Ascension 2016 : pas si éloignés que cela du ciel !

Xavier Pollart Homélie du frère Xavier Pollart

Souvenons-nous, c’était il y a 40 jours. Nous célébrions le Christ vainqueur de la mort ! Souvenons-nous, ensemble nous célébrions le Christ sorti vivant du tombeau.

Aujourd’hui, c’est lui encore qui nous rassemble, Lui, le Christ. Et nous pourrions renouveler cet acte de foi que nous avons solennellement prononcé. Par le mystère pascal, nous avons été mis au tombeau, afin qu’avec le Christ, nous vivions d’une vie nouvelle.

Croyons-nous à cette vie nouvelle ? Croyons-nous que nous sommes passés par la mort ? Croyons-nous que nous sommes vivants avec le Christ ?

Si telle est notre foi, croyons-nous que notre vie est désormais cachée en Dieu pour toujours – avec le Christ. Voilà le mystère que nous célébrons. Le Christ, mort et ressuscité, sorti vivant du tombeau, est élevé aujourd’hui dans les cieux.

Avec lui nous sommes vivants et pour toujours auprès de Dieu. Il nous rassemble. Et nous saisissons la signification concrète de son enseignement, il est venu d’auprès de Dieu pour nous conduire à Dieu. Il est venu d’auprès de Dieu pour nous introduire auprès de Lui. Il est bien un chemin, celui qui nous fait entrer dans l’intimité de la vie avec Dieu.

Toute sa vie, Jésus était en relation avec son Père, c’est ce que nous pouvons retenir des évangiles. Jésus était avec son Père qu’il aimait et qu’il appelait Abba, ce Père qu’il aimait retrouver seul dans un dialogue amoureux. Durant sa vie Jésus était continuellement en relation avec son Père. Il était à son écoute dans la prière.

Aujourd’hui, Il rejoint ce Père qu’il a aimé. Il vient s’asseoir à sa droite.

Et paradoxalement les disciples ne sont pas tristes. Ils perdent pourtant leur ami le plus cher. Au contraire, l’évangéliste nous dit qu’ils sont dans la joie.

Car être avec Dieu procure de la joie.

Cette joie, nous sommes invités à la partager. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui », dit Jésus à ses disciples. Jésus retourne vers le Père, il entre dans sa demeure, il entre de l’autre côté du voile, comme une fiancée retrouve son fiancé, et cette demeure peut devenir notre demeure. Nous sommes appelés à partager la joie intense qui les unie.

Alors, frères et sœurs, il est normal, qu’à notre tour, nous aussi, nous ayons les yeux fixés vers le ciel. Là se trouve notre vraie demeure. Notre regard est attiré par le ciel, nous sommes attirés par cette communion d’amour qui existe entre ces personnes du Père du Fils et de l’Esprit. Notre vie est bien terrestre, et pourtant nous ne sommes pas si éloignés que cela du ciel. Nous sommes nés de Dieu, nous sommes enfants de Dieu. Le ciel est notre terre. Jésus, en rejoignant son Père, perçant le ciel, nous indique notre véritable patrie, le lieu d’où nous venons. Le psalmiste dit bien qu’il s’agit du lieu que notre âme désire. « Mon âme à soif de Dieu le Dieu vivant » chante-t-il. « Oui, Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube ». Pourquoi regardons vers le ciel, comme le dit Saint Augustin, c’est parce que notre cœur est fait pour Lui et qu’il est sans repos tant qu’il ne demeure en Lui.

Avouons toutefois que si nous sommes tentés de regarder le ciel, c’est aussi parce que la vie sur terre est parfois morose. Le Christ peut alors transformer notre regard et notre tentation de regarder les étoiles plutôt que le ciel quand la vie ici-bas ne remplit pas ses promesses. Le Christ monte au ciel et avec lui il emporte nos désillusions, il emporte sous ses pieds un peu de la poussière de notre sol. La terre est emportée avec lui. Il entraîne celles et ceux qu’il a béni, ceux qu’il a touché, ceux avec lesquels il a parlé, ceux qu’il a pris soin d’enseigner, de relever, de guérir. Il emporte avec lui le paralytique, le collecteur d’impôt, l’aveugle, le lépreux, la prostituée, le jeune homme riche. Le Christ emporte les hommes, les femmes qu’il est venu sauver. Il les emporte avec lui. Il monte vers le ciel notre faiblesse. Ne porte-t-il pas les traces de ses blessures, le mal qui lui a été fait ? Notre faiblesse a sa place auprès de Dieu.

Au matin de Pâques, le Christ ouvre nos yeux à l’amour de Dieu. Aujourd’hui, notre humanité est auprès de Dieu. Nous découvrons que notre vie est non seulement pardonnée mais elle se trouve élevée. Notre humanité trouve sa place auprès de Dieu.

Alors est-ce le ciel le plus bel endroit de la terre ? N’en déplaise aux publicitaires, le slogan est inversé. Depuis que le Christ a touché notre sol, la terre est le plus bel endroit du ciel. Il ne sert à rien de regarder vers le ciel, comme les anges l’ont rappelé aux disciples. Notre représentant est au ciel mais à nous de faire vivre son message. Ca, c’est bien le ciel sur terre. Le message de Jésus peut transformer notre terre en un royaume. Jésus est vivant parmi les hommes quand les hommes reconnaissent dans le visage de tout homme un frère. Le ciel et la terre se rejoignent quand les hommes font vivre entre eux le message de l’évangile, le message que le Christ a laissé. Aimez-vous les uns les autres. C’est le message que le Christ a laissé juste avant de quitter ses amis pour rejoindre le ciel. C’est avec ce message que nous pouvons construire sur terre le vrai royaume des cieux.