Dimanche du Saint-Sacrement : table commune

Benoît Ente  Homélie du frère Benoît Ente

Chers frères et sœurs, qui parmi vous a déjà préparé ce qu’il allait manger ce midi ? Eh oui, souvent, la bonne cuisine, cela se prépare à l’avance. Parfois, il faut commencer la veille et parfois même encore avant. Notre Père céleste, lui, pour préparer notre repas s’y est pris plusieurs milliers d’années en avance. C’est dire la qualité de la cuisine qu’il nous sert. Déjà au temps d’Abraham, Melkisédek fait apporter du pain et du vin. C’est à la fois un  signe et une préparation du repas que nous sommes en train de partager aujourd’hui, le repas de l’Eucharistie. Le pain et le vin qui compose notre repas ont été choisis par Jésus pour en faire son corps et son sang.

Mais avant de parler de pain et de vin, rappelons-nous qu’il s’agit d’un repas. Jésus choisit de se donner sous la forme de nourriture au cours d’un repas. Et ce n’est pas le premier. Les évangiles regorgent de repas. Jésus aime les repas.

Remarquez au passage qu’il se fait toujours inviter Jésus. Mais pas par n’importe qui. Il se fait inviter d’abord par ceux qu’il ne faut surtout pas fréquenter : les pécheurs. Et parfois, c’est même lui qui provoque l’invitation comme avec Zaché. Jésus fait table commune avec les pécheurs et les pécheurs en sont retournés.

Car partager le repas avec quelqu’un c’est s’exposer avec lui. C’est reconnaître une humanité commune avec ses besoins élémentaires. C’est partager la parole, affronter le silence éventuel et éprouver ensemble le plaisir de manger et de boire. Partager le repas avec celui qui est exclu, c’est déjà tisser un lien d’amitié et poser un signe du royaume de Dieu. Ceux d’entre vous qui ont déjà partagé le repas avec une personne de la rue, un migrant ou un sortant de prison le savent bien.

Jésus partage le repas avec ses disciples et au cours du repas, il prit du pain. Il aurait pu prendre une bouchée d’agneau, cela aurait été plus explicite non ? Mais Jésus prit du pain. Pourquoi ?

Peut-être parce que le pain est un aliment que nous mangeons tous les jours. Jésus nous donne son corps ici et maintenant, mais aussi chaque jour de notre vie, à chacun de nos repas, à chacune de nos rencontres, au travail ou à la maison, à chaque minute de notre vie, à chaque battement de notre cœur. Par la grâce de l’Eucharistie, notre vie entière devient pain de vie.

Si Jésus prit du pain, c’est peut-être aussi parce que le pain est accessible aux pauvres. Dans notre quartier de Moulins, tout le monde ne peut pas se payer un gigot d’agneau. Mais tout le monde ou presque peut se payer la baguette à 50c chez l’épicier du coin. Le pain du ciel est d’abord le pain des pauvres.

 

 

Jésus prit du pain et à la fin du repas, il prit du vin. Là il prend des risques. Bien sûr, dans nos esprits le vin est synonyme de joie. La joie de la fête où le rire, la communion et les confidences l’emportent sur les peurs, les méfiances, la tristesse. C’est le vin du royaume de Dieu, le vin des noces de l’agneau déjà présent au milieu de nous.

Mais le vin contient de l’alcool et l’alcool est aussi la cause de vies détruites, de couples qui explosent, de violences et de pleurs. L’alcool, et nous le constatons autour de nous, est parfois synonyme de souffrances.

Frères et sœurs, ce sont dans nos grands moments de joie comme dans nos souffrances que mystérieusement Jésus scelle son alliance avec nous. C’est dans ces lieux où la vie se fait plus dense que Jésus mystérieusement établit son lien d’amour avec nous et entre nous.

Ceci est mon corps, ceci est mon sang dit Jésus. Aujourd’hui frères et sœurs, nous sommes invités à communier au corps et au sang de Jésus. Ou plutôt c’est Jésus qui s’invite chez nous pour faire table commune avec nous. Partager nos joies et nos souffrances. Unir son sang au nôtre, former un seul corps avec lui pour le meilleurs et pour le pire. Le pire dans les souffrances et les persécutions. Le meilleurs dans la grâce de Jésus notre Seigneur, dans l’amour de Dieu notre Père et dans la communion de l’Esprit-Saint pour l’éternité. Amen.