Le vêtement de notre baptême

Sarmad NajeebSur Marc 12,38-44. Homélie du frère Sarmad Najeeb.
Lancement du Jubilé pour le 800e anniversaire de la fondation de l’Ordre des Prêcheurs.

Huit cents ans c’est une belle occasion pour fêter notre existence comme Dominicains, fêter notre fraternité entre vous les fidèles, les laïcs, les moniales, les sœurs apostoliques et nous les frères.

Fêter et remercier le Seigneur pour tout le travail remarquable de st Dominique et de ses successeurs au sein de l’Eglise depuis la fondation de notre ordre et jusqu’aujourd’hui.

Huit cents ans c’est aussi une occasion pour nous tous et pour moi le premier, de réfléchir à nouveau et de se poser des questions sur notre présence, en communauté, en famille ou même tout seul.

Je me souviens de mon noviciat, après avoir reçu l’habit dominicain, de cet habit blanc, qui est très beau et qui attire le regard.

C’était juste après les premières vêpres ou couvent de Mossoul en Irak. Dès que les gens m’ont vu en habit ! Tout le monde a commencé à m’appeler Abouna c’est-à-dire mon père. Pourtant j’étais encore novice et je ne savais même pas comment porter l’habit ni comment marcher et encore moins comment m’assoir avec.

Ça y est je porte l’habit donc je suis Dominicain ? Si je porte l’habit d’un ingénieur au travail cela veut dire que je suis ingénieur ?

En effet pour celui qui me voyait pour la première fois oui j’étais Dominicain et je devrais répondre à ses questions sur Dieu ou sur la Bible, et si je n’avais pas la réponse j’étais un mauvais religieux qui ne savait rien.

Mais celui qui me connaissait bien, savait lui que j’étais en apprentissage et qu’il me faudrait encore du temps pour y arriver.

J’ai toujours aimé savoir comment l’autre me regarde. Et moi-même comment je dois le regarder ? Car le regard est très important.

Dans l’évangile le Christ appelle souvent ses disciples autour de lui pour leur montrer comment il faut regarder. Il leur a appris à distinguer entre le bien et le mal, entre les anciens enseignements et les nouveaux qu’il a apportés, il leur a ouvert les yeux pour qu’ils voient mieux.

Le Christ a changé le regard de ses disciples vers le monde. Il a même changé notre regard à nous, sur cette pauvre femme et sa piécette, elle a donné plus que les autres car elle a tout donné. Autre regard, autre logique.

Le Christ a regardé l’intérieur de la personne et non pas l’extérieur. Il a vu que cette pauvre femme a tout donné. Donc c’est elle qui donne le plus.

Jésus parle de ce qui est visible est de ce qui est caché. De ce que nous pouvons voir par nos yeux et de ce que nous devons voir par nos cœurs.

Les yeux voient les vêtements d’apparat des scribes, les yeux voient les vêtements des personnes et le nombre de pièces qu’ils jettent dans le panier.

Mais le cœur que voit-il ?

Malheureusement, parfois nous jugeons les personnes selon leurs vêtements ou leurs portefeuilles.

Je voudrais partager avec vous une petite vidéo que j’ai vue sur internet : Il s’agit d’un test dans la rue fait par un homme pour voir la réaction des gens.

Cet homme-là marche dans la rue, habillé en costume, avec une cravate, et il porte un beau sac. Tout à coup Il fait semblant d’avoir mal à la tête, et il tombe par terre. La plupart des gens courent vers lui pour lui porter secours.

Plus tard, toujours le même homme change son habit de luxe pour des vêtements déchirés. Il fait pareil, c’est-à-dire il fait semblant d’avoir mal à la tête et hop il tombe. Là il n’y a presque personne qui se rapproche de lui, au contraire les gens s’éloignent de lui le plus possible.

Elle est triste cette vidéo car elle montre une réalité qui fait mal. Des gens qui jugent les personnes sur leurs apparences. En oubliant que toutes les deux étaient par terre et elles avaient besoin de l’aide.

Est-ce que celui en costume mérite plus d’être aidé que celui en vêtement déchiré ?

Il y a un proverbe qui dit : l’habit ne fait pas le moine !

Je ne peux pas dire que je me suis senti dominicain dès le premier jour de mon noviciat même si je portais déjà l’habit.

Être Dominicain ça s’apprend. Je ne peux pas être médecin non plus dès la première année de médecine. Il faut donc beaucoup de temps et beaucoup de travail pour mériter ces titres, et peut être toute ma vie…

Quelqu’un dit : Mais l’habit aide quand même à devenir moine !

Ce n’est pas faux et ce n’est pas tout à fait vrai non plus, car nous pouvons bien sûr profiter de nos habits pour apprendre à être toujours plus digne de ce que nous portons. Mais nous pouvons aussi nous cacher derrière cet habit.

L’habit va aider les autres à savoir que celui qui le porte est un moine, un avocat, un médecin etc. Mais est-ce que cet habit ou cette tunique va aider les gens à savoir que cette personne qui le porte vit vraiment sa vocation, ou fait vraiment bien son travail ?

Mon habit va plutôt aider les autres à voir mon identité mais s’ils veulent voir ma vocation ils doivent s’approcher de moi, me parler, me découvrir.

Huit cents ans de présence dominicaine et nous n’avons pas beaucoup de renseignement sur la vie de notre fondateur st Dominique. Il ne s’est pas caché, mais il s’est effacé. Peu importe son habit c’est le Christ qu’il voulait montrer. Il a voulu enseigner la vie de Christ plus que sa vie personnelle.

Que saint Dominique soit un exemple pour chacun d’entre nous ici pour montrer d’abord et avant tout le Christ. Car le seul vêtement que nous devons montrer, c’est celui que nous avons revêtu à notre baptême.

« Vous tous qui avez été baptisés en Christ vous avez revêtu le Christ » dit saint Paul.

Alors il est «trop » beau ce vêtement, montrez-le et ne le cachez plus.