Homélies

2° Dimanche ordinaire : trépigner, courir, partir après un Dieu qui voyage

Homélie du frère Franck Dubois, op

J’en vois parmi vous qui ne tiennent pas en place. Qui ont la bougeotte, qui trouvent que déjà trente minutes de messe c’est un peu long. Peut-être qu’ici il y en a qui s’ennuient au bout de cinq minutes en cours, ou qui rêvent d’aller courir dans les champs alors que la réunion hebdomadaire avec leur chef où on va encore parler des mêmes sujets sans intérêt et sans prendre aucune décision, vient à peine de commencer. Et je ne parle pas des accros du zapping, du portable, qui, dit-on sont incapable de se concentrer… Moi-même hier soir, entre deux messages sur Facebook avec des volontaires du bout du monde (question de décalage horaire), je me suis surpris à lire un article fort bien écrit sur les dangers de pratiquer les réseaux sociaux jusque tard dans la nuit… rien ne va plus, que voulez-vous.

Bonne nouvelle pour tous ceux-là : nous sommes les préférés du Bon Dieu. Jugez plutôt Samuel ne tient pas en place, même la nuit et se lève trois fois et va déranger le pauvre prêtre Eli, puis retourne se coucher. Les disciples vont suivre Jésus toute la journée puis retournent prévenir les leurs. Et Jésus lui-même ne demeure pas ailleurs que sur les route. Engagez-vous, vous verrez du pays !

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L’Épiphanie du Seigneur : convergences

Homélie du frère Grégoire Laurent Huyghues Beaufond

L’épiphanie que nous célébrons aujourd’hui nous parle un langage de convergence, on pourrait même dire que l’épiphanie parle un langage inclusif. Je retiens deux convergences, et je parlerai de désir.

Convergence, d’abord, de deux regards, de deux désirs : le regard des mages, le regard des scribes.

Les mages d’abord. Ce sont des savants en quête de vérité. Des mages qui scrutent la création de Dieu, qui regardent en particulier son ciel. Et ces mages ont un regard suffisamment perspicace pour premièrement voir une étoile nouvelle, et deuxièmement, pour savoir l’interpréter et la suivre. Ce regard est un regard intelligent, et un regard qui désire, on pourrait dire que c’est le regard d’une intelligence qui désire, ou le regard d’un désir qui raisonne. Il ne s’agit pas de regarder de loin, de constater le phénomène céleste, il faut aller voir les choses de plus près. Peut-être, sans doute, ce regard et ce désir sont-ils ambigus, mêlés de superstitions : magie, astrologie, divination … mais enfin, ils voient l’étoile, et ils la suivent. Et ce regard qui désire, ce désir qui regarde, les mène à Jérusalem, à la rencontre d’un autre regard et, n’en doutons pas, d’un autre désir, le regard et le désir des scribes. Les scribe sont eux-aussi des savants, des théologiens et des lecteurs de l’Écriture sainte. Eux-aussi, ils ont cette intelligence qui désire comprendre ou ce désir qui veut savoir. Et ils savent, oui car c’est le privilège des enfants d’Israël, hier comme aujourd’hui, ils savent que le messie va naître dans leur peuple, sur leur terre, à Bethléem. Les mages, ces savants païens, ont besoin des scribes pour trouver le Messie. Mais les scribes auraient aussi besoin des savants païens pour apprendre à se prosterner devant le Messie.

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3° dimanche de l’Avent : désert de solitude

Homélie du frère Jean-Laurent Valois,op

Au fur et à mesure que nous entrons dans l’Avent, frères et sœurs, nous faisons l’expérience d’un double mouvement : D’une part, le Seigneur vient, d’autre part, nous allons vers lui. C’est l’expérience que fait et exprime Jean-Baptiste. D’abord, le Seigneur vient « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi. » Et ensuite, nous allons vers le Seigneur: « dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. ». Chez Isaïe, cette parole annonce la libération du peuple exilé à Babylone. Le Seigneur prend sa tête pour le ramener sur sa terre. Une parole toujours relue comme l’annonce de la venue du Messie : « Oui, dans le désert, Préparez les chemins du Seigneur ! »

