La paix pour l’année qui vient

Emmanuel DolléHomélie du frère Emmanuel Dollé le 1er janvier 2016, journée mondiale pour la Paix, fête de Sainte-Marie, mère de Dieu (Nombres 6,22-27 ; Galates 4,4-7 ; Luc 2,16-21)

Il y a huit jours nous célébrions la Nativité. Aujourd’hui, premier jour d’une nouvelle année, l’évangile ramène à ce premier jour d’une ère nouvelle, pas de celle que l’Histoire appelle « après Jésus Christ » (il semblerait même que l’enfant soit né 4 ou 6 ans avant !) ; premier jour d’une ère de Jésus Christ, où nous devons montrer que le Christ continue à vivre et à évangéliser à travers nous.

Permettez-moi de ne parler que d’un seul, mot extrait d’une phrase précédant le passage de saint Luc ce matin. Un ange est venu annoncer la naissance aux bergers, puis une foule céleste a clamé « Paix sur la Terre aux hommes qu’il aime. »

PAIX

Le message est toujours là. Pas un vœu pieux, pas une belle phrase dorée pour une carte de nouvelle année. Pas une paix douce, tendre et sucrée comme un délicat cantique repris tous les ans.

Non,

une Paix qui nous prend à bras le corps ,

une Paix qui nous sort de la torpeur des occupations quotidiennes

une Paix loin des rêves

une Paix qui remet sur les rails de notre condition d’homme

une Paix qui nous attable avec la Justice pour partager le pain quotidien de nos frères

La Paix pour l’année qui vient,

pas l’année où, là-bas, cesserait la guerre, ou une année qui verrait enfin la crainte d’attentats sombrer enfin dans l’océan des mauvais souvenirs,

pas une année où nous serions receveurs de paix, bénéficiaires passifs de temps meilleurs,

pas une année où le rituel religieux institutionnaliserait le geste de paix accompagné d’un sourire lénifiant – souvent je ne puis à ce moment m’empêcher de penser à cette séquence du film de Tarkovski  Andreï Roublev où une nuit de Noël deux princes Tatars se donnent la paix, ils s’embrassent, se prennent dans les bras l’un de l’autre ; pourtant le visage de l’un d’eux apparaît figé dans l’expression d’une douleur violente. Lentement la caméra descend le long des personnages jusqu’aux talons des bottes de l’autre enfoncés dans les pieds du premier ! !

 

Paix pour l’année qui vient parce que nous (d’abord nous, pas les autres) devons être artisans de paix.

Bâtisseurs de Paix est notre incontournable responsabilité de baptisés.

 

Paix pour l’année qui vient parce que notre regard peut et doit changer sur nous-mêmes et sur les autres. Ça commence quand même par nous !

 

Paix pour l’année qui vient parce que notre fragilité doit assouplir la rigidité des certitudes, des conquêtes idéologiques, des victoires aux prix de démagogie et de populisme, de sourires fallacieux ou des mépris hautains.

 

Paix pour l’année qui vient parce que nous tâcherons inlassablement de taire ce qui nous use, ce qui nous blesse, ce qui ne cicatrise plus, ce qui empêche d’apprivoiser les compagnons d’existence devenus insupportables

 

Paix pour l’année qui vient parce que nous refuserons les promesses mensongères, les caresses aveuglantes, les pièges de la peur

 

Paix pour l’année qui vient parce que nous sommes dans une année de Miséricorde. Pour bénéficier de la miséricorde, il nous faut aussi la pratiquer

 

La paix que nous sommes invités à échanger avant de communier n’est pas une fraternelle poignée de main, ou une souriante embrassade. Nous sommes invités à donner la Paix du Christ. C’est quand même autre chose ! LA PAIX DU CHRIST

 

Jésus nous a confié cette paix comme ce maître de la parabole, immensément riche, immensément bon, distribuant des talents avant de partir en voyage.

Faisons nous fructifier cette paix ou bien l’enterrons-nous au propre et au figuré ?

 

Paix souvent difficile, comme est difficile le pardon,

Paix est toujours possible même si son prix est élevé. C’est pourtant notre incontournable mission.

Paix possible parce qu’il nous a légué SA paix, que nous en sommes héritiers.

Sa paix devient notre force alors que, isolée, notre faiblesse nous attirerait dans des combats perdus d’avance.

 

Qu’en ce premier jour de l’année, l’enfant de la crèche (à qui les bergers apportaient des cadeaux) fasse à chacun de nous le cadeau de devenir artisan de paix.

Que la Paix sorte du domaine de la morale pour s’approprier la vie au jour le jour

 

Et que la Paix de Noël ne cesse de nous accompagner tout au long de l’année nouvelle

Que la Paix du Christ soit notre combat pour l’année qui vient

Que la Paix soit avec le Christ notre victoire pour l’année qui vient.

Que cette Paix de Noël, soit avec vous, avec nous, avec moi.