Dimanche, 2ème Semaine du Temps Ordinaire – Année C (Jn 2, 1-11)

Homélie du frère Benoît Ente

C’est le premier signe public de Jésus dans l’Evangile de Jean. Contrairement aux autres évangélistes, Jean ne raconte pas le baptême de Jésus, ni la fièvre guérie de la belle-mère de Pierre. Pour Jean, le premier miracle de Jésus est inattendu, étrange, il change l’eau en vin au cours d’un mariage dans la ville de Cana… Jésus accepte de faire un miracle non pour soigner, purifier ou encore pardonner les péchés, ce à quoi nous sommes habitués, rien de tout cela dans ce récit. Jésus fait un miracle pour la joie de tous les convives, pour que la fête des noces puisse aller jusqu’au bout, pour que les mariés évitent l’humiliation et soient heureux.

Visiblement, l’évangéliste Jean n’insiste pas trop sur les mariés qui sont presque inexistants dans le récit alors qu’ils devraient être à l’honneur. C’est que l’auteur du quatrième évangile veut également nous parler d’une autre noce qui parcourt, elle, toute la Bible. Les noces entre Dieu et Israël. Le prophète Isaïe déjà en parlait : cette terre se nommera « L’Épousée ». (…) Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Et il n’est pas le seul. Osée, Jérémie, Ezéchiel, n’hésitent pas à comparer Israël à une prostituée quand elle opprime le faible et se détourne de Dieu. Pour écrire cela, ils devaient bien voir la relation d’amour entre Dieu et Israël à l’image de la relation d’amour entre un homme et une femme. Et pour eux l’union de Dieu avec Israël va de pair avec l’unité des hommes entre eux.

Dans l’Ancien Testament, ce thème trouve son point culminant avec le Cantique des cantiques. Un livre qui peut être lu à la fois comme un chant d’amour, non sans érotisme, entre le bien-aimé et la bien-aimée, et à la fois comme l’expression de l’amour entre Dieu et Israël. Dans le Cantique des Cantiques, la bien-aimée parle du désir du bien-aimé pour elle ; elle dit Son désir tend vers moi. Pouvons-nous imaginer frères et sœurs que Dieu puisse nous désirer ? Un désir qui n’est pas seulement spirituel, impalpable, éthéré non un désir qui s’étend jusqu’au corps. Un désir de partager la vie des hommes toute entière, y compris leur corps, leur chair, leur souffrance, leur passion. Le thème des noces tellement présent dans l’Ancien Testament, n’est-il pas là pour exprimer le grand désir de Dieu d’unir sa vie à celle des hommes, de marcher avec eux sur la poussière de ce monde, de partager leur existence et de leur partager sa vie ?         

Si l’évangéliste Jean nous raconte que le premier signe public de Jésus, son premier miracle vise à parfaire des noces à Cana, c’est pour nous dire que ce désir de Dieu, ce si vieux désir d’union avec l’homme, enfin, se réalise. En Jésus, Dieu s’unit à notre humanité de manière définitive, irrévocable. Marie a permis cela. Son oui à l’ange de l’Annonciation résonne comme le oui de l’épouse lors des noces. Et le miracle de Jésus à Cana manifeste le consentement de Dieu. Dieu s’unit aux hommes pour le meilleur et pour le pire, pour partager notre vie et nous partager sa vie. C’est une joie immense pour nous, frères et soeurs, une joie qui ne peut être refroidie par le manque de vin. Jésus change l’eau en vin pour notre joie et pour sa joie. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu.

Jean-Baptiste s’était appelé l’ami de l’époux. Il avait reconnu en Jésus l’époux tant attendu. Souvent Jésus lui-même reprend l’image de l’époux et du repas de noces dans ses paraboles car il était habité de ce grand désir de Dieu pour l’homme. C’est pour cela qu’il nous a laissé en mémorial le don de son corps et de son sang. En chaque Eucharistie, Jésus se fait l’époux pour nous. Le vin est changé en son sang. Le pain est changé en son corps. Afin que l’union entre Dieu et l’homme puisse se réaliser dans notre corps, dans notre vie. Pour que la vie de Dieu, son amour brûlant comme le soleil et doux comme la neige puisse remplir chacune de nos relations humaines de joie, de gaieté, d’un parfum d’éternité. Pour que les hommes vivent enfin unis entre eux. Heureux les invités aux noces de l’Agneau. AMEN