Le désert… Ne s’agit-t-il pas aujourd’hui de nos campagnes ou des quartiers de nos villes – surtout les plus déshérités – ? Ces déserts peuplés d’hommes et de femmes qui subissent le plus grand fléau de notre époque ; la solitude ! Ils souffrent parce qu’ils se sentent abandonnés des hommes et de Dieu. Les migrants sont loin d’être accueillis. La fracture sociale exclut les uns, le matérialisme ambiant réduit les autres à n’être considérés qu’en fonction de ce qu’ils achètent, bref, la fraternité s’étiole. Et c’est dans ces déserts-là qui, de jour en jour gagnent inexorablement du terrain, comme au Sahara, que le Messie est attendu.

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2° dimanche de l’Avent : troublante présence

Denis Cerba Homélie du frère Denis Cerba, op

En ce temps de l’Avent, de préparation au mystère de Noël, nous avons appris la semaine dernière à veiller comme il faut dans l’attente de la venue du Seigneur : à veiller non pas seulement avec constance, mais plutôt avec confiance, à attendre et espérer le Seigneur plutôt qu’à le craindre ou s’en accommoder. En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous franchissons une nouvelle étape : non, le Seigneur n’est toujours pas là en personne, mais nous entendons la voix de son dernier et ultime messager, la voix de Jean-le-Baptiste, la voix qui crie dans le désert pour préparer la route du Seigneur et rendre droits ses chemins.

Il y a une première chose importante à apprendre, je crois, de ce simple fait que le Christ ait tenu à se faire précéder du Précurseur, de Jean-Baptiste, à aller même jusqu’à recevoir de lui le baptême, comme le raconte la suite de l’Évangile de Marc. Il est dans la nature de Dieu de ne pas s’imposer : plutôt de se proposer, d’aimer les intermédiaires, les médiations, les messagers, ceux qui l’incarnent plutôt que ceux qui le proclament. C’est quelque chose de profond chez lui : Dieu le Père, qui habite dans la lumière inaccessible, ne se révèle qu’à travers Dieu le Fils, qui lui-même se fait précéder de la voix qui crie dans le désert, qui elle-même n’attend sans doute que nous prenions le relais, que nous soyons nous-mêmes capables d’annoncer l’Évangile dans le désert… C’est quelque chose qui depuis le début a troublé et interpellé les Chrétiens : cette troublante présence/absence de Dieu, la prédilection de Dieu pour le désert, en quelque sorte, pour la sècheresse de l’absence. En témoigne la lettre de Pierre que nous avons lue tout à l’heure. A peine le Christ venu, mort, ressuscité, monté aux Cieux, il faut comprendre pourquoi il tarde tant à revenir, pourquoi il n’est déjà plus là, pourquoi il ne revient toujours pas : « Voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur. » Il faut comprendre la troublante présence/absence de Dieu, qui déjà se manifeste dans le ministère singulier de Jean-Baptiste au désert.

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Christ-Roi de l’Univers : miséricorde !

Homélie du frère Thomas-Marie Gilet, o.p.

L’évangile que nous venons d’entendre célébrant la royauté du Christ ne nous a pas placés étonnamment dans le récit d’une parade royale avec un prince ou une princesse couronnés siégeant dans un beau carrosse suivi d’une foule de notables en costume chamarrés, non, l’évangile nous rappelle que notre roi se fait le plus petit d’entre nous, et nous invite à un engagement concret auprès de ceux qui sont ses frères, princes de sang, les pauvres. En effet la souveraineté de Dieu fait irruption dans notre monde et dans l’Histoire à travers l’amour, l’amour envers Dieu lui-même et sa réalisation concrète dans les œuvres de miséricorde envers le prochain. Dans l’évangile de ce jour, Jésus, notre Roi, nous montre qu’aucune souffrance ne peut nous être étrangère.

Le contraire de l’amour, ce n’est pas tant la haine que le rejet, l’indifférence, la marginalisation. Il est possible que nous nous habituions à rejeter si, pour reprendre les termes de l’évangile, nous ne savons pas donner à manger et à boire, si nous ne savons pas ouvrir nos portes pour l’hospitalité, si nous ne savons pas vêtir celui qui est nu, si nous ne savons pas visiter celui qui est enfermé en prison. Toutes ces formes de rejet empêchent que nous puissions répondre de manière évangélique à l’exigence de justice. La conséquence principale du rejet c’est la mise à l’écart des plus défavorisés. Jésus sur ce point est radical : le plus important c’est de secourir ceux qui ont besoin d’aide.

