Cana : Le manque

Noces de CanaHomélie du frère Jean-Pierre Brice Olivier le dimanche 17 janvier 2016 sur Isaïe 62,1-5 ; 1 Corinthiens 12,4-11 ; Jean 2,1-11.

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.

Le premier signe public donné par Jésus a lieu au cours d’un repas de noces et nous savons l’importance que revêt dans l’écriture le festin des noces.

La mère de Jésus était invitée, et Jésus aussi, avec ses disciples, les amis des amis…

Jésus est l’hôte invité, et il va devenir l’hôte qui reçoit, généreusement.

Dans la langue française, le terme d’hôte signifie à la fois celui qui donne l’hospitalité et celui qui est reçu. Le même mot désigne ensemble, l’hôtelier et le convive, le commensal et l’amphitryon.

Beau concept qui nous place à égalité de réception : celui qui accueille bénéficie de la visitation de l’autre, qui lui même donne par sa présence autant qu’il reçoit.

En effet, dans une rencontre, toutes les personnes sont des hôtes. Aucune différence ni redevance.

Magnifique échange, où il n’y a ni accueillant ni accueilli, ni riche ni pauvre, ni donateur ni quêteur, mais des personnes en présence qui se donnent, toutes bénéficiaires.

Il s’agit bien là de noces et de rendez-vous nuptial.

Aussi le plus étranger, le plus éloigné de moi devient mon proche, il me fait ce don. De même le plus lointain, celui qui ne me ressemble pas, celui d’un autre monde.

Non seulement le plus étranger à ma culture peut se faire mon prochain, mais encore le plus pauvre, l’exclu, l’humilié, le plus abimé…

Dans cet échange, il a toute sa place, hors toute condescendance, puisqu’il m’honore de son présent.

Souvenons-nous que Dieu est par excellence dans notre monde, le plus rejeté, le plus banni, et qu’il se fait le pauvre et le mendiant.

Or, on manqua de vin.

Les gens de nos riches sociétés s’inquiètent, ils craignent d’avoir moins pour eux, ils ont peur de manquer devant l’afflux d’étrangers…

Or à Cana, c’est bien par le manque que va se manifester la surabondance, et cette prodigalité surviendra par l’invité.

Ils n’ont plus de vin… Et se retrouvent devant six cents litres du meilleur.

C’est bien dans notre propre déficience que Dieu peut intervenir et nous combler.

Nous mettons notre orgueil dans la détresse elle-même, dit saint Paul dans sa lettre aux Romains (Rm 5,3).

Les plus pauvres d’entre-nous le savent, par expérience : c’est dans notre misère, même la plus cachée, que Dieu vient et qu’il nous comble à sa mesure sans mesure.

Jésus retourne, inverse ce qui ressemble à un désastre ; être dans le manque devient une bénédiction, une plénitude.

C’est notre déchirure, qui peut devenir le seuil pour accueillir un autre et lui faire place, pour qu’il ne reste pas sur le pas de notre porte.

À Cana, Jésus devient le maître des noces, l’époux.

Son ministère public s’ouvre par le banquet de Cana où l’eau est transformée en vin et il s’achèvera par celui plus intime du repas Pascal où le vin est transformé en son propre sang.

Festin de chaque eucharistie, où nos insuffisances sont bienvenues ; où ceux qui n’ont pas accès à cette communion, peuvent être, dans leur manque, comblés par Dieu bien au delà de leur espérance.