« La femme est l’avenir de l’homme… »

Homélie du frère Thomas-Marie Gillet – Lundi 18 mai 2020

« Et vous aussi, vous allez rendre témoignage […] » (Jn. 15, 27a). Le Christ envoie l’Esprit Saint pour être notre souffle pour que nos paroles transmettent la Parole, pour être notre défenseur et notre force quand les épreuves viennent troubler notre mission de prédication. L’Esprit se répand sur tous, l’annonce de la Bonne Nouvelle n’est pas l’apanage d’une élite, même apostolique…

Une fois n’est pas coutume, j’aimerais donc vous proposer une méditation sur la première lecture tirée des Actes des Apôtres et revenir sur la belle figure de Lydie. Paul et ses compagnons se retrouvent à Philippes et réunissent les femmes en assemblée catéchétique, comme on réunirait des enfants. Les uns enseignent, les autres écoutent… Sauf qu’à rendre l’auditoire si bien attentif à la Parole et au témoignage que rendent les Apôtres, on prend le risque qu’une femme soit bien avisée et prodigue ses conseils pour la bonne poursuite de la mission. Surprise ! L’Esprit ouvre le cœur de Lydie, une femme notable de Philippes, « négociante en étoffes de pourpre » ( Ac. 16, 14 ; pour faire une comparaison, en 2020 on pourrait dire « courtier chez Hermès »). Lydie reçoit le baptême et avec elle toute sa maisonnée et à l’issue de la célébration elle fait cette invitation aux apôtres : « Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer. » (Ac. 16, 15).

À travers cette invitation qui pourrait sembler anodine se cache en vérité un rappel à l’ordre pour les apôtres du cœur de leur mission et de la forme qu’elle doit prendre. Trois points : vivre la communion ; vivre la mission de manière zélée, jusqu’au bout ; vivre la collaboration.

Vivre la communion. Les apôtres, une fois leur prédication achevée et les sacrements administrés, pensent que leur mission est arrivée à son terme et s’apprêtent à reprendre la route. Lydie alors les invite chez elle. Cela signifie que la mission doit aboutir au partage. Lydie et les siens viennent d’entrer dans l’Assemblée des disciples, dans l’Église ; il s’agit donc de marquer aussi cet aspect de manière concrète par un temps moins formel mais tout aussi important, un temps pour réaliser la communion entre frères et sœurs d’un même Père, entre amis, amis communs de l’Ami par excellence (cf. Jn. 15, 15).

Vivre la mission de manière zélée. Le second message de Lydie aux apôtres c’est que la mission commence probablement là où elle semble s’arrêter. Quand le prédicateur prêche, il lui ne suffit pas de venir poser ses pieds sous la table de conférence, de présider aux offices et de repartir… La mission commence bien avant et se prolonge bien après ces actes fondamentaux : prier pour le peuple auquel nous allons témoigner du Christ ; préparer l’exercice de la prédication, même au niveau matériel ; intégrer chacun à sa place dans les liturgies ; susciter des moments de rencontre personnelle ; etc.

Vivre la collaboration. « C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main » (Ac. 16, 15). Ce n’est pas tant un reproche qu’un constat : l’Esprit a suscité l’aide de Lydie pour que les Apôtres, à leur grande surprise, se rendent plus fidèles à leur mission, et ce à une place ajustée. Le verbe grec employé est le verbe « παραβαινω », littéralement : « se tenir à côté du conducteur d’un char de combat », «dépasser », « changer d’itinéraire ». L’auteur des Actes reconnaît ici non seulement la force de caractère de la néophyte Lydie mais surtout de la nécessité de son intervention pour le bien de la mission. Lydie a eté « co-pilote » de Paul et de ses compagnons. L’exemple et l’invitation de Lydie ont suscité la conversion nécessaire des apôtres pour aborder la suite de leur mission. Les apôtres ne sont pas tout-puissants. Ils ont aussi besoin des conseils et du soutien de collaborateurs dans leur mission d’évangélisation.

En ce temps où l’Église doit se réinventer face à la déchristianisation, face au manque de vocations sacerdotales, en ce temps également de crise sanitaire, prions le Seigneur de la moisson d’envoyer des « Lydie » dans nos paroisses, dans nos communautés, pour que la Bonne Nouvelle continue d’être annoncée coûte que coûte (au prix même de nos institutions si nécessaire !) et que l’Esprit puisse toucher les coeurs de ceux qui restent trop souvent sur les parvis des églises ou dans leur périphérie.

Amen.