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32° Dimanche ordinaire : Seras-tu là ?

Homélie du frère Thierry Hubert

 

Pas sympa la parabole ! Les copines, plutôt radines et l’époux – allez c’est Jésus – lui, il claque la porte au nez des retardataires, nous laissant nous, lecteurs et auditeurs, bouche bée. L’histoire nous plante là, désœuvrés. On en vient à perdre de vue la joie de voir l’époux tant attendu arrivé, lui pour qui tout cela était préparé.

On reste donc avec un goût amer en imaginant dans la salle des noces une ambiance refroidie et les mines sans doute déconfites des 5 copines qui ont vu disparaître la moitié du cortège nuptial. Après tout, elles auraient pu riposter que si lui, l’époux était arrivé à l’heure, toutes auraient eu assez d’huile. Et la fête des noces magnifiques, sans accro.

Bref, on aurait aimé écrire un scénario meilleur, plus positif … – plus open, quoi – et qui véhiculerait alors nos fameuses valeurs de solidarité, de partage, d’accueil et de pardon. « Mais oui, évidemment que l’on va vous donner de notre huile de réserve … » auraient dit dans la nuit tendrement nos vierges sages.   « Bon, il vous manque quand même un peu d’huiles, les filles ? allez pas de souci, moi, je suis la lumière .. »

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29° Dimanche ordinaire : KO sur l’impôt !

 Homélie du frère Benoît Ente

Ils sont malins ces pharisiens. Leur cerveau est en ébullition. Ils méditent, ils cherchent et se donnent du mal pour piéger Jésus. Ca y est, ils l’ont trouvé. Ils ont trouvé LA question qui tue. « Faut-il payer l’impôt à l’empereur César ? » Si Jésus répond oui. Il légitime l’empereur et son culte. C’est incompatible avec un messie. Si Jésus répond non. il se pose en ennemi du pouvoir impérial. Il risque la peine capitale. Leur machination est parfaite.

Oui mais en face d’eux, il y a Jésus. Jésus qui va les mettre K.O. en trois round. Premier round, faire tomber les masques. Jésus sait que les pharisiens ne cherchent pas vraiment la réponse. Ces hommes flattent Jésus pour le faire tomber. Il sait et il le leur dit avec un mot, d’ailleurs le premier mot qu’il leur adresse « Hypocrites ». Avec ce seul mot, Jésus sort d’une relation fausse qui a l’apparence d’une gentil discussion théologique entre ami, il sort de cela pour entrer dans ce que la relation est réellement : un rapport de force, une question de vie ou de mort.

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28° dimanche ordinaire : buffet de noces

Homélie du frère Thomas-Marie Gillet

Manger est un besoin vital, mais l’homme qui ne se réduit pas qu’à l’état instinctif de nature a fait de ce besoin vital une occasion de célébrer les événements importants de l’existence, une occasion de partage. Qui n’a pas assisté à un repas d’anniversaire, un buffet de noces, un dîner de gala, etc. ? Aujourd’hui nous célébrons le banquet de la joie et de la liberté. « Le Seigneur de l’Univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vin décantés. » (Is. 26, 6) Comme si la leçon de la parabole des vignerons homicides entendues dimanche dernier n’avait pas été suffisamment claire pour les grands-prêtres et les pharisiens, Jésus poursuit son enseignement avec une autre parabole, celle du banquet du Royaume.

L’attitude du roi invitant au banquet peut surprendre. Il se contente de rappeler aux convives l’invitation formelle qu’il leur avait faite. Mais chacun refuse d’honorer sa parole et préfère rejeter l’invitation, certains vont jusqu’à user de violence envers les envoyés du roi. Devant une telle situation, face à un tel scandale d’humiliation, l’attitude normale aurait été d’annuler le banquet, purement et simplement. Au lieu de cela le roi choisit d’élargir l’invitation, et de couvrir de honte ceux qui lui ont opposé un refus : il envoie ses serviteurs inviter informellement tout le monde, des étrangers, les premiers qu’on rencontrera à la croisée des chemins. Voici un roi bien étrange qui n’a que faire de la norme ou des conventions, qui n’a pas peur de passer du politiquement correct au ridiculement incorrect !

