4° dimanche ordinaire : un capharnaüm !

maurice billet Homélie du frère Maurice Billet, op

L’évangile de ce jour se situe au début de l’évangile selon Marc. Il nous relate la première intervention publique de Jésus dans une synagogue. Celle-ci se trouve en Galilée, région frontalière au nord de la Palestine, lieu de rencontres et de mélanges de populations diverses. Et plus précisément à Capharnaüm. Cette ville avait une telle réputation de désordre que son nom est passé dans la langue française. En effet, un capharnaüm, selon le dictionnaire, signifie un lieu de fouillis, de pêle-mêle, de bazar. Jésus a donc choisi d’inaugurer sa vie publique dans un lieu cosmopolite où vivaient des hommes de toutes conditions et de toutes mœurs, des intègres, mais aussi des corrompus.

Dans la synagogue, Jésus enseigne. L’auditoire est surpris par l’autorité avec laquelle son enseignement est donné. Question : qu’est-ce que Jésus enseigne ? Marc ne le dit pas ; mais nous pouvons le deviner, si nous nous souvenons de l’évangile de dimanche dernier. Il nous était dit que la prédication de Jésus était d’annoncer : « Que les temps sont accomplis ; que le règne de Dieu est tout proche. Et donc qu’il est nécessaire de se convertir et de croire à l’évangile. »

Jésus parle avec autorité et sa parole n’est pas une parole « en l’air ». Elle est immédiatement suivie d’effet. Il y a des êtres dont on sent qu’ils sont vrais. Leur parole et leur action correspondent. Il y a de la cohérence entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Concernant Jésus, il y a beaucoup plus. Car c’est lui, la Parole, le Verbe de Dieu. Dieu parle et cela est, suivant ce que nous dit la Genèse.

Jésus va le prouver. Voici qu’un homme se met à crier, tourmenté par un esprit impur, c’est-à-dire hostile à Dieu. À travers cet homme, cet esprit affirme que Jésus est le Saint de Dieu, ce qui veut dire Messie. Cet esprit sait qui est Jésus ; mais sa déclaration n’est pas le résultat d’une conversion, d’un acte de foi et d’amour. Au contraire, cet esprit se place comme adversaire de Jésus, car il sait que Jésus est venu pour vaincre les forces du mal. Il fait taire cet esprit impur et lui ordonne de sortir de cet homme.

Remarque importante : selon l’évangile, Jésus était accompagné des 4 premiers disciples qu’il avait appelés au bord du lac, Pierre, André, Jacques et Jean. Dès le début de sa vie publique, il les associe à son action. Il leur donnera le même pouvoir. Les Apôtres enseigneront avec autorité, avec la même efficacité que celle de Jésus (miracles et prodiges). Jésus dira aux foules : « Vous avez appris qu’il a été dit, eh bien, moi, je vous dis. » La même mission est confiée, depuis deux mille ans, aux successeurs des Apôtres et aussi les chrétiens.

Le décor est maintenant planté. Le combat du juste est ouvert. Jésus, le juste, source du bien et de l’amour, sera en confrontation avec le mal pendant toute sa vie. Car il est venu révéler l’amour de son Père aux hommes. Il a pris notre chair humaine afin de nous montrer que tout ce qui touche un homme touche Dieu. Le combat se fait avec les armes de l’amour. Il aboutira à la condamnation de Jésus. Il sera mis en croix ; cette croix qui est, pour toujours, le lieu du triomphe de Jésus sur le mal par sa résurrection. Le Notre Père se termine par cette demande : « Délivre-nous du mal. »

Nous pouvons maintenant nous tourner vers notre monde actuel ; il ressemble souvent à un vrai capharnaüm. Dans notre monde, il y a du bon et du mauvais. Des injustices, des inégalités ; des hommes tourmentés par la recherche des richesses par tous les moyens. Il y a aussi, inversement, des hommes et des femmes soucieux de leurs frères et qui agissent pour le respect des droits de l’homme et du partage des biens de ce monde. Le combat est rude, quand il n’est pas violent et meurtrier.

Chacun d’entre nous, nous avons aussi notre propre capharnaüm. Nous n’avons peut-être pas un esprit mauvais qui nous tourmente. Mais nous sommes pleins de contradictions. Nous reconnaissons que Jésus est le saint de Dieu, qu’il est le Fils de Dieu. Mais nous ne voulons pas toujours qu’il agisse en nous. L’adversaire est là pour semer la zizanie, pour nous diviser entre nous ; et aussi mettre la division en nous-mêmes.

C’est alors le moment de nous souvenir que le Seigneur est venu pour réunifier et réconcilier l’homme avec lui-même, avec les autres et avec Dieu. Les paroles du Christ impressionnent ses auditeurs. Elles atteignent le cœur, elles convertissent. Elles guérissent les corps et les esprits. Elles nous libèrent, pour entrer dans l’amour qui nous renouvelle. Elles agissent en nous pour que nos corps et nos esprits retrouvent leur dignité d’images et de temples de Dieu.

Le Christ fait de nous des hommes libres, responsables, même si notre remise en cause nous « fait entrer en convulsions » pour reprendre une expression de l’évangile de ce jour. Le Christ nous rappelle qu’il est venu, non pour être servi, mais pour servir. Et pour montrer que celui qui veut être le maître, celui qui a l’autorité doit être le serviteur de tous.

Pour terminer, je reprendrai le début de la première lecture :

Le peuple de Dieu était terrorisé d’entendre directement la voix de Dieu, qui se manifestait dans le bruit et les flammes. C’est alors que Dieu dit à Moïse pour qu’il rassure le peuple d’Israël : « Je ferai se lever se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi. Dans sa bouche, je mettrai mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai. » Moïse annonçait déjà la venue du Messie.

Le psaume de cette messe a pour refrain : « Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur. »

C’est le moment de nous remettre en mémoire les paroles qui furent prononcées, le jour où Jésus a été transfiguré. Souvenez-vous : « Une voix partit de la nuée : ‘ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ’ ».

Oui, écoutons le Fils bien-aimé, lui qui est au plus profond de nous-mêmes, de nos précarités. Laissons-le développer son action en nous. Alors nous pourrons retrouver la paix en nous-mêmes et travailler à la venue d’un monde où règneront l’amour, l’entente et la justice.