Cendres 2017 : sonner la trompette

Homélie du frère Denis Bissuel

En ce premier jour du carême nous entendons venus du Seigneur quelques mots forts, qui sont des verbes, des impératifs même : revenez à moi ; convertissez-vous ; laissez-vous réconcilier ; déchirez, oui déchirez votre cœur et revenez au Seigneur.

Un temps nous est donné, symbolique, de 40 jours, temps biblique nécessaire pour gravir la montagne de Dieu, traverser le désert pour arriver en terre promise, temps d’une génération donc de notre vie. Temps au cours duquel il doit se passer quelque chose, encore faut-il le vouloir, le désirer d’un grand désir. Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que nous voulons ? Vouloir changer notre manière de vivre, nous convertir, réorienter notre vie vers le Seigneur pour la rendre conforme à ce qu’il attende de nous.

C’est le moment, nous dit l’apôtre, l’heure est venue ; c’est vrai et peut-être plus que jamais.

Nous vivons une période délicate et difficile. Notre société est travaillée par de nombreuses et parfois redoutables questions, et doit faire face à de grands défis. Les clivages, les tensions, les fractures divisent et déchirent notre humanité et provoquent des réactions de peur, de repli et de haine. Il y a et il y aura des décisions à prendre dans la société, dans l’église, dans notre église, dans nos communautés, dans notre communauté, et dans notre vie personnelle, pour les réorienter dans la bonne direction.

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8° dimanche ordinaire : Dieu et l’argent

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée

Il n’y a pas que des bénédictions dans l’Évangile. Et si l’ancien Testament présente souvent la richesse comme un don de Dieu, signe de la générosité divine, l’Évangile de ce jour est une mise en garde sévère contre le dieu argent, incompatible avec le service du vrai Dieu, parce que lui, notre Dieu, entend le cri du pauvre. L’évangile de Luc n’est pas plus tendre « Malheur à vous, les riches, car vous avez votre consolation. » L’Argent est présenté  comme ce maître impitoyable qui fait oublier l’essentiel, la justice du Royaume. Je vous propose de nous arrêter sur cette malédiction du riche.

Parce qu’aujourd’hui, tel que va le monde, la malédiction touche plutôt celui qui n’a pas sa Rolex à 40 ans, celui qui ne spécule pas sur le marché financier, celui qui a la naïveté de croire qu’on peut gagner des élections sans argent, celui qui est atterré par la banalisation de la corruption, et qui craint qu’il n’existe plus en fait de paradis que les paradis fiscaux ou les paradis artificiels.

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7°dimanche ordinaire : notre sainteté

Homélie de frère Jean Pierre Brice Olivier

Dans les trois textes de la parole de Dieu, lus aujourd’hui, il est question de notre sainteté.

Un mot qui nous impressionne, nous fait peur, nous dit que ce n’est pas pour nous, mais réservé à quelques personnes exceptionnelles. Il peut nous arriver de l’évoquer à propos d’un autre, mais si quelqu’un prend le risque de le dire à notre sujet, nous préférons ne pas l’écouter. C’est comme l’amour, on ne sait pas où cela va nous entraîner. Peut-être y a-il méprise sur la compréhension de la sainteté ?

Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.

Dieu partage tout, même sa sainteté. C’est la sainteté de Dieu qui peut nous habiter, pas une autre. Pas même la nôtre. Peut-être s’agit-il tout simplement d’un don, du vouloir de Dieu, qui a pour seule exigence d’être accueilli ? Recevoir ce don, le contenir, héberger Dieu en nous.

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6° dimanche ordinaire : De la loi à la justice

Denis Cerba Homélie du frère Denis Cerba, op

« Oui ! » « Non ! » « Abolir ! » « Accomplir ! »

Le Christ aime bien nous plonger dans ces situations de décision et d’indécision : sur des questions essentielles, il aime nous provoquer à la réflexion et la décision personnelle. Ce matin, il nous provoque sur la question du rapport entre la loi et la justice : suffit-il de respecter la loi pour être juste ? Sa réponse aura une certaine complexité, mais sa direction et son aboutissement sont clairs, et c’est : « Non ! » Non, il ne suffit pas de respecter la loi pour être juste, pour être véritablement juste : cela ne peut faire de nous au mieux que des pharisiens : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. »

Pour bien apprécier et mesurer la radicalité de l’enseignement du Christ, il faut noter en premier lieu qu’il ne parle de rien de moins que des lois divines, de ce que les Juifs appellent « la Loi et les Prophètes » : on n’est pas dans l’exercice, plus évident quoique déjà important, de relativisation des lois et règlements humains. Pour Jésus, même la loi divine est à relativiser, à dépasser en direction de la véritable justice. Mais deuxièmement, il faut noter aussi qu’on n’est pas du tout non plus dans la simple attitude, aussi cavalière que superficielle, du mépris des lois : Jésus précise bien qu’il ne vient pas abolir, mais accomplir, accomplir sans abolir, dépasser mais pas contredire. Et il met les points sur les i : d’une certaine façon, aucun iota de la Loi, aucun de ses commandements, même les moindres, ne passeront dans le dépassement que j’apporte.

