Homélies

11e dimanche du temps ordinaire – Année B – 17 juin 2018

maurice billetHomélie du frère Maurice Billet

Beaucoup de paraboles parlent du Royaume de Dieu, dans les évangiles. Ce matin, nous avons deux courtes paraboles qui parlent de culture agricole. Et cela, en écho avec la première lecture tirée d’Ézéchiel. Et aussi le psaume. On parle de cèdre, de palmier, de blé. De moutarde (sénevé), plante potagère ; tout est comestible sur cette plante.

Dès le chapitre 2 de la Genèse, le Seigneur est présenté comme un horticulteur attentif : il plante un jardin afin que l’homme qu’il vient de créer soit placé dans un lieu accueillant, il y fait germer toutes sortes d’arbres. Le maître des semences, c’est Dieu dans la Bible.

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10e dimanche du temps ordinaire – Année B – 10 juin 2018

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée

Pour que notre vie soit orientée,  qu’elle ait une boussole,  il est nécessaire de nommer le mal. C’est ce que fait la Genèse dans le passage que nous venons d’entendre. Le contexte de ce premier livre de la Bible n’est pas historique naturellement, il est ontologique – c’est-à-dire qu’il vise ce qui est la racine de l’être profond, si nous le lisons à la lumière de l’hébreu dans une perspective intérieure et symbolique. Adam, comme le souligne Annick de Souzenelle, désigne la terre et avec elle, l’homme intérieur non encore accompli que nous sommes tous, homme ou femme. Il s’agit que les deux faces d’Adam, ish la lumière et isha l’ombre – à savoir la lumière non encore accomplie-  s’accomplissent, aillent dans la vie divine, sans penser à mal. Consommer du fruit de la connaissance du bien et du mal revient donc à régresser, déserter l’homme intérieur, se mettre justement à penser à mal. La Genèse  marque très nettement que la vocation de l’homme est de se tenir dans la gloire de Dieu sans se laisser détourner par rien d’autre. Quant au  moralisateur qui  part en croisade contre le mal, on peut craindre que ce soit pour se venger de la vie, qu’il n’aime pas. Comme si Dieu avait été inventé par les hommes pour faire échec au mal ! La peur le fait se barricader derrière ses certitudes, parce que, s’il l’aimait, la vie, il ne songerait pas au mal, il songerait à vivre, à voir le bien là où il est. Il goûterait à l’arbre de la vie que Dieu a planté au centre de son jardin, identifié au  Christ dans le livre de l’Apocalypse.

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Homélie de Messe d’Ascension

 Homélie du frère Franck Dubois

Mon papa aujourd’hui à la retraite a pris beaucoup de photo dans sa vie, la plupart ne sont toujours pas classées et encombrent cartons et étagères (ces photos furent prises avant le numérique). Ma maman lui a souvent dit : « tu vas passer beaucoup de temps dans l’ascenseur pour classer tes photos » exprimant par là sa conception, très imagée,  du temps de purification qui serait nécessaire à papa pour accéder au ciel ; le temps d’achever, en transit entre terres et cieux, ce qu’il n’aura pas encore accompli sur terre au jour de sa mort. Evidemment, maman dit ça à papa pour l’inciter à ranger son bazar. Il lui arrive aussi de rappeler à mon père que, au fond, ça ne sert à rien d’accumuler trop de choses, parce qu’on ne partira avec rien de tout ça là-haut. Avouons que c’est un peu contradictoire avec le coup de l’ascenseur, mais pas faux non plus. Ou peut être justement que le temps de transit entre ici bas et là haut sera proportionnel au nombre de choses plus ou moins inutiles et futiles accumulées sur terre, et qui nous retiendraient dans notre dernière course vers les cieux…

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7e dimanche de Pâques : Unis dans le nom du Père

Denis CerbaHomélie du frère Denis Cerba, op.

