DIMANCHE DES RAMEAUX

Homélie du frère Benoît Ente

brève homélie après la lecture de l’entrée à Jérusalem

Chers frères et sœurs,
la Semaine sainte commence dans la joie. Avant la tristesse de la trahison, de la lâcheté et finalement de la mort, il y a… la joie. Une joie impossible à baillonner. Même si l’on essayait, les pierres crieraient de joie. La joie est là au début de cette Semaine sainte pour nous rappeler qu’elle en est la finalité. Car la Passion de Jésus est en fait un passage vers la joie de la Résurrection. Ne perdons pas ce but de vue.
Jésus entre à Jérusalem comme on pénètre dans la gueule du loup. Il s’avance au-devant des hommes de pouvoir qui veulent sa mort. Il prend même les devant ; il met en scène son entrée à Jérusalem. Il fait chercher un âne. L’âne est un signe envoyé à ceux qui connaissent la Bible qu’il est bien le Messie, le roi attendu. L’âne est aussi un signe pour dire quel type de Messie il est. Désarmé, avec pour seul pouvoir son amour brûlant comme le feu.
Frères et sœurs, la joie de la résurrection se fait déjà entendre dans nos chants. Avançons libres et heureux pour suivre notre Seigneur et vivre avec lui sa Passion et sa résurrection.

 

Homélie après la lecture de la Passion selon saint Luc

Il a été souvent question des victimes ces derniers mois dans les journaux et même au cinéma. Un édito du journal La Croix disait que la nouveauté dans notre société, c’est la libération de la voix des victimes et son écoute.

Dans le récit que nous venons d’entendre, il y a deux groupes bien identifiés. D’un côté il y a les bourreaux ceux qui selon Jésus n’ont pas conscience, _ ceux qui ne savent pas le mal qu’ils font. Et de l’autre, il y a les victimes, ceux qui savent le mal qui est fait parce qu’ils l’éprouvent dans leur chair, dans leur corps. Ce mal qui a pour nom souffrance et qui remplit l’horizon, obscurcit l’avenir et donne aux heures la durée des années. La souffrance produit la honte, le repli sur soi et risque d’enfermer la victime dans les murs du silence.

A tous, il peut nous arriver de passer d’un côté à l’autre. De victime à bourreau comme ceux qui ont subi des violences enfant et qui les font subir une fois devenu adulte. Ou de bourreau à victime comme ce bon larron qui reconnaît le mal qu’il a fait et qui sur sa croix éprouve le mal que d’autres hommes lui font subir. Tous nous pouvons passer d’un côté à l’autre.

Jésus, lui, choisit librement d’être du côté des victimes. Il se fait la voix des victimes de tous les temps, de toutes les cultures chrétiennes ou non. Certes, il reste silencieux, il ne se plaint pas, mais son corps, sa chair parle pour lui. Elle crie le mal, son corps l’expose, le dénonce pour réveiller ceux qui dorment, pour ouvrir les yeux des aveugles et pour que les bourreaux tel ce centurion, fléchissent le genou pour dire « plus jamais ça »  !

Du haut de sa croix, les quelques mots de Jésus ne disent pas sa douleur. C’est inutile. Ses paroles sont des prières qui disent le feu intact de son amour. Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Nous avons vu l’amour _ rendu incandescent _ par la souffrance. En fait Jésus ne sait qu’aimer. _ Il ne veut et même il ne peut rien faire d’autre _ parce qu’il est Dieu.

Père, entre tes mains je remets mon esprit. Aujourd’hui, c’est entre nos mains que Jésus, mort et ressuscité remet son corps. Sous la forme du pain et du vin, nous recevons l’amour fait chair, nous recevons la victime qui offre son pardon pour que l’homme réconcilié vive et entre enfin en paradis. Que vive notre âme à louer un Dieu si grand. Amen.