Nuit de Noël 2016 : terre et le ciel enfin réconciliés.

img_1127-e1395388294942 Homélie du fr. Denis Bissuel, op

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi.

Frères et sœurs, en cette nuit de Noël l’Église se réjouit d’une joie lumineuse, profonde et vraie. Aux creux de nos hivers, dans les vielles de nos nuits, alors que notre monde connaît tant de violence et de haines fratricides, un cri retentit fort et imperceptible. Dans les champs de nos vies une parole se fait entendre : Écoutez, l’heure est venue, n’ayez pas peur, voici que je vous annonce une grande joie. C’est une Bonne Nouvelle pour tous et pour chacun qui n’est pas réservée à quelques initiés, aux prétendument sages et aux intelligents.

Cette Bonne Nouvelle, la voici : aujourd’hui Dieu vient habiter avec nous pour toujours parce qu’il nous aime et que l’amitié ne peut s’accommoder de trop grandes distances. Aujourd’hui Dieu, cette nuit, Dieu se fait l’un de nous. Il se donne à nous comme sa Parole ; le Verbe se concentre, prend corps et chair humaine. Un enfant nous est né, un Fils nous est donné, et la terre et le ciel enfin réconciliés unissent leurs voix pour proclamer sa gloire et sa louange, car il est le Messie attendu, de la descendance d’Abraham, rejeton de David, Fils de l’Homme et Fils de Dieu.

Et vous pouvez le reconnaître à ce signe : un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. La gloire est pour le moins ténue et surprenante. Les prophètes avaient proclamé son nom : Conseiller-Merveilleux, Dieu fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. Mais où donc est-il le Messie proclamé, le Dieu fort, le Prince de la Paix ? Le Fils bien-aimé naît dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place ailleurs. Le Fils de l’Homme n’a pas où reposer la tête. Il vient au monde sur la paille et finira sur le bois de la croix.

On pouvait s’attendre à un Messie plus digne, un peu plus triomphant et convaincant. Comme Jean le Baptiste, nous pouvons l’interroger : es-tu vraiment Celui qui vient ou faut-il en attendre une autre ?

Les commentaires vont bon train et l’emportent largement sur l’événement lui-même. Des témoins s’interrogent, bergers de la contrée ; saisis de tout leur être par ce qu’ils vu et entendu, ils frissonnent et prophétisent, annonçant la nouvelle. Un vieillard, Siméon, s’extasie devant l’enfant. Ses parents s’émerveillent de ce qu’on dit déjà de lui. La Parole résonne, amplifie son écho.

Mais l’enfant trouble et inquiète. Le roi Hérode s’agite, veut mettre la main dessus, mais joué par les mages, ces étrangers païens, il se livre à un massacre en tuant dans Bethléem tous les enfants de moins de deux ans. Le monde a peur d’un enfant ! Peur peut-être d’un autre type de force, celle qui se déploie dans la faiblesse et annonce le renversement des puissants de leur trône.

La Vierge Marie, sa mère, médite devant ce grand mystère qui la dépasse. Une épée lui transpercera le cœur. Le Messie, son enfant, sera serviteur et souffrant. Il sera livré et broyé comme du grain. Les sbires sont à l’affût de toute parole de sa bouche car ils ont peur et tremblent devant le souffle de sa liberté. Mais lui passe au milieu d’eux, poursuit son chemin, guérit les malades, nourrit les affamés et proclame que le pardon de Dieu est offert à tous. Entrant dans notre histoire, solidaire de notre humanité, il manifeste en paroles et en actes que Dieu est avec lui, il donne corps à la promesse des prophètes d’Israël, il est l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Le Sauveur, le libérateur n’est pas super humain, rien de spectaculaire, de tonitruant. Ici, simplement un enfant dans la précarité de la crèche, un être vulnérable, fragile et pur. Comme les bergers, considérons cette précarité, recevons-la comme le message que Dieu nous adresse.

Si la tradition a rajouté autour de l’enfant Jésus un paisible ruminant et un âne, oui il y a un âne à côté de Jésus, selon l’antique prophétie d’Isaïe : le bœuf connaît son propriétaire et l’âne la crèche de son maître, mais mon peuple ne le connaît pas et ne comprend pas, ces deux animaux peuvent nous rappeler que devant l’enfant de la crèche nous devons ouvrir grandement et humblement notre intelligence et notre cœur.

Sachons le reconnaître. Le chemin est ouvert, pour nous, pour tout le monde. Approchons-nous de lui, n’hésitons pas. Si Jésus est bien Celui qui vient, s’il est Celui qu’il faut attendre, il faut qu’il le soit pour tout le monde, pour ceux qui souffrent et désespèrent, pour les pauvres, les déracinés, pour ceux qui sont oubliés, rejetés. Qu’il soit pour eux leur salut, leur délivrance. Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Sommes-nous de ceux qui entendent la Bonne Nouvelle : voici que je vous annonce une grande joie, et cette grande joie est pour tout le peuple. Un sauveur vous est né.

Avançons sur le chemin ouvert par la foi, reconnaissons en lui le Verbe de Dieu, la Parole faite chair. En lui commence un monde neuf. Le chemin sur lequel il nous conduit est un chemin de vérité, vérité de ce que nous sommes devant lui.

Nous veillons dans la nuit pour attester la venue d’un monde autre, tel que Dieu le veut et qui vient à la manière dont est né l’enfant de Bethléem.

Soyons comme eux ouverts à un horizon d’humanité nouvelle qui dépasse nos intérêts immédiats pour entrer dans la nouvelle création dont l’enfant de Bethléem est le signe précurseur.

Il est celui qui vient et que nous attendons. Telle est notre foi, telle est notre espérance et telle notre joie.