Dieu est un père qui ne laisse aucun de ses enfants dans les ténèbres

Xavier PollartA propos de Jérémie 31,7-9 ; Hébreux 5,1-6 ; Marc 10,46-52, par le frère Xavier Pollart

Frères et sœurs, aucun fils donné à cette terre n’est destiné définitivement aux ténèbres. Ceci est une promesse de Dieu qui traverse toute l’Écriture. « Quand un pauvre crie, le Seigneur entend » dit le psaume. Cette parole, en vérité, est une bonne nouvelle. Le psaume dit vrai, car ce pauvre a pour nous a aujourd’hui un visage, il porte un nom : Bartimée. L’Écriture enseigne et nous le croyons, que le Seigneur entend la détresse de celles et ceux qui crient vers Lui. Il n’est pas sourd à nos appels. Oui, l’évangile que nous venons de proclamer est une bonne nouvelle pour les pauvres, Bartimée, enfermé dans une souffrance continue à cause des ténèbres de son aveuglement a retrouvé la vue.

Mais le miracle de cette guérison extraordinaire est précédé par un autre miracle. Ce pauvre a permis à ceux qui l’entouraient de sortir de leur aveuglement. Avant de retrouver la vue, il a enfin été vu ! Il a osé crier. Il a crié sans se retenir. On le rabrouait et il criait de plus belle. Le premier miracle concerne bien les autres, ceux qui l’entouraient. À force de crier et parce que le Seigneur a prêté attention à son cri, ils se sont trouvés forcés de le voir et donc forcés de sortir de leur aveuglement. « Confiance. Lève-toi, (égeiré) éveille-toi, (ressuscite), Le Seigneur t’appelle ! » disent ceux qui maintenant sont avec lui.

Au creux de la détresse, le Seigneur appelle, il suscite. Il interpelle. Le Seigneur a entendu le cri de cet homme, maintenant- librement- il t’appelle. L’appel est un acte libre du Seigneur qui mobilise autant la liberté de celui qui l’entend. Tout appel peut devenir une ouverture, la possibilité offerte d’entrer dans un chemin nouveau. Le Seigneur appelle Bartimée. ll appelle tout homme, toute femme – et pour celles et ceux qui se trouvent dans une situation d’enfermement cet appel peut constituer un nouveau départ.

Et voilà que le fils de Timée, Bartimée rencontre le fils de David. Oui l’évangéliste Marc insiste sur ce point. Bartimée est le fils de Timée, Jésus le Fils de David, cela nous est rappelé plusieurs fois. À quoi servent toutes ces mentions de filiation ? Voilà deux fils. Cet évangile est la rencontre des fils, les fils d’un père qui veut qu’aucun de ceux qui sont donnés sur cette terre ne soit définitivement enfermé dans les ténèbres. Le fils de Timée rencontre le fils de David, la filiation du premier, est toute humaine, celle du second, est toute divine. Cette rencontre est une figure. Dieu propose à tout homme toute femme dont le fardeau est trop lourd de rencontrer son fils, c’est sur ce chemin que chacun est conduit.

La chair de Bartimée est tendue vers cet au-delà, il crie sa détresse et au creux de celle-ci il rencontre Jésus, fils de Dieu. Il rencontre celui que Dieu a envoyé pour révéler son infinie proximité. Dieu est un Père qui ne laisse aucun de ses fils livré définitivement aux ténèbres. Les trois lectures de ce dimanche concordent. Elles nous rappellent que Dieu est pour nous un Père. Nous sommes ses fils. « Je serai un Père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné ››, avons-nous entendu dans la première lecture tirée du prophète Jérémie. « Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ››, avons-nous entendu dans la seconde lecture tirée de l’épître aux Hébreux. Dieu est un Père. Nous sommes ses fils, et Jésus est le premier d’entre eux.

Bartimée, mendiant, gît dans les ténèbres de son aveuglement, il rencontre Jésus qui lui marche vers les ténèbres de sa passion. La foi de Bartimée est certaine, Jésus peut le délivrer. Il peut le guérir. Par anticipation sur le combat que Jésus va mener, il exprime sa foi en la victoire de Jésus sur les ténèbres, il anticipe ce que Dieu va bientôt réaliser et qui sera au profit de l’ensemble de ses fils. Par sa bouche, c’est notre cri qu’il exprime, le cri de toute l’humanité, Bartimée désire la lumière ! Lui l’aveugle, il réclame la lumière qu’il ne connaît pas, qu’il désire de tout son être. « Seigneur que je retrouve la vue ››.

Après avoir été guéri, il suit Jésus sur le chemin nous dit saint Marc. Il avance sur un chemin que les disciples ont du mal à prendre eux-mêmes, chemin de mort et de résurrection, chemin de croix, de dépouillement, chemin sur lequel il faut laisser tomber son manteau pour se lever. Sur ce chemin tout intérieur, il ne peut être question de première place ou de qui est le plus grand comme le font les disciples. Bartimée est un disciple confirmé qui avant la passion a déjà bénéficié de la lumière de la résurrection. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » dit Jésus. Bartimée nous enseigne que c’est de l’intérieur que l’on peut voir la lumière : « Seigneur que je retrouve la vue ».

Afin de changer notre regard, le Seigneur doit pouvoir changer nos cœurs. Nos yeux peuvent être remplis de convoitises, d’envies, c’est le regard captateur. Il peut manquer de lumière quand il est plein de suspicion envers autrui. Notre regard peut être accusateur, méprisant, souillé. Tout cela vient de l’intérieur. Seigneur viens laver nos cœurs. Nous voulons voir la lumière et nous désespérons de nos ténèbres, demandons à Dieu de nous changer de l’intérieur, demandons à Dieu de venir nous guérir.

Le monde et l’actualité génèrent avec raison une forte inquiétude. Il est urgent de demander à Dieu de nous partager la grâce qu’il a communiquée à Bartimée, celle de retrouver la vue. Qu’il vienne nous aider à retrouver la lumière qui se cache derrière les ténèbres. Qu’il apporte cette lumière qui peut nous aider à mieux juger, pour être des témoins éclairés et avertis. Qu’il nous apporte la lumière nécessaire qui nous aidera à nous orienter. Surtout qu’il vienne renforcer notre foi au Dieu, Père de Jésus-Christ, qui par sa grâce ne laisse aucun de ses fils enfermé définitivement dans les ténèbres.