Nous avons célébré jeudi dernier l’Ascension, le départ du Christ, et nous vivons depuis lors dans cette absence. Les disciples, et nous après eux, ne bénéficions plus de cette relation directe, immédiate, quotidienne, quasi-évidente au Christ. Cela marque définitivement notre condition de chrétien sur cette terre : le Christ n’est plus là. Pourtant le Christ demeure le centre de notre vie, le nerf de notre relation à Dieu : le Christ est parti, mais pourtant il ne nous a pas abandonnés. Il veut plutôt que nous franchissions un palier, sans doute que nous entrions avec lui dans une relation plus profonde que celle de la simple fréquentation quotidienne, où la méprise et la superficialité sont facilement à l’aune de la familiarité. Avant sa mort, les disciples l’ont pris les uns pour un simple rabbin, les autres pour un simple maître de sagesse, les autres encore pour un simple prophète, certains même pour un simple chef de bande, un agitateur, et il n’est pas sûr que même maintenant ils aient vraiment compris qui il était — et la même question se pose évidemment pour nous : pour qui prenons-nous vraiment le Christ ?

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Vendredi Saint 2018 : donner sa vie

Homélie du frère Jean-Laurent Valois, op

Il y a bien longtemps, au jour des rameaux, une foule enthousiaste reconnaissait en Jésus son sauveur. Cinq jours plus tard, même si – d’accord – elle était manipulée par les grands-prêtres, c’est cette même foule qui réclamait sa tête. Cela veut bien dire que collectivement, nous sommes capables à la fois d’accueillir le Christ et capables de le renier. L’histoire du monde et même de l’Eglise en est la terrible illustration. Ce qui compte, c’est de dire « je » et de se décider pour le Christ. L’accueillir dans son cœur, c’est bien, mais si c’est pour le renier quelques jours plus tard, ça ne sert à rien !

Après la lecture de la Passion, j’ai envie de poser une question: Qui est Dieu? Dieu,c’est quelqu’un qui donne sa vie. Souvent, dans la vie de tous les jours, comme dans l’Évangile d’ailleurs, on parle d’amour, et il y a cette parole qui nous revient: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » et bien ce que Dieu dit, Il le fait. « Prenez, mangez : ceci est mon corps, buvez, ceci est mon sang, dit Jésus ». Non seulement il donne sa vie, un jour de l’histoire, pour ses amis d’alors, mais c’est à nouveau aujourd’hui, où nous célébrons la passion de Jésus, qu’il donne sa vie, et chaque fois que nous le célébrons et que nous le prions.

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Jeudi saint 2018 : Jusqu’au bout

Homélie du frère Denis Bissuel, op

L’Heure est venue, et nous y sommes, où tout va s’accomplir. L’Heure est venue où le Fils de l’Homme va être livré, va passer de ce monde à son Père. L’Heure où l’amour va se manifester, la Vérité se révéler à la face du monde.

Jésus entre dans sa Passion, un drame se prépare et va se dénouer. Acclamé hier, demain Jésus sera crucifié comme un bandit, un moins que rien. Jésus le sait et l’accepte librement. Alors qu’il va endurer la souffrance, affronter la violence et la haine qui trop souvent encore se déchaînent et déchirent l’humanité, Jésus est assis à table avec ses disciples et ils mangent, comme tout le monde, comme si de rien n’était. Et c’est le dernier repas de Jésus avec ses disciples, la dernière Cène.

Alors qu’on cherche à l’arrêter par ruse pour le tuer, que ses disciples vont succomber, le trahir, le renier, Jésus va prendre soin d’eux, humblement, leur donner ce dont ils ont besoin pour ne pas défaillir en route : il va leur laver les pieds, leur donner du pain à manger et une coupe à boire. Et ce sera son testament.

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4° dimanche de Carême : regarder en face le mal

Homélie du frère Denis Bissuel, op

Un certain Nicodème, pharisien, instruit, un notable, l’élite du judaïsme, voudrait comprendre qui est cet homme, Jésus, ce que signifie ce qu’il dit et fait, le sens des signes qu’il pose : l’eau changée en vin quand la noce allait tourner court à Cana, son attitude, sa colère dans le Temple devenu un lieu de trafic qu’il prétend pouvoir rebâtir en 3 jours. Nicodème voudrait savoir ce qu’il en est de la relation privilégiée que Jésus semble avoir avec Dieu qu’il appelle son Père et auquel il renvoie toujours.

