Jésus aux affaires… de son Père

Thierry Hubert, TripaliumHomélie du frère Thierry Hubert pour le dimanche de la Sainte Famille (1 Samuel 1, 20-22.24-28 ; 1 Jean 3, 1-2.21-24 ; Luc 2, 41-52)

Nos yeux voient la crèche et nos oreilles viennent de nous projeter au temple douze ans plus tard. Nos yeux nous placent à Bethléem et nos oreilles à Jérusalem. 10 kms de distance entre les deux.

C’est ce que l’on pourrait appeler un grand écart oto-olphtalmo-temporel, des oreilles, des yeux et dans le temps, un grand écart qui pourrait nous faire vaciller si finalement Jésus lui-même ne venait nous remettre sur pied.

Car de la crèche au temple, de Bethléem à Jérusalem, Jésus est en fait chez lui.

Là, il ne parlait pas. Et aujourd’hui il interroge et enseigne.

Là, il était vulnérable, fragile et aujourd’hui il a déjà autorité et assurance.

Là, ses parents ravis le portaient dans leurs bras pour l’embrasser, et aujourd’hui par sa réponse à ses parents inquiets il dessine invisiblement des bras déjà écartés, pour tout embrasser.

 

« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père », ou traduit aussi couramment « aux affaires de mon père ? »

C’est la première parole de Jésus dans l’évangile de Luc. Elle va éclairer tout le reste, ses gestes et ses paroles, sa vie et sa mort. Nous bondissons alors de page en page, de bonne nouvelle en bonne nouvelle. Quand Jésus guérit, quand il relève, quand il ouvre les yeux aveuglés, quand il expulse les démons, quand il multiplie le pain, quand il pardonne, Il est aux affaires de son Père. Quand il enseigne, quand il dénonce les cœurs endurcis, quand ils bousculent les marchands, Il est aux affaires de son Père. Quand il se retire la nuit pour prier, Il est toujours aux affaires de son Père. Quand il donne sa vie, Il est aux affaires de son Père. Et même, antérieurement, durant ses trente ans de vie cachée à Nazareth, travaillant le bois aux côtés de son père nourricier, Il était déjà aux affaires de son Père, son autre père. Secrètement, assurément.

 

La grande affaire de son Père du Ciel, c’est de restaurer l’homme, de le rebâtir à son image et à sa ressemblance. Jésus, hier, aujourd’hui, demain. Pour moi, pour vous, pour nous.

 

« C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple ».

En bon élève studieux de l’histoire de son peuple, le jeune Jésus voit dans le temple, la maison de son père. Le temple, au gré de ses destructions et reconstructions, c’était le lieu de la présence de Dieu. Il avait finit par consentir à avoir une maison en dur, faite de pierre. Il aurait préféré garder la tente, celle qui se promenait dans le désert,  histoire de manifester à son peuple qu’il marchait avec lui et qu’avoir foi en lui, c’était cheminer, pérégriner. Le croyant est un marcheur. Mais était tapi dans le cœur de l’homme le désir de s’arrêter, de fixer là, les pierres, la foi et Dieu avec.

Alors, advient ici, dans cette présence de Jésus, une secousse, à faire vaciller les murs du temple. Car la présence de Dieu avec Jésus, c’est Jésus lui-même. Sa voix n’a peut-être pas encore mué, mais la demeure de Dieu s’est définitivement transformée. A douze ans, le nouveau temple, c’est déjà sa chair, son corps. La chair de l’homme devient le lieu privilégié où Dieu désire habiter, demeurer. Pour accompagner l’homme au plus près de lui. Pour redevenir voyageur aussi, marcheur. Restaurer l’homme, c’est le rebâtir comme temple. Non plus fait de pierres, mais de chair.

 

Laissons Jésus entrer et demeurer dans ce nouveau temple, notre cœur, notre vie, notre âme. Laissons Jésus nous interroger et nous enseigner. Si nous nous trouvons indigne d’être un temple, optons pour la crèche. Nous sommes temple et crèche. Un petit coin sombre de notre cœur lui suffira très bien pour commencer. Il s’y trouvera très à l’aise. Avec tout ce que nous sommes, les moutons qui nous accompagnent, et même nos canards, nos fausses notes. Je vous livre ainsi une clef de lecture sur la présence énigmatique du canard dans notre crèche, qui inquiétait notre père prieur mais auquel le frère Maurice tenait beaucoup.

 

« Ne le trouvant pas, ses parents retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. »

Si notre âme se fatigue à chercher Jésus, à le retrouver dans la douleur parfois, dans l’inquiétude souvent, peut-être est-ce parce que nous ne sommes plus présents à nous même. « Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais » (St Augustin).

Suivons alors le chemin de ses parents. Revenons au temple.  Revenons au nouveau temple. Hâtons-nous d’y entrer.

 

Faisons une dernière fois un bond.

Jésus perdu a disparu pendant la fête de Pâque.  Pour être retrouvé trois jours après vivant. Chez son Père.

Vers la fin de l’Évangile,  au Golgotha. Le Fils disparait, meurt. Combien de temps va-t-on le chercher ?  3 jours, retrouvé vivant. Où est-il ? chez son Père. Éternellement.