Exposition au couvent de Norman Dilworth

Dans le cadre du 8e centenaire de l’ordre, nous sommes heureux de vous proposer une exposition d’art contemporain, il s’agit des œuvres de Norman DILWORTH qui vit et travaille à Lille. 
p1000627 Two for two p1000644Progression linéaire

img_9262Four Cut Corners

p1000653Couple

img_9259Puffball capture-decran-2016-09-11-a-14-16-08

Emmanuel Dollé Discours du fr. Emmanuel Dolle à l’inauguration.

Peut-être êtes-vous étonnés que le jardin d’un couvent dominicain accueille l’exposition d’un artiste dont l’œuvre, à première vue, ne semble pas particulièrement spirituelle. Et pourtant, il y a plusieurs raisons.

La première absolument personnelle et subjective. Quand il y a deux ans, Gabriel, le fils de Berthold Müller, m’a conduit chez Norman Dilworth, j’ai tout de suite, de façon irraisonnée mais profonde, eu un coup de cœur pour son travail. Ça ne se commande pas mais ça se grave à l’intérieur de vous. Et j’ai eu envie de voir ses sculptures respirer au milieu des arbres.

Deuxième raison : cette année l’Ordre dominicain célèbre le huitième centenaire de sa fondation par Dominique de Guzman plus connu sous le vocable de saint Dominique. A cette occasion plusieurs couvents ont organisé des manifestations, nombre d’entre elles regardant avec une fierté légitime des réalisations de nos prédécesseurs illustres, peintres comme fra Angelico, exceptionnelle exposition sur les Lumières médiévales à la Bibliothèque de Colmar (anciennement église du couvent de dominicains !), colloque sur les philosophes, théologiens classiques ou de la libération, mystiques, conférences sur des pionniers de la réflexion sociologique, etc. La liste pourrait être longue et prestigieuse et fastidieuse.

Il m’a cependant paru important de montrer aussi notre implantation dans la vie contemporaine. L’Ordre des prêcheurs vit d’abord pour les hommes de son temps, les dominicains regardent demain avec ceux qui créent et innovent.

(Autour de la dernière guerre, le père Couturier avait été impliqué dans la création artistique, l’Art Sacré, Le Corbusier et le couvent de la Tourette etc. c’était au siècle dernier !)

Aujourd’hui, le travail de Norman Dilworth peut fournir aux dominicains l’argument d’un regard contemporain sur l’art.

D’abord comme un sourire: Four cut corners, (à l’entrée, le long du cloître de l’hôtellerie), noir et blanc comme des dominicains à l’habit blanc revêtus de chape noire. Déclinaison ou variation du même et pourtant chacun différent, chacun ayant un coté qui grandit grâce à la proximité du voisin, idéal de nos vies communautaires.

Puffball, (devant l’église, cloitre du feu pascal), après un murissement généreux et ensoleillé la fleur de pissenlit se transforme en graines légères semées à touts vents. Peut être notre prédication y ressemble-t-elle, d’abord réfléchie et murie puis abandonnée sans exclusive au gré de la réception de chacun. Nous sommes des prêcheurs à tous vents.

Two and two, (petit cloître de la porterie). La force venue de l’intérieur, rien de conquérant, rien de guerrier, une solidité radieuse. On ne remarque pas que deux modules identiques s’unissent pour ensemble former une seule œuvre. Dès les tout débuts de l’ordre, Dominique a envoyé les frères deux par deux en prédication. Avoir un socius, autre moi même qui aide, soutient, épaule, complète, l’un se tait quand l’autre parle, l’autre prend la relève quand le premier fatigue, ensemble on avance. Two and two est quelque chose de typiquement dominicain.

La grande progression linéaire blanche sur la pelouse du cloitre est probablement aussi une image de nos chemins dominicains dont les angles s’adoucissent au grès de l’expérience, du silence de la prière. Les premiers segments semblent heurtés, isolés, opposés au précèdent et progressivement s’orientent dans une direction qui voudrait indiquer l’infini.

Je ne vais pas vous infliger une lecture partiale (ou dominicaine) de chacune des sculptures, j’aurais aimé parler plus longuement de la proximité et de l’espace nécessaire de Couple.

Regardez, tournez autour de chacune de ses œuvres, ne cherchez pas à les comprendre et elles vous parleront toutes seules. Si l’expression n’avait été accaparée il y a 35 ans par un slogan politique, je dirais de vous laisser caresser par « la force tranquille » de ce magnifique travail, muri, épanoui et donné.

Sorties de l’atelier, ces huit œuvres appartiennent maintenant à votre regard et à votre sensibilité.

Une dernière chose. Quand ce couvent a été construit à la fin des années 50, certains se sont étonnés auprès du Père Bous, initiateur du projet, de ce que le grand cloître derrière l’église n’avait que 3 cotés, et lui de répondre, « le quatrième coté de cloître c’est la ville ».
Merci Norman, d’être pour nous ce quatrième coté qui nous ouvre au monde auquel nous sommes appelés.

Je suis fier et heureux que vous participiez à nos commémorations centenaires.

L’exposition durera plusieurs mois et sera visible aux heures d’ouverture du parc où elle est installée, mercredi, samedi et dimanche après-midi.