SAISON 2019-2020 25 mars – l’Annonciation selon fra Angelico

Comme promis, nous prenons soin de vous adresser de petits messages, voire même une méditation autour d’une œuvre d’art, d’un texte de littérature, roman, prose ou poésie, de façon à ce que temps de confinement devienne aussi un temps de ressourcement.

Aujourd’hui, 25 mars 2020, jour de l’Annonciation, nous vous proposons de contempler l’œuvre peint de fra Angelico. Si vous en désirez en savoir plus sur peintre dominicain du Quatroccento, n’hésitez pas à envoyer un message à centre.lesdominicains@gmail.com

lesdominicains- 7 avenue Salomon – Lille – 03 20 14 96 96 

Couvent San Marco à Florence

En 1442, le frère dominicain Jean de Fiesole, dit fra Angelico, peint a fresco les cellules de son couvent san Marco à Florence. Chef-d’œuvre du Quatroccento, “L’Annonciation” de la cellule n°3 est une poésie spirituelle.

L’Annonciation selon fra Angelico

Aurore d’un jour nouveau, l’Annonciation n’est plus une salutation angélique, ni même une sainte conversation, mais une pure contemplation du mystère de la création. Inspirée de la tradition des pères, qui, tel Grégoire de Nysse, voit dans le Buisson ardent du Mont Sinaï une figure de Marie, l’Annonciation,offerte au regard de saint Pierre Martyr, révèle une âme diaphane saisie par la lumière de la Vie. Jamais l’art de la fresque n’a été élevé jusqu’à une telle transparence et n’a donné à la figure biblique autant de sens. Sous l’orbe d’un portique inondé de lumière, de la lumière du buisson qui brûle sans jamais se consumer, la maternité de Marie n’appartient déjà plus au temps, mais à l’éternité. La jeune fiancée se tient sur le seuil de sa cellule à l’écoute de la Parole de Dieu. Agenouillée et silencieuse, elle s’incline avec modestie, ramenant tout contre son cœur le livre encore entrouvert du prophète Isaïe : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils » (Is 7, 14). En l’espace d’un instant, comme enveloppée de lumière, jusqu’à devenir quasiment immatérielle au gré d’une délicate candeur, l’humble servante acquiesce et accueille en son âme un dessein conçu de toute éternité : « qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Grâce à la poésie de la Bible latine, son « fiat » consonne alors parfaitement avec le « fiat lux » du premier jour de la création lorsque Dieu dit « que la lumière soit » (Gn 1, 3). C’est alors que l’ange Gabriel, d’une beauté sans artifices, révèle par sa seule présence l’essence même de cette lumière : la clarté bienveillante de Dieu sur l’humanité, aux jours de la création comme aux jours de l’Incarnation.

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Fra Angelico

À l’aube du Quattrocento, lorsque la Renaissance baigne de sa lumière les terres de Toscane, l’œuvre peint de fra Angelico (1385-1455) bénéficie de la sève pleine de vie de la tradition dominicaine, dite de l’Observance, et offre sa plus belle floraison à Florence, dans le cloître du Couvent san Marco.

Fra Giovanni de Fiesole, dit fra Angelico est non seulement un maître dans le métier des arts du dessin et de la couleur, qui jamais ne cesse d’approcher l’idéal de la beauté prônée par les peintres Giotto (1266-1337), Lorenzo Monaco (1370-1324), Masaccio (1401-1428). Mais, c’est aussi et surtout un fils en religion de saint Dominique, qui, député par vocation à prêcher, est profondément enraciné dans la loi d’amour de charité qu’inspire l’Évangile. Si donc, parmi les prémices de la Renaissance florentine, fra Angelico rayonne d’une grâce particulière, c’est parce que dans ses miniatures, ses fresques et ses retables, tel l’ineffable Couronnement de la Viergedu Louvre, la beauté idéale se confond avec la Lex amorisexaltée par la tradition dominicaine. Hymne à la loi d’amour divin accomplie dans le Christ Jésus, le cycle peint de l’Armoire des ex-voto d’argent de la Santissima Annunziata, aujourd’hui conservé au couvent san Marco à Florence, représente le testament spirituel de fra Angelico. En effet, en véritable fils de saint Dominique, député à la prédication, fra Angelico contemple et transmet ce qu’il a contemplé : la naissance, l’enfance, la compassion, la passion, la mort et la résurrection du Christ Jésus.

D’après une sentence attribuée à fra Angelico par une chronique du XVIe siècle, « celui qui veut peindre le Christ doit toujours vivre avec le Christ. » Contrairement à ses frères, tels Jean Dominici (1355-1419) et saint Antonin de Florence (1389-1446), célèbres à Florence dans l’art de prêcher, aucun des sermons de fra Angelico n’a été pieusement collationné, mais, pour qui sait contempler, son œuvre peint est en soi un florilège spirituel, un « Hortulus animae », un véritable jardin de l’âme où Dieu se plaît à demeurer. Ayant vécu une longue et réelle intimité avec le Christ, ce fils de saint Dominique a su authentiquement exprimer la paix de Dieu et la faire rayonner. Selon le peintre Alfred Manessier (1911-1993), « peu d’hommes sont parvenus à cette paix ineffable et l’ayant vécue ont ainsi le droit de la dire. »

“Contempler et transmette ce qu’on a contemplé”

Communément appelé fra Angelico, Guido di Piero, entre en religion sous le nom de fra Giovanni et doit son surnom au frère Dominique Corella qui, dans son Theotocon, fait l’éloge du frère dominicain. Dans cet ouvrage dédié à Piero de Médicis en 1469, fra Giovanni est présenté et loué comme un « Angelicus pictor (…) pas moins grand par la réputation que Giotto et Cimabué. » Ce surnom qualifie non seulement le peintre, mais aussi le frère prêcheur qui, par son art, égale l’autorité de saint Thomas d’Aquin, le maître en théologie, honoré dès le XIVe siècle du titre d’« Angelicus doctor ». Dans la tradition dominicaine et scolastique, angelicusest bien plus qu’un simple titre, c’est un qualificatif qui désigne l’essence de l’ordo praedicatorum. En effet selon le frère Thierry d’Apolda (1228-1300), « l’ordre des prêcheurs est le plus semblable à l’ordre angélique ! En effet, il loue, il bénit, il prêche ; et c’est aussi, comme tout le monde le sait, l’office des anges. » Attaché à la tradition dominicaine, ce qualificatif ne tarde pas à devenir un hommage de la « vox populi ». Ainsi, dans sa Divine Comédie, Dante affirme que Dominique fut «par sa sagesse sur la terre, une splendeur de la lumière des chérubins » quand François, le pauvre d’Assise fut « toute ardeur séraphique ». Fra Giovanni, dit fra Angelico, incarne donc la vocation profonde d’un fils de saint Dominique qui, tel l’ange messager de Dieu, contemple et transmet ce qu’il a contemplé. Contemplare et contemplata aliis tradere.

frère Rémy Valléjo