Christ-Roi de l’Univers : miséricorde !

Homélie du frère Thomas-Marie Gilet, o.p.

L’évangile que nous venons d’entendre célébrant la royauté du Christ ne nous a pas placés étonnamment dans le récit d’une parade royale avec un prince ou une princesse couronnés siégeant dans un beau carrosse suivi d’une foule de notables en costume chamarrés, non, l’évangile nous rappelle que notre roi se fait le plus petit d’entre nous, et nous invite à un engagement concret auprès de ceux qui sont ses frères, princes de sang, les pauvres. En effet la souveraineté de Dieu fait irruption dans notre monde et dans l’Histoire à travers l’amour, l’amour envers Dieu lui-même et sa réalisation concrète dans les œuvres de miséricorde envers le prochain. Dans l’évangile de ce jour, Jésus, notre Roi, nous montre qu’aucune souffrance ne peut nous être étrangère.

Le contraire de l’amour, ce n’est pas tant la haine que le rejet, l’indifférence, la marginalisation. Il est possible que nous nous habituions à rejeter si, pour reprendre les termes de l’évangile, nous ne savons pas donner à manger et à boire, si nous ne savons pas ouvrir nos portes pour l’hospitalité, si nous ne savons pas vêtir celui qui est nu, si nous ne savons pas visiter celui qui est enfermé en prison. Toutes ces formes de rejet empêchent que nous puissions répondre de manière évangélique à l’exigence de justice. La conséquence principale du rejet c’est la mise à l’écart des plus défavorisés. Jésus sur ce point est radical : le plus important c’est de secourir ceux qui ont besoin d’aide.

   L’amour envers le prochain commence à être véritable quand il touche notre cœur, quand il nous met en marche et active nos mains pour agir, quand il nous réveille de la léthargie ambiante qui pousse à l’indifférence et quand il nous secoue pour trouver les moyens de soulager la misère de notre prochain. Mais dans ce plan d’action inutile de se mettre en concurrence les uns les autres. Il serait absurde aussi de mettre différents niveaux dans la charité, comme vouloir hiérarchiser la misère. Le Royaume exige une communion intime avec la souffrance sur un plan d’égalité. Il s’agit, en définitive, d’une profonde empathie, d’une profonde sympathie (dans le sens étymologique, « souffrir avec ») qui implique d’entrer en résonance avec la douleur et la souffrance du prochain. Cette empathie permet de réaliser des gestes de compassion qui ennoblissent l’être humain en le rendant capable de faire, en quelque sorte, des miracles.

Cet extrait de l’évangile est connu traditionnellement comme la parabole sur le Jugement, mais ne pensons pas mal ce jugement en terme de peur ou, bien que nous appartenions à une communauté dominicaine, en terme de sentence inquisitoriale. Cette parabole nous indique simplement que ceux qui se rendent proches et secourent ceux qui ont faim et soif, ceux qui sont nus, les immigrants et les détenus, ceux-là se rendent proches et secourent le Dieu même qui se manifeste en Jésus-Christ. Pour ce faire nous devons répondre à une seule question : qu’en sera-t-il de nous, que nous arrivera-t-il si nous oublions les pauvres ? La participation à l’eucharistie signifie encore plus pour nous aujourd’hui un devoir de mémoire. Amen.