7° dimanche de Pâques : Cité sainte

dubois Homélie du frère Franck Dubois

Frères et sœurs,  qui est ce qui viendra mettre un peu d’ordre là-dedans ?Dans la bazar qui règne non seulement dans ma chambre, et peut-être aussi encore un peu dans la cuisine après une soirée faite à préparer des gâteaux, mais aussi la confusion dans notre société, en mal de repères, et plus encore dans nos propres vies, tiraillées entre bien des contradictions : être pro au boulot, et tendre en famille, top à l’école et cool au bistrot, généreux dans les idées mais plus lent à les mettre en œuvres. Bref, on cherche encore : d’où nous viendrait cette fameuse unification intérieure, ce « soyez bien avec vous-mêmes », « écoutez votre corps et ouvrez vos shakras » qu’on nous vend un peu partout. Le problème c’est que je peux bien être super uni avec moi même, mais ça ne résout pas du tout le problème pressent de savoir comment supporter mon voisin…

La tentation est grande de faire de l’uniformisation le seul moyen de retrouver cette unité soi disant perdue qu’il faut à tout prix regagner. Tous pareil, sans sortir du rang et on en aura fini avec la vaste foire du tous différent qui commence un peu à nous fatiguer.

La stratégie n’est cependant pas terrible. Car il y a peu de chance que l’unité qu’on nous imposerait corresponde en tout à ce que l’on souhaite légitimement. Tous pareils, à condition que ça soit moi le modèle sinon…

Et pourtant Jésus dit « que tous soient un comme il est un avec le Père ». Pour être un, il faut donc être deux, voire même bien plus, ce qui ne va pas améliorer mes difficultés légendaires avec les chiffres. L’unité, donc passe par le Christ et son Père. Et cette unité n’a rien d’uniforme. Car le Fils n’est pas le Père : l’un meurt sur la croix, l’autre reste toujours Dieu dans sa gloire. L’un est envoyé dans le monde, l’autre l’envoi. Différents et pourtant unis. Mais attention : il ne s’agit pas imiter le Christ, pour être un avec lui. Non pas même de le suivre, non, mais d’y entrer. Entrer dans le Christ, comme on entre dans une ville, pour gagner là son unité. Quatre portes bien ouvertes aux coins de la cité nous ouvrent le miracle. Quatre portes, pour quatre plaies, deux aux mains, deux aux pieds. Car la cité sainte où il nous faut entrer est le corps glorieux du Christ ressuscité. Les clous ont pour nous percés une ouverture.

On me dira : mais la cité sainte est au ciel, la Jérusalem céleste. Elle est inaccessible, cette ville où tout ensemble ne fait qu’un. D’ici-là c’est Babylone, c’est Sodome, on peut toujours attendre. Mais non frères et sœurs, il n’est pas dit que nous ayons à monter au ciel pour gagner la ville sainte. On nous dit qu’elle descend, et se tient accessible, ouverte. Il faut juste y entrer.

Le problème n’est pas la clef, tout est ouvert. Le problème n’est pas l’échelle, c’est sur la terre. La ruse frères et sœurs, c’est qu’on entre dans la ville en se courbant, frôlant la terre pour passer sur porte, entrer par les blessures. On entre sans doute par les blessures qui lézardes et défigurent toujours notre monde : on entre au contact des blessés de la vie, des percés de l’amour, des pauvres dont les plaies et du corps et du cœurs nous fraient un passage tout fait d’humilité pour entrer dans le corps où tout est réuni. Descendre de cheval, comme autrefois St Dominique allant pauvrement pour prêcher l’Evangile. Descends, tu entreras… et alors quelle merveille.

La cité n’est pas vide, elle est pleine de monde. On s’y presse et personne n’a ici son semblable. Tous différents. La cité n’est pas triste, c’est la fête chaque jour, et il n’y a pas de nuit. La cité n’est pas grise. On a planté un jardin. Un arbre majestueux se tient au milieu. C’est la croix qui fleurit. Le Christ n’y souffre plus, mais les feuilles et les fruits qui poussent sur ce bois sont bien meilleur que le plus délicieux des plats philippins concoctés par notre cher volontaire Alford…

 

Frères et sœurs, la cité, n’est pas à construire, elle nous est donnée. Le corps n’est pas à constituer, il est à intégrer. L’unité n’est pas à bâtir, mais à habiter. Et cela, ça se prépare. Pour habiter la ville, il faut en nous lui faire une place. Etre hospitalier à cette ville qui descend, être ouvert au corps qui prend chair dans nos vies. Il faut peut-être partir en mission à l’autre bout du monde, non pas tant pour construire, soigner, enseigner. Mais dans le don même de soi, dans le service généreux, découvrir qu’en soi-même sommeille cette ville, que la cité sainte est descendue en nous, et que ses portes s’ouvrent à mesure que l’on s’offre sans compter, fidèlement.

 

Et si vous n’avez ni le temps ni le goût d’aller au bout du monde, je vous donne un filon. Il y a un lieu, pas loin d’ici, où la cité sainte semble s’être arrimée. Des foules s’y pressent : malades, bien portants, jeunes vieux, des nations diverses, des croyants, des incrédules. Et pourtant quelle unité. C’est que là bas une fille, une gamine nous a ouvert la voie, en se baissant très bas pour recueillir du bois dans une grotte où traînaient les cochons du village. Bernadette à même le sol, plus humble, blessée d’être pauvre, ignorante, malade, ouvre à Lourdes à tous les portes de la ville. Le ciel sur la terre.

 

Alors, aux quatre coins du monde (avec Dom&Go) ou dans un coin de le France (avec le Rosaire), vous avez le choix : prendre goût à cette cité, disponible et ouverte. Et apprendre avec l’Esprit à y entrer chaque jour.