Homélie du 23° Dimanche Ordinaire : radicalité ?

Denis Cerba Homélie du frère Denis Cerba, op

Les paroles du Christ, ce matin, ne sont sans doute pas à prendre au pied de la lettre, mais il n’en reste pas moins qu’elles sont à prendre au sérieux.

Elles ne sont pas à prendre au pied de la lettre, parce que ne pouvoir être disciple du Christ qu’au prix du rejet absolu d’absolument tout le reste (biens, famille, attachements de tous ordres, et jusqu’à sa propre vie…) — ça n’a pas de sens, et pas la moindre chance d’être vrai. Mais pourtant le message du Christ ne doit pas être affadi à la légère, et réduit finalement à quelque chose de plus ou moins accessoire : un simple plus, un « supplément d’âme », qu’on aura tôt fait d’oublier, de reléguer à l’arrière-plan, ou d’instrumentaliser. Plutôt il faut l’entendre dans sa radicalité : être prêt à la suite du Christ à aller jusqu’au bout. Être prêt et assumer le coût de construire jusqu’au bout (et pas seulement s’arrêter aux fondations), être prêt et assumer le coût de combattre jusqu’au bout (au lieu de capituler à la première occasion).

Maintenant : construire et combattre, planter et détruire — certes, mais encore ? Construire quoi ? Combattre quoi ? Où se trouve là-dedans, plus précisément, le message du Christ, la Bonne Nouvelle ? Je pense pour ma part qu’elle consiste en deux choses. D’abord dans l’affirmation (facilement perdue de vue ou occultée) que notre vie a bien un sens : au-delà de ce qui attire, attache, fascine, intéresse, chacun d’entre nous, ou — plus basiquement — au-delà des nécessités de tous ordres qui s’imposent à chacun d’entre nous, il y a bien quelque chose d’autre, quelque chose d’ultime, qui polarise notre vie et lui donne un sens profond, une tension, qui la fait déborder l’horizon borné et limité d’une simple vie d’homme. À partir de là, le message du Christ, c’est fondamentalement de nous dire qu’il est, Lui, en personne, cet au-delà qui à la fois nous dépasse et nous concerne, nous accomplit.

Mais je pense qu’une fois cela acquis, le Christ nous renverrait aussitôt la question : « Pour toi, qui suis-je ? ». C’est la deuxième chose : qu’est-ce que signifie concrètement reconnaître le Christ comme le sens ultime de sa vie ? Le Christ, je crois, est ici particulièrement attentif aux multiples paravents dont on est tenté de se couvrir : faire semblant d’être au service du Christ quand on est seulement au service de soi-même. Il ne faut donc pas seulement se poser la question : « Le Christ est-il le sens de ma vie ? », mais aussi la question inverse : « Quel sens est-ce que je donne à ma vie pour être à la hauteur de ce que le Christ attend de moi ? ». Notre adhésion au Christ se juge à l’aune de ce qu’on entend par là — et je pense que le Christ est ici particulièrement sensible à notre capacité de jugement et d’initiative personnelle : est-ce que je suis à la recherche de quelque chose qui a valeur de fin ultime, et donc de digne du Christ ? C’est évidemment à chacun de se poser cette question et d’y répondre — et j’y renvoie chacun d’entre vous comme je m’y renvoie moi-même.

Ensemble, nous célébrons maintenant le sacrement de l’Eucharistie, afin de recevoir du Christ lui-même la réponse à ces questions, la lumière et la force dont nous avons besoin.