5° dimanche ordinaire : l’homme au coeur

Homélie du frère Jean-Laurent Valois, op

Il y a une chose dont on parle beaucoup ces derniers temps même si ce n’est pas nouveau, c’est la façon dont on prend soin des personnes malades et dépendantes . Dans certains services comme les EHPAD, elles souffrent de ce qu’on ne prend pas suffisamment soin d’eux. Quant aux soignants, ils souffrent d’être débordés et de devoir bâcler un travail censé être un travail de relation. Même si l’évangile d’aujourd’hui ne vient pas donner une solution toute faite à cette question qui, a par ailleurs une dimension complexe d’économie et de gestion, la Bonne Nouvelle vient remettre l’homme au coeur.

Jésus, puisque c‘est de cela qu’il s’agit, a pris le temps de rencontrer les malades, quantité de malades. Il en a guéri beaucoup, signe de la vie surabondante du Royaume, où toute larme sera essuyée. Et tout au long de l’histoire, à la suite du Christ, des hommes et des femmes ont consacré tout ou partie de leur vie en faveur des malades. Combien de religieuses ou de religieux se sont donnés corps et âme pour soigner, apaiser les souffrances des malades, sans compter leur temps. Mais combien aussi d’aides soignants et aides soignantes, infirmiers et infirmières, médecins ont vécu et vivent aujourd’hui encore leur métier comme un sacerdoce ! Tout au long de l’histoire, ils ont pris des initiatives à chaque fois que c’était nécessaire. Ils ont fait en sorte de placer la personne humaine au coeur du système de soin, en essayant de soigner, même lorsqu’ils n’étaient pas en mesure de guérir. L’image de l’Église comme « hôpital de campagne », si chère au Pape François, accueillante pour tous les blessés de la vie, est une réalité à la fois spirituelle et très concrète, car dans certaines parties du monde, seuls les hôpitaux des missionnaires et des diocèses fournissent les soins nécessaires à la population.

Dans notre première lecture du livre de Job, celui-ci parle de ses nuits de souffrance. Il est… couché, et il aspire à se lever. Deux verbes qu’on retrouve dans notre évangile. Comme en réponse, le psaume affirme « Dieu guérit les cœurs brisés, il soigne leurs blessures ». Dans notre évangile, la belle-mère de Pierre, elle aussi est couchée. Dès que Jésus arrive, il s’approche d’elle et la fait se lever Le verbe qu’utilise l’évangile – egeiro – pour dire « se lever » est le même qu’on utilise pour dire « ressusciter »… ce n’est pas par hasard ! En effet la guérison de la belle-mère de Pierre, qui est un des premiers miracles de Jésus chez Marc a été écrit après la résurrection de Jésus – nous le savons, l’évangile n’a pas été écrit au fur et à mesure, comme une suite d’interviews – Et cette guérison, comme beaucoup d’événements importants de la vie de Jésus est relu à la lumière de la résurrection. Une lumière qui illumine tout l’évangile. Pour Marc, mais aussi pour chacun d’entre nous, cette guérison nous parle. Elle veut dire que dans la vie, il peut nous arriver de tomber. On peut même tomber très bas ; physiquement, psychiquement, moralement… au point d’être fauché ; d’être à terre, bref, d’être couché. Alors l’expérience qu’ont fait les disciples avec la guérison de la belle-mère de Pierre, et qui nous est donnée de vivre, c’est qu’avec la force du ressuscité, aussi bas qu’on soit tombé, on se relève… toujours.

A côté de cette expérience intérieure, l’expérience pratique que nous sommes appelés à faire consiste à porter sur les malades le regard du Christ, un regard plein de tendresse, et de compassion. Et, par conséquent, à la suite du Christ, prendre soin les uns des autres comme il nous l’a enseigné au soir du Jeudi Saint avec le geste du lavement des pieds. Ceux qui font ce genre d’expérience savent à quel point elle est source d’une joie inexprimable.

C’est l’Arche, présente auprès de personnes handicapées, qui a inventé un geste paraliturgique faisant entrer dans ces deux expériences ; intérieures et pratique, en mettant une assemblée en cercles de 6 ou 8 personnes ; l’un d’eux se fait laver les pieds par son voisin de droite et lave les pieds à son voisin de gauche. Après s’être fait lavé les pieds, ce dernier les lave à son voisin de gauche et ainsi de suite. Laisser l’autre prendre soin de soi, et Dieu à travers lui, prendre soin de l’autre; un geste qui rejoint notre vocation d’homme et de chrétien.