Homélie du Jour de Pâques

frere_hubert-thierryPar le fr. Thierry Hubert, pour le jour de Pâques.

Alors que ce matin nous baignons enfin dans une joyeuse lumière, que le soleil printanier nous enveloppe comme le signe d’une bonne nouvelle, que les enfants trépignent à l’idée de trouver les œufs dans le parc, il nous faudrait peut être fermer les yeux et nous arrêter.

Laisser du temps au temps pour descendre.

Fermer les yeux et s’arrêter là dans ce jardin de la résurrection, au côté de Pierre…  et puis, allez, devenir le disciple que Jésus aimait et se laisser surprendre, comme lui, se laisser saisir :  le tombeau est vide et la pierre roulée.


Évidemment, on pourrait croire que le corps a été simplement volé. Ce qui aurait classé l’épisode aux oubliettes de l’histoire. Mais pourtant, bien cher frère, bien chère sœur, ferme les yeux, et comme le disciple bien aimé, laisse émerger en toi une autre conviction, une évidence folle, le renversement des apparences, la vérité retrouvée, vivante. On n’étouffe pas la parole, quand elle vient de plus loin que la terre,  sous une pierre. La chair du Fils, venu du sein du Père, broyée, exposée sur la Croix, devenue poussière de  terre,  est rebâtie. Mystérieusement relevée, glorieusement vivante. Laisse-toi envahir par la puissance inouïe de cette nouvelle que tu as peut-être trop entendu,  au point de ne plus t’en émouvoir, de ne plus la laisser changer en toi quelque chose.

Cette nuit, la mort a été anéantie par Celui qui s’était anéanti sur la croix.  La mort a été engloutie par la Vie. Victoire que l’on  balbutie, hébétés, dans une douce ivresse, tant cela paraît incroyable. Nous n’osions pas y croire. Jésus est sorti, plus vivant encore que durant ses trente années sur cette terre, plus vivant car désormais éternellement vivant, hier, aujourd’hui, demain, ici et maintenant.

Ferme les yeux, et entends Jésus te dire :
Peu m’importe de ressusciter mille fois à Jérusalem si je ne ressuscite pas une fois avec toi dans ta chair.
La réalité historique de ma résurrection resterait inachevée si elle ne prenait pas, ici, aujourd’hui, maintenant corps et vie en toi. Ma résurrection te demande une disposition intérieure. Devant ce tombeau ouvert, deviens-toi-même ouvert.

Alors ferme les yeux et descends en toi, dans ce jardin intérieur,  au lieu de cette parcelle sombre, si sombre qu’elle est le tombeau de ton histoire, le tombeau de ta vie, le tombeau de déjà ta chair
descends là au lieu de cette épreuve qui te plombe, quand la vie n’a pas donné les fruits attendus, – ah, c’est la vie dit-on, quand l’épreuve nous tombe dessus. Non, ce n’est pas la vie, c’est la mort qui fait son œuvre, qui vient planter son drapeau noir sur la  vie qui sommeille en toi et qui cherche à se frayer un chemin depuis trop longtemps. Le Christ est descendu jusqu’aux entrailles de la terre pour venir nous récupérer dans nos tombeaux. Pour sauver cela aussi puisqu’il vient délivrer ta vie, toute ta vie.

En ce tombeau encore fermé où souvent ton âme s’est désolée, laisse le Christ agir. Laisse-le sortir, laisse-le ressusciter, laisse-le faire de ce tombeau, le lieu de sa grâce et de sa puissance, de sa miséricorde et de son amour.  Laisse-le être le vivant en toi, rebâtir mystérieusement ta chair, relever ta vie.

Ce tombeau peut devenir comme celui du jardin de Jérusalem ton plus grand trésor.

Y-a-t-il plus grand trésor ? Ouvre les yeux car y-a-t-il plus grande richesse que cette présence de Jésus  toujours actuelle, toujours agissante, capable de faire rouler la pierre du tombeau, d’écrouler les murs de nos refus d’aimer, d’ouvrir une brèche au bout de nos impasses, de nous relever quand notre péché, nos égarements nous plaquent au sol, abattus.
Y-a-t-il plus grande joie que de savoir Dieu avec nous, Jésus éternel ami, éternel sauveur. Nous tendant la main, pour sortir avec lui. Nous ne sommes pas seul. Je ne suis pas seul, tu n’es pas seul.

Ouvre les yeux et vois l’espérance que cela fait naître.
Avec Lui, Le Vivant, notre route peut nous mener plus loin, mystérieusement sur des chemins inconnus, notre vie se poursuivre de nouveau, étrangement plus vivante. La chape de plomb s’est entrouverte. Les entrailles de la terre sont le  terreau du grain de blé qui, meurt, germe et donne mille épi. Combien de nos amis, loin de la foi, sont bloqués devant l’inanité apparente de ce monde ? Notre trésor est que notre foi toujours nous fait espérer, espérer contre toute espérance, tenir debout.

Joie, Joie, Joie.

Entre et demeure aujourd’hui dans la joie de ton maitre !

Alléluia.