Dieu s’est anéanti

Jean-Pierre Brice OlivierHomélie du frère Jean-Pierre Brice Olivier pour le 2e dimanche de l’Avent sur Baruch 5,1-9 ; Philippiens 1,4-6.8-11 ; Luc 3,1-6

L’évangile de Luc abonde en précisions solennelles, pour nous indiquer que l’incarnation du fils de Dieu, se prépare et se réalise dans un peuple particulier, un pays déterminé, une histoire précise et une religion spécifique. Ainsi soulignera t-il encore le recensement d’Auguste, sous le gouvernorat de Quirinius, au moment de la naissance de Jésus.

Dieu est impliqué dans l’histoire de l’humanité, tout comme il est compromis dans chacune de nos vies.

Jésus est entré dans le temps et dans l’histoire et ne les quitte plus.
Dans cette incarnation où Dieu s’approche au plus près de l’homme, dans ce mouvement où Dieu s’anéantit, où il se dessaisit de sa divinité dans un abaissement qui dure toujours, nous est démontré sa volonté de se mêler totalement à l’humanité, de s’amalgamer à elle.

C’est auprès de Jean — fils de Zacharie — que Jésus inaugurera son ministère, en venant se confondre avec les hommes pour lesquels le baptême de conversion et de pardon des péchés était nécessaire.
Lui n’en avait pas besoin, mais sa fraternité de chair avec toute l’humanité réclamait qu’il soit confondu avec les pécheurs, auxquels il fera bon accueil, et, il mangera avec eux.

Le Christ s’invite chez Zachée, il reçoit l’hommage d’une prostituée, il prend la place de l’amant échappé de la femme adultère, au sol avec elle, dans une proximité risquée.

Par ses contacts avec les lépreux, Jésus saisit la lèpre ; par ses relations avec les aveugles, il pénètre l’aveuglement ; par ses liens avec les païens, il sonde l’incroyance.

En effet, il est bien des réalités humaines que Dieu ne connaît que si un homme l’y emmène.

Si par Jésus, Dieu connaît la tentation, la solitude, la souffrance, la trahison, le martyr, la mort ; c’est peut-être par nous, qu’il peut encore aujourd’hui connaître les réalités multiples et tourmentées de la vie des hommes : les maladies, les handicaps, les sexualités, les hontes, ou encore le très grand âge …

Cette union intime du Fils de Dieu avec l’humanité atteint son plus haut degré à la croix, crucifié entre deux brigands, il meurt mêlé aux malfaiteurs.

Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu (2 Corinthiens 5, 2).

Voilà bien la justice de Dieu, la seule et unique justice du Père : sa miséricorde.

Ainsi, les passages tortueux deviennent droits, les chemins rocailleux sont aplanis ; et tout être vivant peut voir le salut de Dieu (Luc 3,16).

Dieu conduit son peuple dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice (Baruch 5, 9).

Ainsi, serons-nous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ (Philippiens 1, 11).

Alors : Quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.
Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel (Baruch 5, 1-3).