4° dimanche de l’Avent : consentir et non se résigner !

img_2126 Homélie du frère Thierry Hubert, op

Au nord de l’Irak, dans le banlieue d’Erbil, à Ankawa, dans cette ville chrétienne de 30 000 habitants, l’on croise des réfugiés, des « déplacés » comme on les appelle là-bas.

Certains sont entassés dans des immeubles dont la construction s’est arrêtée à la structure en béton. À chaque étage, des algéco, des baraques de chantiers servent de murs provisoires. D’autres sont logés dans des camps, comme celui de Ratchi II, à 20 minutes à pied de la nouvelle communauté démarrée il y a 3 mois avec parmi eux les frères Sarmad et Emmanuel qui étaient chez nous jusque là, rejoints bientôt par le frère Hani qui est avec nous ajourd’hui.

1500 familles chrétiennes se sont retrouvées là, prise en charge par des organisations humanitaires dont on peut louer ici le travail. Au milieu du camp, les déplacés ont leur église où nos frères irakiens viennent célébrer le dimanche. Devant l’église, sur la place, les déplacés après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ont construit une tour Eiffel. Une belle histoire pour nous manifester leur soutien et leur amitié, au milieu de leur propre détresse.Mais, comme venait rapidement le temps de l’Avent après ces évènements de novembre, les déplacés ont peint notre tour Eiffel en vert pour lui donner un aspect de sapin de Noël, au milieu de la place. Puis enfin, après Noël, ils ont l’idée d’y mettre au dessus une statue de la Vierge.

« Ne crains pas de prendre Marie chez toi »

Il me semble que le déplacés de Ratchi II nous apprennent à prendre Marie chez nous, comme l’ange de l’évangile a appris à Joseph à l’accueillir aussi.

Nos vies sont marquées par la fatalité, nous entrainant souvent puissamment dans les profondeurs de l’aigreur et de l’animosité. «Ma vie-ne-s’est-pas-passé-comme-je-voulais » mais existent-ils des vies toutes tracées, sans exils, ni exodes ?

Joseph se trouve avec une femme enceinte avant le mariage et il n’est pas le père de l’enfant – çà il est sûr de ne pas l’avoir rêvé -, et il leur faudra à tous les deux, même si l’évangile ne dit rien là-dessus, supporter les regards obliques du voisinage, la rumeur et ses qu’en-dira-t-on ?

Les déplacés ont quitté leurs villages, leurs maisons, et ont vu leurs familles se disperser sur tous les continents de la vieille Europe aux Etats-Unis, du Canada à la Nouvelle-Zélande. Comment garder le lien familial, vivre sans espoir de retour, s’intégrer, vivoter, survivre  ou vraiment vivre?

Et toute proportions gardées, nos propres vies sont intérieurement marquées par des exils ; étrangers à sa propre famille, ses propres amis, son propre corps qui se délite, sa propre parole qui ne trouve plus les mots pour dire « je t’aime ».

« Ne crains pas de prendre Marie chez toi »

Voilà que nous sommes invités à consentir à ce qui est plutôt que de ressasser une illusoire existence que l’on jugerait pourtant légitime.

Surmonter son ressentiment pour accepter de découvrir dans cette réalité là qui s’impose à moi, un quelque chose de la nouveauté de Dieu, de la jeunesse de Dieu dans notre vie ?

« Ne crains pas de prendre Marie chez toi »

Consentir, non pas se résigner mais consentir.

Le oui du consentement à ce qui est, est encore, dans cette vie-là , un oui actif pour la vie quand la résignation se laisse prendre passivement au filet du mal et de la mort.

La résignation est de baisser les bras quand le consentement continue de les ouvrir comme une offrande.

Ouvrir ses bras comme les déplacés de Ratchi II qui ouvrent leur camp symboliquement à la France en construisant leur tour Eiffel.

Ouvrir ses bras comme Marie que l’on aime à représenter précisément les bras ouverts, nous indiquant par là mettre au cœur de son histoire naissante hors des normes attendues, sa confiance en Dieu seul. En Dieu seul avec Joseph à ses côtés.

Peut-être avons-nous besoin d’un visage maternel, aimant, bienveillant, confiant pour nous amener à Jésus, pour nous déplacer des images d’un Dieu pervers qui se joue de l’homme.

Peut-être avons nous besoin de ce regard de Marie, cette jeune fille d’une bourgade perdue de Galilée, dont on pense que rien de bon ne pourra sortir, pour nous accueillir comme nous sommes, finalement pauvres et vulnérables et nous comme nous rêverions d’être ?

Peut-être avons besoin de Marie, de sa présence pour que lorsque nous prions nous nous sentions enveloppés de tendresse ?

Ô clemens, ô pia, ô dulcis virgo Maria !