6° dimanche ordinaire : lèpre intérieure

Homélie du frère Dominique Luong, o.p.

La première lecture nous présente 
une situation très difficile à vivre
La lèpre est une maladie infectieuse chronique 
qui touche les nerfs périphériques, 
la peau et les muqueuses, 
et provoque des infirmités sévères. 
Elle fut longtemps incurable et très mutilante. 
Au temps de Jésus aussi
les lépreux étaient déclarés impurs et rejetés socialement, 
séparés des autres personnes pour éviter la propagation. 
Ce lépreux de l’Evangile, comme tous les autres lépreux
devait se sentir impur et indigne de Dieu. 
En plus de toutes les difficultés physiques de la maladie,
la conséquence la plus dure 
devait être sa solitude et son exclusion.

Une fois, au Viet Nam,
en tant que diacre, avec un prêtre et un frère franciscain, 
nous sommes allés dans un village delépreux 
pour une Messe du Dimanche. Il y avait environ 60 personnes.

La Messe était comme toutes les autres. 
Mais, après la fraction du pain
ce saint prêtre donna la communion à tout le monde 
sous les deux espèces : le Corps et le Sang du Christ 
et il m’a donné l’honneur de finir la coupe du Sang du Christ 
Oh mon Dieu ! 

Après la communion des malades qui ont bu à la même coupe
je tremblais; mais je priais. 
C’est le Sang du Christ qui peut guérir la lèpre. 
Les jours suivants je n’ai pas pu bien manger et bien dormir !

Après cette Messe, je profite des vacances scolaires 
pour participer à un groupe qui s’occupe des enfants des lépreux.
Ces enfants n’ont pas été contaminés 
par la maladie de leurs parents
Alors ils sont soignés particulièrement. 
Mais comment peuvent-ils s’adapter à la vie sociale ?
il y a des histoires très tristes.

Jusqu’à maintenant, 
je garde contact avec une jeune femme célibataire
qui est la fille d’un de ces lépreux. 
Elle est belle et intelligente,
elle a obtenu une bourse d’étude à l’université à Sai Gon, 
et après, aux Philippines. 
Elle est engagée dans une organisationd’aide international
pour aider les pauvres
Elle voyage partout à l’étranger. 
Et un jour, quand elle était aux Étas-Unis, 
elle m’a envoyé un message en disant, 
frère, parle-moi : 
qu’est-ce que tu penses, toi, des enfants des lépreux, 
qui ne sont pas malade eux-mêmes
mais qui ne peuvent pas être considérés égaux aux autres.
Est-ce qu’il y aura toujours une telle distance infranchissable
entre les autres et moi ?

Pourquoi me demande-t-elle cela 
Parce que chaque fois 
quand elle parle de son origine à un ami, il s’éloigne d’elle.
Elle est encore célibataire jusqu’à maintenant !

3. Dans l’Eglise, nous rencontrons Jésus

Au contact avec les religieux soignant les lépreux, 
cette jeune femme a demandé le baptême.
Comme chrétienne, elle trouve sa place dans l’Eglise.
L’amour de Dieu est le soutien unique 
pour qu’elle puisse survivre, affronter la vie 
et être utile aux pauvres. 
Jésus lui donne la grâce de vivre pleinement ! 
C’est ce que nous-mêmes nous ne pouvons pas lui offrir !

Le lépreux dans l’Evangile aujourd’hui, 
a entendu parler de Jésus. 
Il savait que ce Maître a la possibilité de guérir 
et il avait le désir de le rencontrer. 
L’Évangile nous dit que : 
Le lépreux s’approche, supplie, tombe à genoux devant Jésus. 
Il est devant quelqu’un d’important, 
un personnage qui a une solution à son problème, 
un personnage qui peut lui rendre une vie normale.
Il lui dit : Si tu le veux, tu peux me purifier
Jésus se laisse approcher. 
Le passage de l’Évangile nous précise 
qu’ému de compassion, 
il étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié.

La lèpre a disparu 
mais, la guérison la plus profonde 
c’est la guérison intérieure qui s’est produite 
grâce au regard de compassion de Jésus. 
Un regard qu’il n’avait jamais rencontré
depuis qu’il avait été déclaré impur.

Jésus, moi aussi, j’ai besoin de purification, 
mais surtout, j’ai besoin de sentir 
ton regard ému de compassion.
Tu me connais, tu sais bien 
ce qu’il y a dans mon cœur, mes richesses
aussi mes faiblesses, mes blessures. 
Mais tu m’aimes toujours et tu me donnes de toujours 
revenir à toi continuellement. 
Donne-moi la foi, l’humilité 
et la confiance de ce lépreux qui est venu devant toi.