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23° dimanche Ordinaire : OK, Google ?

Homélie du frère Franck Dubois, o.p

A vue de nez on est plus que deux ou trois, il y a donc du beau potentiel. Si on se met tous à demander un truc en son nom, on devrait faire bouger les choses. Bien sûr il faudrait d’abord se mettre d’accord, ce qui n’est jamais une mince affaire ici en France. Je crains qu’assez vite l’assemblée se divise en factions, groupes de pression et autres amicales faussement désintéressées pour soumettre chacun ses doléances, qui risquent même parfois d’être contradictoires : plus de chaleur (en hiver), plus de fraîcheur (en été)… Bref, ce n’est déjà pas une mince affaire de se mettre d’accord entre soi. C’est peut-être pour cela que Jésus insiste : je ne reçois pas de demande avant que vous vous arrangiez entre vous. Un appel à la responsabilité.

Et Dieu sait si c’est compliqué. On préfèrerait de loin traiter en direct avec le patron. Du genre : « Seigneur, ce type est une crapule, règle-lui son compte » mais non, il faut encore aller soi-même le lui signifier. Le Seigneur sait bien qu’il y a pas mal de chance que nous modulions notre vocabulaire lorsque nous aurons le bonhomme en face, et sans doute aussi notre jugement. Et pas possible non plus de demander en direct au Big Boss un petit service perso. Vous savez ce qu’il convient maintenant d’appeler une requête « ok Google ». Je remercie au passage le frère Benoît de m’avoir introduit dans l’univers merveilleux du « ok Google ». Vous parlez à votre machine, en secret, dans votre chambre, dans la rue, aux toilettes, où vous voulez et, hop, elle vous répond, vous résout vos problèmes : un resto à proximité, ok Google, un billet de train acheté, ok Google, et puis bien sûr : tiens au fait à quel âge et mort Mickael Jackson, quelle est la capitale des Iles Salomon. Hop, en un clic, sans détour, la réponse. Déconcertant de facilité, pas besoin de perdre du temps à s’entendre avec des hommes, on ne dépend de personne, on peut enfin la jouer perso. Mon problème, ma réponse, mon téléphone, mon monde quoi… rien qu’à moi…

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21° Dimanche Ordinaire : Donner ses clefs

Homélie du frère Benoît Ente, op

Cet été, peut-être êtes-vous allés au cinéma avec vos enfants ou petits enfants ? Pour voir un film d’aventures. De mon côté, je suis allé voir Valérian et je n’ai pas été déçu du voyage. Une imagination débordante traduite en images époustouflantes qui vous emmènent dans la cité des mille planètes. Pourtant, même le scénario le plus travaillé manquera d’imagination face aux chemins impénétrables du Seigneur. Quand Dieu visite une vie, elle devient une aventure imprévisible. Et il n’y a pas besoin de parcourir les mille planètes pour cela. Le Dieu vivant s’amuse à faire tomber l’une après l’autre nos certitudes, nos projets trop étroits, pour qu’à la fin, il ne reste plus que Lui, plus que l’autre, sa présence, ses pensées, sa mission, son amour.

Pierre s’engage

A Césarée-de-Philippe, l’apôtre Pierre n’a encore aucune idée de ce qui va arriver à Jésus et encore moins à lui qui était il y a peu, un pêcheur du lac de Galilée. Pierre suit Jésus au jour le jour. Et il rêve, Pierre, de grandeurs trop terrestres. Des rêves qui l’empêchent de comprendre pleinement la pensée de son Seigneur.  Malgré cela, dans un moment de lucidité, Pierre reconnaît et confesse que Jésus est l’élu de Dieu, le messie attendu depuis des siècles par son peuple.

Par cette parole, Pierre s’engage librement vers l’inconnu. En reconnaissant que Jésus est le Fils de Dieu, Pierre donne à Jésus une place. Et c’est cette place de Jésus dans les pensées et le cœur de Pierre qui va influencer sa vie et lui donner une orientation surprenante.

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