Rameaux 2016 : nous sortir définitivement de la violence

Homélie du frère Denis Cerba

Denis CerbaLe récit de la Passion du Christ a chez Luc une couleur particulière : Jésus y parle beaucoup (beaucoup plus que chez Mathieu ou Marc), et sans que la violence des événements soit en rien dissimulée, il y a comme une certaine paix qui traverse l’ensemble : au pied de la Croix, la foule est finalement plus curieuse qu’hostile (« Le peuple se tenait là, à regarder »), et elle finit retournée, bouleversée, repentante : « Sûrement, cet homme était un juste ! ». Quant à Jésus en Croix, aucune parole de désespoir ou de reproche ne jaillit de sa bouche, et notamment pas le fameux « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » — mais seulement des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font », « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Et il expire en prononçant ces paroles empreintes de confiance et de sérénité : « Père, en tes mains je remets mon esprit ».

Ce n’est pas que Luc ait de la Passion une vision naïve, édulcorée, lénifiante… — c’est plutôt qu’il en a une vision particulièrement profonde : car c’est bien la paix et le pardon qui sont au cœur de la Passion, plutôt que la violence, la souffrance et la vengeance. Il ne faut pas croire en effet que la souffrance du Christ en Croix rachète nos péchés à la manière d’un châtiment ou d’une vengeance, exercée par Dieu à notre encontre et subie par le Christ à notre place et en notre faveur : si c’était le cas, notre Dieu ne serait qu’un Dieu mesquin, qui accorderait à la souffrance une valeur dont elle est totalement dépourvue, puisque la souffrance en elle-même n’a aucune valeur, puisqu’elle est un simple mal : vouloir racheter une souffrance subie par une souffrance infligée, ce ne serait absolument rien de plus que rajouter de la souffrance à de la souffrance, du mal à du mal… Mais ça n’est pas ce qui se passe dans la Passion du Christ : son sens n’est pas de perpétuer le cycle de la violence et de la souffrance par le biais de la vengeance et du châtiment — mais bien plutôt de nous sortir définitivement de tout cela ! Pas par un coup de baguette magique : au prix certes de la souffrance du Christ, mais c’est-à-dire d’une souffrance endurée au service de quelque chose, et pas du tout voulue ou acceptée pour elle-même. Le Christ n’endure la Croix que pour témoigner jusqu’au bout de son endurance à nous ramener de notre dureté à la douceur, à l’amour et à la miséricorde de Dieu.

Je pense que c’est le message profond de la Passion selon saint Luc, et je souhaite que ce message accompagne et aide chacun d’entre nous au long de cette Semaine Sainte qui s’ouvre à nous.