Respecter tout homme

maurice billetHomélie du frère Maurice Billet le 15 novembre 2015 à propos de Daniel 12, 1-3 ; Hébreux 10, 11-14 ; Marc 13, 24-32.

La première lecture de Daniel et celle de l’évangile de ce jour décrivent une situation catastrophique ; un monde qui s’écroule ; une grande calamité. Notre pays est en train de vivre une situation similaire, depuis la nuit de vendredi à samedi derniers.

Chaque fois que nous rencontrons de telles situations, le problème du mal se pose. Des bibliothèques entières portent la trace des essais d’explication à cette question qui taraude l’humanité et chacun d’entre nous, à un moment de notre vie. Pourquoi ce mal ?

Pour les chrétiens, Jésus Christ, en venant vivre notre condition humaine, nous a donné un essai de réponse. Il a assumé toutes les contraintes de l’existence humaine, dans ses joies et ses mauvais moments. Lui, le juste par excellence, a été incompris et mis au rang des malfaiteurs. Il a été arrêté, jugé, condamné et mis à mort sur une croix dans un supplice très cruel. Lui aussi a repris la question « pourquoi » quand il était sur la croix. « Père, pourquoi, m’as-tu abandonné ? Mais que ta volonté soit faite ».

Jésus aurait pu prier son père de supprimer le mal et remettre l’humanité dans son état initial. Il ne l’a pas fait. Et ceci, pour respecter notre liberté. Celle de choisir entre le bien et le mal. Il nous appartient de prendre nos responsabilités, en toute connaissance de cause.

Le Christ est venu pour nous dire que la mort n’est pas le dernier mot de notre existence ; qu’elle n’est pas l’entrée dans le néant. Son Père, en le ressuscitant, nous montre le but de chacune de nos vies : celui de partager la vie divine qui a commencé, le jour de notre baptême.

En poursuivant la lecture de l’évangile de ce jour, nous constatons que la vie continue. Heureusement ! En dépit des détresses qui nous habitent. Marc évoque l’image du figuier, cet arbre qui développe tardivement ses feuilles au printemps, par rapport aux autres arbres. En l’observant, l’on sait que l’été est proche. Que la vie renaît. La situation revient au calme, à la paix.

Dans l’une de ses homélies, prononcée en l’église Saint-Louis des Invalides, à Paris, le 13 novembre 1988, au cours d’une messe célébrée à la mémoire des victimes des deux guerres, le cardinal Lustiger, ancien archevêque de Paris, disait que la guerre est une crise violente, un séisme, une secousse. Nous savons qu’elle cessera, par nécessité. Les ressources des belligérants s’épuisent, un jour ou l’autre. Même celles du vainqueur, celui qui gagne la guerre.

Le cardinal poursuivait : il est encore plus difficile de gagner la paix. Celle-ci  est un combat quotidien. Elle est à reprendre sans cesse. Et ceci dans trois domaines bien précis. Il faut faire la paix avec soi-même, afin de pouvoir faire la paix avec Dieu et avec les autres.

L’eucharistie que nous célébrons, en ce dimanche, est une action de grâces particulière, celles de deux anniversaires d’ordination presbytérale (60 et 50 ans). Elle est l’occasion d’un émerveillement. Elle est la révélation, toujours renouvelée, de ce que à quoi nous sommes destinés : celle de la communion à la vie divine, en lien avec tous nos frères les hommes et à leur service. Dieu a créé les hommes à son image. En nous sont inscrits les traits de son visage, ceux de son Fils souffrant et glorieux.

Le baptême a fait de chacun de nous, comme dit saint Paul, « un autre Christ ».

La conséquence directe, pour les chrétiens et pour l’Église, est que nous avons à respecter tout homme, et particulièrement, les plus pauvres de nos sociétés et de notre monde. Et, au nom de notre foi chrétienne, nous avons à respecter, aussi, ceux qui nous font le mal et qui détruisent des vies. Eux aussi portent l’image que le Père a déposée en eux ; facile à dire, mais difficile à mettre en pratique.

La célébration de ce jour me fait rappeler ce qu’un prêtre m’a raconté quand il était au Rwanda, juste après le génocide qui a ensanglanté ce pays. Une maman était en train de visiter ce qui était son village. Elle était avec sa petite fille. Le village était à l’état de ruines ; les maisons étaient brûlées, détruites. Et voilà que la petite fille prend sa maman par la main et lui montre une fleur. Parmi ce spectacle de désolation, l’enfant avait vu la vie en train de renaître, de germer, comme le figuier de l’évangile. Il n’est pas toujours facile de discerner le bon côté de nos existences.

Au cours de cette célébration, dans les circonstances que nous vivons, en ce moment, il est bon de célébrer le Christ, mort et ressuscité.

Le message que Jésus est venu apporter au monde ne change pas. L’évangile de ce jour nous le dit : « Le ciel et la terre passeront ; mes paroles ne passeront pas. » Ce message se résume en une courte phrase : Dieu est amour. Il nous revient d’en témoigner et de le mettre en œuvre dans chacune de nos vies et de nos communautés.