Vendredi saint 2016 : liberté ultime

Jean-Pierre Brice Olivier Méditation du frère Jean Pierre Brice Olivier

Un homme juste subit un simulacre de procès, il est condamné à mort et crucifié. Quelques orgueilleux se sentent menacés dans leur pouvoir et veulent à tout prix faire mourir celui qui les dérange. Il s’agit d’un assassinat organisé, public et légitimé.
Un homme innocent meurt cloué à une croix entre deux autres condamnés. Nous avons raison, toujours, d’être scandalisés par la mort de l’innocent. Hélas, le cas n’est pas unique, et notre époque surpasse probablement les précédentes.
Cependant ne nous laissons pas engloutir par l’émotion.
Il y a là bien plus que la mort d’un homme, fût-il innocent. Il y a la vérité d’un don, d’un amour, la preuve d’une passion éternelle pour l’humanité. Il y a la manifestation d’un amour de toujours pour chacun de nous.
Jésus à désiré être solidaire de l’humanité jusqu’au bout, jusqu’à éprouver l’échec, l’angoisse, l’abandon, la souffrance…
Jésus vrai homme, ne pouvait l’être totalement qu’en passant par cette solitude mortelle.
C’est bien dans cette déréliction extrême que le Christ est le plus proche de nous. Là, il porte la dérision, le désespoir, tous les désespoirs, la révolte, toutes les révoltes. Là, il prend tous les meurtres, les suicides, les abandons, toutes les tortures. Là, Il porte ma propre agonie.
Cette solitude absolue du Christ sur la croix est aussi le lieu de sa liberté ultime. Tout n’était pas décidé d’avance et subi.
Saint Jean Chrysostome nous dit : Le jour où notre Seigneur Jésus-Christ est monté sur la croix est pour nous un jour de fête, car, sachez le bien, la croix est maintenant fête et célébration dans l’Esprit. Autrefois, la croix était un signe de condamnation, elle est maintenant principe de salut.
Jésus est crucifié, c’est notre accusation qui est clouée avec lui. Jésus agonise, c’est notre culpabilité qui agonise avec lui. Jésus meurt, c’est notre condamnation et notre mort qui meurent avec lui.
Saint Éphrem le Syrien nous dit aussi : Aujourd’hui s’avance la croix, la création exulte… Aujourd’hui s’avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd’hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu’aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers.
Quels que soient nos enfers, ils sont aujourd’hui irrigués par la vie du Christ.

Jeudi Saint 2016 : Si nos pieds sont sales ou fatigués

bissuel

Homélie du frère Denis Bissuel, prieur

La situation est inquiétante, une odeur flotte, de violence et de mort. Dehors les grands prêtres et les scribes cherchent comment arrêter Jésus par ruse pour le tuer ; dedans un de ses disciples, qui mange avec lui, s’apprête à le trahir, un autre va bientôt le renier. L’ambiance est lourde, menaçante, et délétère et Jésus va cependant son chemin. Il aime et aimera les siens jusqu’au bout, plus rien ne pourra désormais l’arrêter.

Si nous ne savons pas très bien ce qu’aimer veut dire, il suffit de suivre Jésus, de le suivre nous aussi jusqu’au bout, quoiqu’il arrive.

Aimer, ce n’est pas un simple mot que nous pourrions utiliser et rabâcher parce qu’il sonne bien à nos oreilles, c’est un acte, cette réalité dont Jésus nous parle et dont il nous révèle la portée et le secret en entrant pleinement dans sa Passion.

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Rameaux 2016 : nous sortir définitivement de la violence

Homélie du frère Denis Cerba

Denis CerbaLe récit de la Passion du Christ a chez Luc une couleur particulière : Jésus y parle beaucoup (beaucoup plus que chez Mathieu ou Marc), et sans que la violence des événements soit en rien dissimulée, il y a comme une certaine paix qui traverse l’ensemble : au pied de la Croix, la foule est finalement plus curieuse qu’hostile (« Le peuple se tenait là, à regarder »), et elle finit retournée, bouleversée, repentante : « Sûrement, cet homme était un juste ! ». Quant à Jésus en Croix, aucune parole de désespoir ou de reproche ne jaillit de sa bouche, et notamment pas le fameux « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » — mais seulement des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font », « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Et il expire en prononçant ces paroles empreintes de confiance et de sérénité : « Père, en tes mains je remets mon esprit ».