Alors il vient trouver Jésus dans l’obscurité de la nuit. Un dialogue s’instaure, qui commence par une affirmation posée par Jésus comme une exigence foncière : En vérité je te le dis : à moins de naître à nouveau, personne ne peut voir le Royaume de Dieu. Il s’agit avant tout de naître à nouveau et d’en haut, de l’eau et de l’Esprit.

De remarques en questions, d’incompréhensions en questions nouvelles, Jésus va conduire son interlocuteur, lui faire découvrir et comprendre progressivement qui est-il donc ce Fils de l’Homme, de quoi il parle, et ce qu’il est venu faire chez nous ; Jésus voudrait le faire entrer plus avant et dans le mystère de Dieu et dans une vie nouvelle, et participer à l’œuvre de salut qu’il est venu réaliser dans le monde.

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2° dimanche de Carême : deux montagnes, deux fils bien aimés

Homélie du frère Thierry Hubert, op

Il n’y avait pas d’ombre ce jour-là sur la montagne de la Transfiguration. Et le soleil avait peut-être aussi disparu. Seule existait la lumière du corps de Jésus, du Corps de celui que Pierre, six jours avant, avait confessé comme le Christ. Donc, la lumière du Corps du Christ attirait les regards, embrassant l’espace et le temps : Moïse et Elie, figures de la loi et les prophètes, et les trois disciples, Pierre, Jacques et jean, tous ensemble étaient présents pour contempler la lumière du corps du Christ, la lumière de Celui que la voix du Ciel désigne à cet instant-là comme le Fils bien-aimé. De la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Non, il n’y avait pas d’ombre ce jour-là, peut-être juste un trop plein de lumière, laissant sans voix les trois disciples, hébétés, abasourdis, Pierre disant un peu n’importe quoi, comme enivré de lumière joyeuse.

L’obscurité, les ténèbres, elles étaient plutôt sur une autre montagne, ou plus exactement dans la tête et le cœur d’Abraham. Il gravissait le sommet où selon un ordre inexplicablement divin il devait sacrifier son Fils, celui qu’il appelait toujours « son unique, son bien-aimé. » « Abraham, Un père peut-il conduire son Fils, son bien-aimé, sur une montagne, pour le perdre ? Comment toi, après avoir trimé toute ta vie à vouloir un enfant, peux-tu facilement renoncer à ton plus grand désir que Dieu pourtant disait bénir ?  Comment accepter de perdre sa descendance, et la vie à venir, de générations en générations comme une cascade bondissante ? » L’obscurité était dans la tête et le cœur d’Abraham qui voyait son Fils, porté sur lui le bois du sacrifice.

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1er dimanche de Carême : « Fracas du cœur, fracas du monde »

Prédication du frère Jean-Michel Potin, op

Tu es mon Fils aimé.

Tu es ma joie.

Frères et Sœurs,

Les deux phrases que je viens de vous lire viennent immédiatement avant l’Évangile de ce jour et je ne comprends celui-ci que comme la conséquence réelle de cette déclaration de Dieu le Père à son Fils

Tu es ma joie.

Imaginez, Frères et Sœurs, l’état d’esprit de Jésus de Nazareth suite à cette déclaration d’amour publique. Imaginez l’état de son cœur, l’état de sa tête. Pour cela, rappelez-vous le moment où vous avez compris, vous aussi, que vous étiez l’enfant bien aimé du Père. Rappelez-vous le jour où le ciel s’est ouvert aussi pour vous. Rappelez-vous que vous avez, ce jour-là, changé de monde. Plus rien ne sera comme avant. Le moment était arrivé. Les temps étaient accomplis.

Saint Marc dans la concision de son récit nous donne une multitude d’informations, il y est question de désert, d’un adversaire, des bêtes sauvages et d’anges serviteurs. Un monde à la Jérôme Bosch ou à la Salvador Dali qui représente bien le fracas dans la tête et dans le cœur de Jésus : il faut le désert pour digérer la nouvelle car il faut bien la digérer la nouvelle que l’on est la joie de Dieu, ensuite l’adversaire, le Satan, pour douter car il faut bien douter de ce qui est inconcevable et enfin les bêtes sauvages et les anges dans l’alternance des rencontres et des états d’âme. C’est le fracas du cœur.

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