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Habemus priorem !

Le samedi 11 février, après la messe du Saint-Esprit, les frères de Lille ont réélu pour un second mandat le frère Denis Bissuel, prieur de la communauté.

4° dimanche ordinaire : heureux 9 fois !

bissuel Homélie du frère Denis Bissuel, op

Voyant les foules qui le suivaient, Jésus gravit la montagne, il s’assit, ses disciples s’approchèrent ; alors ouvrant la bouche, il les enseignait. Depuis ce lieu élevé qu’est la montagne, qui dit bien où est leur source, des paroles sortent de la bouche de Jésus, fortes, nourrissantes, déconcertantes. Jésus est au début de sa vie publique, il vient d’appeler ses premiers disciples à le suivre, il va maintenant leur apprendre quelque chose qu’ils ne connaissent pas encore et qu’ils devront découvrir avec lui. Il va prendre son temps, leur parler longuement, et commence son discours en reprenant le mot par lequel Moïse avait achevé le sien : heureux !

Heureux es-tu Israël ! avait proclamé Moïse juste avant de mourir. Heureux, dit maintenant Jésus à tous ceux qui l’écoutent.

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3° dimanche ordinaire : entre unité et querelles

DSC_0208 Homélie du frère Benoît Ente, op

il n’a pas fallu longtemps aux chrétiens pour se quereller. Déjà, à l’époque de Paul, les premiers chrétiens de Corinthe étaient en conflit. « Moi j’appartiens à Paul » « Moi j’appartiens à Pierre ». Ces querelles nous les connaissons trop bien. Celles très anciennes entre catholiques et orthodoxes, entre catholiques et protestants. Celles à l’intérieur de notre propre église catholique, pour ou contre la messe en latin, pour ou contre l’accueil des migrants. Celles à l’intérieur de nos communautés locales, de nos familles, de nos couples celles que nous cachons derrière des justifications du type « Ils ont deux fortes personnalités ». Et enfin, notre propre division, nos propres incohérences, peut-être la source de toutes les autres.

  • Imaginer l’unité

Comment nous unifier, comment construire l’unité ? Comment la rendre possible, oser l’imaginer quand soudain nous prenons conscience de la profondeur des blessures, de la somme de souffrances engendrées depuis parfois des siècles, par nos querelles ?

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2° dimanche ordinaire : l’agneau, le loup, le bouc et la colombe

Thierry Hubert Homélie du frère Thierry Hubert, op

« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Convient-il de commencer cette homélie par une fable de Jean de La Fontaine ? Celle de l’Agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure quand un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

— Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
— Majesté, répond l’Agneau,
je m’en vais désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
— Tu la troubles, reprit la bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
— Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ? — Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
— Je n’en ai point.
— C’est donc quelqu’un des tiens :
il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Voilà ! Le loup et l‘Agneau est la première fable de La Fontaine que j’ai apprise à l’école primaire, il y a 40 ans. Et comme tout ce qui nous arrive comme première fois, cette fable est restée quelque part bien ancrée dans ma mémoire, comme vestige d’une innocence massacrée, tristesse de l’enfant, d’un agneau candide devant une brute bestiale et sanguinaire. Au point que ce pauvre agneau de La Fontaine réapparait souvent dans ma petite tête quand à l’eucharistie , comme prêtre, nous redisons les paroles de Jean le Baptiste : « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

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Jour de l’An et Marie, mère de Dieu

Capture d’écran 2016-05-31 à 11.39.14 Homélie du frère Benoît Ente, op

Il y a quelques jours, je discutais avec une femme de notre quartier. Elle était mère de trois enfants. Les deux plus jeunes étaient là, des adolescents merveilleux. Je lui demandais ce que faisait l’aîné. « Il est parti en Syrie. Il s’est engagé avec les djihadistes ». Brusque retour à la réalité en pleine fête de Noël. En s’exilant en Syrie, le jeune homme avait emmené avec lui, peut-être sans le savoir, le cœur de sa mère. Pas un seul jour sans que cette femme ait une pensée pour son fils perdu. Son être de mère était lié pour le meilleur et pour le pire avec son aîné. Lié par un lien très spécial, le lien maternel.

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