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Le visage de son Père

Benoît EnteHomélie du 4ème dimanche de Carême par le frère Benoît Ente (Josué 5,9-12 ; 2° lettre aux Corinthiens 5,17-21 ; Luc 15 1-3.11-32)

Frères et sœurs, nous aurions de multiples raisons d’être tristes. Que ces raisons se trouvent dans nos familles, dans notre pays ou dans le monde. Et ce sont de bonnes raisons. Au moins aussi bonnes que celles de la foule qui écoutait Jésus. Et pourtant, Jésus leur parle, nous parle de joie. La joie imprenable d’un Père qui retrouve son fils… A rebours de toutes les représentations de Dieu qui nous collent à l’esprit, tournant le dos à une logique de récompense des mérites et de punition des fautes, Jésus nous révèle le visage de son Père. Par ses mots, il nous fait découvrir ce que nous ne pouvions imaginer : l’infinie bonté de notre Dieu.

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Aujourd’hui, tout est accompli

Hervé PonsotHomélie du frère Hervé Ponsot pour le 3e dimanche du temps ordinaire, sur Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21.

Frères et sœurs, alors que je venais d’arriver en Haïti il y a un peu plus de dix ans, je fis connaissance de la prédication locale : comme c’est l’usage là-bas, trois quarts d’heure en créole, une langue que je ne connaissais évidemment pas. Mais quand j’entends la première lecture, qui évoque la proclamation et le commentaire de la Loi par Esdras devant tout le peuple, « du lever du jour jusqu’à midi », Continuer la lecture

Décès du frère Francis Marneffe-Lebréquier

Francis MarneffeLa communauté dominicaine de Lille est en deuil : le frère Francis Marneffe-Lebréquier, né en 1927, est décédé ce jeudi 21 janvier  2016. Ses obsèques seront célébrées dans l’église du couvent mardi 26 janvier à 10 h.

Cana : Le manque

Noces de CanaHomélie du frère Jean-Pierre Brice Olivier le dimanche 17 janvier 2016 sur Isaïe 62,1-5 ; 1 Corinthiens 12,4-11 ; Jean 2,1-11.

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.

Le premier signe public donné par Jésus a lieu au cours d’un repas de noces et nous savons l’importance que revêt dans l’écriture le festin des noces.

La mère de Jésus était invitée, et Jésus aussi, avec ses disciples, les amis des amis…

Jésus est l’hôte invité, et il va devenir l’hôte qui reçoit, généreusement.

Dans la langue française, le terme d’hôte signifie à la fois celui qui donne l’hospitalité et celui qui est reçu. Le même mot désigne ensemble, l’hôtelier et le convive, le commensal et l’amphitryon.

Beau concept qui nous place à égalité de réception : celui qui accueille bénéficie de la visitation de l’autre, qui lui même donne par sa présence autant qu’il reçoit.

En effet, dans une rencontre, toutes les personnes sont des hôtes. Aucune différence ni redevance.

Magnifique échange, où il n’y a ni accueillant ni accueilli, ni riche ni pauvre, ni donateur ni quêteur, mais des personnes en présence qui se donnent, toutes bénéficiaires.

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La paix pour l’année qui vient

Emmanuel DolléHomélie du frère Emmanuel Dollé le 1er janvier 2016, journée mondiale pour la Paix, fête de Sainte-Marie, mère de Dieu (Nombres 6,22-27 ; Galates 4,4-7 ; Luc 2,16-21)

Il y a huit jours nous célébrions la Nativité. Aujourd’hui, premier jour d’une nouvelle année, l’évangile ramène à ce premier jour d’une ère nouvelle, pas de celle que l’Histoire appelle « après Jésus Christ » (il semblerait même que l’enfant soit né 4 ou 6 ans avant !) ; premier jour d’une ère de Jésus Christ, où nous devons montrer que le Christ continue à vivre et à évangéliser à travers nous.

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