint Paul, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8,35). Voilà pourquoi le lien qui nous unit à Dieu est un lien d’amour pour toujours. La résurrection repose sur cet engagement de Dieu qui nous veut avec Lui pour toujours.

A quel moment nous posons nous la question de savoir si nous y croyons en la résurrection ? La question vaut la peine d’être posée ? N’est-ce pas quand il est question de choix entre la vie et la mort ? N’est-ce pas quand on est affronté à la limite de la mort ? Se pose alors pour nous la question essentielle : Dieu, ce Dieu auquel nous croyons, ce Dieu auquel je crois, est-il bien le Dieu des vivants ou le Dieu des morts ?

Nous croyons au Dieu des vivants, à cause de Jésus. Lui confesse que le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » et dans sa chair il va l’expérimenter. Dieu ne l’abandonnera pas au pouvoir de la mort. Ce qu’il confesse aujourd’hui va concrètement devenir réalité. Il est revenu des morts, par la puissance de Dieu. Il est revenu à la Vie par la Force agissante de Dieu.

Frères et soeurs, croire en la résurrection est un choix. Cela ne peut pas être de simples mots prononcés un jour au hasard. Cela va au-delà du simple discours, croire à la résurrection est le fruit d’une expérience. Chacun vérifie aux moments importants de sa vie, ce qu’il croit : Croyez vous au Dieu des vivants et qui donne la Vie ? Se demander si je crois en la résurrection n’est pas le fruit d’une réflexion intellectuelle, c’est une réalité pour soi qui s’éprouve dans sa chair. Un jour on se trouve face à cette question, Dieu est-il le Dieu des vivants ?

Une mère disait un jour alors que son fils était mort brutalement, « je suis morte et pourtant je ne suis pas morte. Je vis. Cette vie est plus forte que la mort que je subis. Cette vie qui est en moi est une vie indestructible. Elle vient de Dieu ». Avec Jésus que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous croyons que Dieu est le Dieu des vivants. Lui nous veut vivants. Il nous rend pleinement vivants. Il veut que nous soyons de ceux qui choisissent la Vie contre la mort et le pouvoir de la mort. Il veut que nous soyons de ceux qui témoignent qu’ici bas la vie n’a pas dit son dernier mot.

Avant de croire à la résurrection, nous croyons au Ressuscité et nous voulons être ses témoins. A notre tour d’être des ressuscités ! Sainte Thérèse d’Avila disait : « Le Christ n’a pas d’autre corps sur terre que le vôtre, ni d’autres mains que les vôtres, ni d’autres pieds que les vôtres. C’est par vos yeux que s’exprime la compassion du Christ pour le monde ; par vos pieds qu’il s’en va faire le bien ; par vos mains qu’il va bénir l’humanité.» Ajoutons aujourd’hui, c’est par vous qu’Il témoigne que le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.