Archives pour l'étiquette croix

Vendredi Saint : office de la Croix

Homélie du frère Benoît Ente, op

Parfois frères et sœurs, avouons-le, nous en avons marre. Marre de ces guerres, de ces morts, de ce monde. Comme on aimerait que tout soit résolu d’un claquement de doigts. Oui, mais voilà, nous constatons souvent qu’il nous faut passer par le feu de l’épreuve pour que quelque chose se débloque dans nos vies et dans notre monde. Depuis que le péché est entré dans le monde, l’enfantement de l’homme nouveau se fait dans les douleurs. Cette loi est difficile à entendre, mais il nous faut aujourd’hui la regarder en face : nous sommes contraints, frères et sœurs, de traverser les douleurs et l’épreuve pour entrer dans la vie.

Et parfois cette épreuve nous écrase, nous terrifie. La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu ne nous laisse pas seuls. Il nous rejoint là où nous sommes. Il nous y rejoint résolument, volontairement, librement. Lorsque les gardes viennent arrêter Jésus, c’est Lui Jésus qui s’avance vers eux et les interpelle Qui cherchez vous ?… C’est moi.    Jésus devance ses agresseurs. Au point qu’ils en tombent par terre, renversés par l’assurance de Celui qui sait exactement où il va, qui sait exactement ce qu’il fait et pour qui il le fait ; ils sont assommés par la Parole de Celui qui voit loin, très loin jusqu’à la résurrection.

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Solennité du Christ-Roi

bissuel Homélie du frère Denis Bissuel, op

 On venait de crucifier Jésus. Ainsi commence l’Évangile en cette solennité du Christ Roi de l’univers. On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder, intrigué, observateur et interrogatif. C’est étrange et quand même difficile à comprendre ! Car enfin ce Jésus, le Nazaréen, qui est là, crucifié, avait suscité beaucoup d’espoir quand il annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume, quand il guérissait les malades, libérait les opprimés, nourrissait les foules nombreuses qui le suivaient. Par ses paroles, ses faits et gestes il a pu laisser croire qu’il était le Messie Sauveur, le Fils du Dieu vivant, le Seigneur tout-puissant.

Comment ce même Jésus peut-il se retrouver maintenant sans beauté ni éclat, immobilisé, réduit à l’impuissance et muet ?

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12° dimanche du temps ordinaire : les Tournesols, comme boussole

Thierry Hubert  Homélie du frère Thierry Hubert

Nous vivons notre célébration de ce dimanche avec nos jeunes amis des Tournesols du pèlerinage du Rosaire : il y a Lili, Clara, Rémy, Corentin, Franz, Amélie, Quentin, Augustin … et leur famille.
Et je vous invite frère et sœurs à d’entendre les paroles de Jésus à la hauteur d’une jeune pousse Tournesol. Le tournesol, la fleur, tire son nom de sa propriété bien connue de suivre la trajectoire du soleil. L’Église aime depuis son origine appeler Jésus le soleil levant, lui dont la lumière ne connaît pas de couchant. Nos amis des Tournesols portent bien leur nom. Leur force est de nous apprendre à suivre Jésus.
Il y a quelque chose de troublant dans l’évangile que nous venons de proclamer.
On passe de la profession de foi de Pierre comme une joyeuse révélation « tu es le christ, le messie » à l’annonce tragique de sa passion. On se réjouit et puis toute de suite c’est la douche froide, qui nous glace et casse l’ambiance. Peut-être connaissez-vous d’ailleurs le mot très ironique que l’on prête à sainte Thérèse d’Avila, qui affrontait de sérieux problèmes lors d’un de ses déplacements. S’adressant à Dieu, elle lui aurait dit « Seigneur, ne vous étonnez pas d’avoir si peu d’amis, quand on voit comment vous les traitez ».
Et bien, n’en déplaise à la grande Thérèse, je crois que mystérieusement nos jeunes amis Tournesols nous disent exactement le contraire.

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Vendredi saint 2016 : liberté ultime

Jean-Pierre Brice Olivier Méditation du frère Jean Pierre Brice Olivier

Un homme juste subit un simulacre de procès, il est condamné à mort et crucifié. Quelques orgueilleux se sentent menacés dans leur pouvoir et veulent à tout prix faire mourir celui qui les dérange. Il s’agit d’un assassinat organisé, public et légitimé.
Un homme innocent meurt cloué à une croix entre deux autres condamnés. Nous avons raison, toujours, d’être scandalisés par la mort de l’innocent. Hélas, le cas n’est pas unique, et notre époque surpasse probablement les précédentes.
Cependant ne nous laissons pas engloutir par l’émotion.
Il y a là bien plus que la mort d’un homme, fût-il innocent. Il y a la vérité d’un don, d’un amour, la preuve d’une passion éternelle pour l’humanité. Il y a la manifestation d’un amour de toujours pour chacun de nous.
Jésus à désiré être solidaire de l’humanité jusqu’au bout, jusqu’à éprouver l’échec, l’angoisse, l’abandon, la souffrance…
Jésus vrai homme, ne pouvait l’être totalement qu’en passant par cette solitude mortelle.
C’est bien dans cette déréliction extrême que le Christ est le plus proche de nous. Là, il porte la dérision, le désespoir, tous les désespoirs, la révolte, toutes les révoltes. Là, il prend tous les meurtres, les suicides, les abandons, toutes les tortures. Là, Il porte ma propre agonie.
Cette solitude absolue du Christ sur la croix est aussi le lieu de sa liberté ultime. Tout n’était pas décidé d’avance et subi.
Saint Jean Chrysostome nous dit : Le jour où notre Seigneur Jésus-Christ est monté sur la croix est pour nous un jour de fête, car, sachez le bien, la croix est maintenant fête et célébration dans l’Esprit. Autrefois, la croix était un signe de condamnation, elle est maintenant principe de salut.
Jésus est crucifié, c’est notre accusation qui est clouée avec lui. Jésus agonise, c’est notre culpabilité qui agonise avec lui. Jésus meurt, c’est notre condamnation et notre mort qui meurent avec lui.
Saint Éphrem le Syrien nous dit aussi : Aujourd’hui s’avance la croix, la création exulte… Aujourd’hui s’avance la croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par les clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd’hui, le sang qui ruisselle de la croix parvient jusqu’aux tombeaux et fait germer la vie dans les enfers.
Quels que soient nos enfers, ils sont aujourd’hui irrigués par la vie du Christ.

Rameaux 2016 : nous sortir définitivement de la violence

Homélie du frère Denis Cerba

Denis CerbaLe récit de la Passion du Christ a chez Luc une couleur particulière : Jésus y parle beaucoup (beaucoup plus que chez Mathieu ou Marc), et sans que la violence des événements soit en rien dissimulée, il y a comme une certaine paix qui traverse l’ensemble : au pied de la Croix, la foule est finalement plus curieuse qu’hostile (« Le peuple se tenait là, à regarder »), et elle finit retournée, bouleversée, repentante : « Sûrement, cet homme était un juste ! ». Quant à Jésus en Croix, aucune parole de désespoir ou de reproche ne jaillit de sa bouche, et notamment pas le fameux « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » — mais seulement des paroles de pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font », « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ». Et il expire en prononçant ces paroles empreintes de confiance et de sérénité : « Père, en tes mains je remets mon esprit ».

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