Jour de l’An et Marie, mère de Dieu

Capture d’écran 2016-05-31 à 11.39.14 Homélie du frère Benoît Ente, op

Il y a quelques jours, je discutais avec une femme de notre quartier. Elle était mère de trois enfants. Les deux plus jeunes étaient là, des adolescents merveilleux. Je lui demandais ce que faisait l’aîné. « Il est parti en Syrie. Il s’est engagé avec les djihadistes ». Brusque retour à la réalité en pleine fête de Noël. En s’exilant en Syrie, le jeune homme avait emmené avec lui, peut-être sans le savoir, le cœur de sa mère. Pas un seul jour sans que cette femme ait une pensée pour son fils perdu. Son être de mère était lié pour le meilleur et pour le pire avec son aîné. Lié par un lien très spécial, le lien maternel.

 

  • L’héritage

 

Quand nous disons que Marie est la mère de Dieu, nous parlons d’abord de ce lien particulier, puissant qui unit Marie et Jésus. Jésus est en tout semblable à nous excepté le péché. Or tous, nous sommes modelés par nos parents. Je ne parle pas seulement de la couleur de nos cheveux ou de la forme de notre nez. Non, c’est beaucoup plus profond que cela. Que nous le voulions ou non, notre caractère, notre personnalité, nos vertus et nos défauts sont en partie construits par les paroles, les gestes, le témoignage de nos parents. C’est en quelque sorte un immense héritage qui plonge aux racines de notre être.

Marie a donné sa chair pour faire la chair du fils de Dieu. Mais surtout son visage a été le premier visage vu par les yeux de Jésus. Un visage de lumière, un visage de beauté, le premier et pour un instant le seul connu de Jésus. Les mains de Marie ont été les premières qui ont touché et reçu le corps du nouveau-né. Des mains fermes et douces qui ont marqué ce corps pour toute sa vie. Venez à moi, vous tous qui peinez, (…) devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur Combien la douceur du cœur de Jésus doit-elle aux mains et au visage de sa mère ?

Travaillant main dans la main avec le Père céleste, Marie, la mère de Jésus, a contribué à façonner année après année le caractère et la sagesse de son fils.

 

  • le don  

 

Mais ce n’est pas d’abord cela qui fait de Marie une mère. C’est un autre geste plus intime, plus coûteux, un geste qui vient du cœur de Dieu et que seul l’Esprit Saint peut inspirer.

Pour comprendre ce geste, il nous faut d’abord saisir l’immense privilège de Marie. L’immense privilège de toute mère vis-à-vis de son enfant. En fait, il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’un lien privilégié. Parce que Marie a été en relation quasi exclusive avec Jésus pendant 9 mois ; parce que Marie a nourri et pris soin de Jésus pendant des années ; parce que Marie a consolé, rassuré, encouragé l’enfant Jésus dans ses premiers pas sur notre terre, parce que Marie est la mère de Jésus, elle sait que sa parole aura auprès de son fils un plus fort écho, un plus grand impact que la parole de quelqu’un d’autre.

Toute mère sait qu’elle possède une influence, un pouvoir sur son enfant même s’il s’en défend.

Le risque est alors grand pour la mère d’user de son privilège pour garder son enfant près d’elle. Mais Marie sait déjà que son fils en fait ne lui appartient pas. Elle cherche à comprendre qui il est, qui est celui qui lui a été confié. Qu’est-il appelé à faire ? Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Marie ne garde pas son enfant pour elle. Bien sûr elle prend soin de lui, elle le protège tant qu’il est petit, mais elle fait cela pour le préparer à sa mission. Déjà elle se met au service de cette mission. Déjà, dans son cœur de femme, elle a donné Jésus au monde. Et c’est ce geste, le plus difficile sans doute, qui fait d’elle la mère de Dieu.

Marie, l’humble servante, donne son fils à l’univers et son fils offre l’univers à Dieu.

Frères et sœurs, la mère rencontrée dans notre quartier de Moulins souffrait, mais en même temps, elle souriait. Elle portait une immense espérance. Son fils ne lui appartenait pas, il lui avait été confié. Et elle savait qu’un jour, son Père du Ciel le ferait revenir.

Sainte Marie, toi qui sais ce que c’est d’être mère, en ce jour de la paix nous demandons ta prière pour cette femme et son fils. Qu’il accueille le Dieu d’amour et de paix et qu’un jour sa mère ait la joie de revoir son visage. Amen.