Homélie de la vigile pascale

img_1127-e1395388294942Homélie de la vigile pascale par le fr. Denis BISSUEL, op

 

 

 

A l’aube du premier jour de la semaine, alors que le soleil se levait, des femmes, Marie-Madeleine et une autre Marie, se rendirent au tombeau, interrogatives. Il s’est alors passé pour elles quelque chose de bouleversant, terrifiant même, que les mots ne suffiront jamais à exprimer totalement, un événement insaisissable, unique et dont on parle encore : un Ange de Dieu rayonnant de blancheur était là à l’entrée du tombeau, tranquillement assis, qui leur dit :

Pourquoi pleurer ? N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus, de Nazareth le crucifié, il n’est plus ici, il vous précède maintenant en Galilée, c’est là que vous le verrez. Partez et allez dire à ses disciples qu’il est ressuscité comme il vous l’avait dit.

Quelles têtes ont du faire les disciples éberlués quand ils virent les femmes arriver en courant, toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes,  cherchant à leur parler, balbutiant, ne trouvant plus leurs mots.

Sûrs d’eux-mêmes, les hommes ne pouvaient considérer ces propos que comme commérage et bêtise. Car pour eux c’était bien clair, l’affaire était réglée : ce Jésus avait été crucifié, on l’avait bien tué et enterré. Et pour éviter le risque d’une dernière imposture on avait scellé une énorme pierre à l’entrée du tombeau et posté une garde. Puis la nuit était revenue, obscure et silencieuse. Il n’y avait plus rien à espérer.

Mais on n’étouffe pas la Parole de Dieu, plus incisive qu’un glaive à deux tranchants. La Parole a saisi les disciples, et a pris pour eux visage, corps du Ressuscité. Cette poignée d’hommes et de femmes, qui avaient fait le deuil de Jésus, ont soudain éprouvé la réalité de sa présence, la joie irrésistible de le rencontrer vivant. Leur vie en a été transformée.

 La Nouvelle s’est alors répandue qui l’affirme vivant, elle a retenti, rebondi jusqu’à nous, libre, contagieuse : Christ est ressuscité ! Christ est vivant ! Le Dieu de nos pères, Dieu d’Abraham et de Jacob, Dieu de l’exode et de l’exil, a relevé d’entre les morts son enfant bien-aimé, confirmant l’espérance biblique, accomplissant la promesse.

Avouons-le, il faut être un peu fou pour croire sur le témoignage initial de deux ou trois femmes, sur la parole de quelques apôtres que Jésus est vivant, que l’aventure continue et qu’il vaut la peine de se redire les uns aux autres, en paroles et en actes, la promesse et l’avant-goût de cette vie nouvelle offerte en Jésus-Christ.

Il faut être un peu fou pour mettre sa confiance dans le Christ; être disponible au grand souffle d’amour de Dieu, ne jamais désespérer des hommes, se battre contre l’abrutissement, le racisme rampant, l’injustice, l’égoïsme. Il faut être un peu fou pour croire que la vie l’emportera finalement sur les forces de destruction, de haine et de mort ; bref, pour devenir des prophètes de la résurrection et de la vie.

Mais si pourtant c’était vrai ? Si c’était vrai que Dieu se donne à nous quand nous faisons le pas, quand mystérieusement nous préférons la vie, quand dans l’adversité nous prenons le risque d’une parole audacieuse et confiante. Si c’était vrai que l’amour fidèlement vécu, jusqu’à l’extrême du don, s’est révélé en Jésus-Christ plus fort que la mort. Si c’était vrai que l’Évangile, marqué du sceau de la croix, est la Bonne Nouvelle.

Il a fallu aux disciples passer par le trou noir du tombeau vide pour voir et croire. Il faut être passé par l’épreuve et le feu, avoir connu la nuit du doute, s’être frotté dans le dialogue et le débat à la critique décapante, avoir été démenti et contré dans ses convictions et dans sa propre foi, pour découvrir que quelque chose en nous résiste, comme un murmure d’abord imperceptible qui va en s’amplifiant,  Parole de vie impossible à  contenir. Ce qui résiste en moi, me fait vivre et avancer, c’est Quelqu’un qui me parle et m’appelle : Éveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, car l’hiver est passé, c’est le temps de la Pâque. Le veau gras est servi, la table des noces est prête. Traversons les grandes eaux baptismales, passons sur l’autre rive, de la peur à la joie, de l’égoïsme à la vie solidaire, conviviale, fraternelle.

Touchés au plus profond de nous-mêmes, ce soir, en cette nuit nous voulons réaffirmer notre foi en un Dieu qui nous parle et nous aime, nous tire du chaos primitif et accomplit en nous son œuvre créatrice.

Nous voulons redire notre foi en Jésus-Christ, soleil levant, nouvel Adam, qui a souffert sa Passion et nous invite à renaître avec lui, à nouveau et d’en haut, de l’eau et de l’Esprit.

Et notre foi dans l’Esprit vivifiant et consolateur, qui souffle aujourd’hui dans la sainte Église, nous unissant contre vents et marées en une même communion, peuple fraternel et joyeux des enfants de Dieu, déjà sauvés par la mort et la résurrection du Christ.

En cette nuit de Pâque, réjouissons-nous, exultons de joie : la lumière s’est levée, Christ est ressuscité, Christ est vivant au milieu de nous !

Amen. Alléluia !