Archives pour l'étiquette jésus

3° dimanche de Carême : Et l’eau se souvient…

Homélie du frère Thierry Hubert

« Donne-moi à boire. » dit Jésus à la samaritaine.

Et Jésus se souvient, fatigué et assoiffé, de cette soif qui prend à la bouche, à la gorge, aux entrailles. « Donne-moi à boire » : quelques mots qui traversent son corps comme le souvenir de la parole de son père dans la bouche du prophète Jérémie : «  Ils m’abandonnent, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ». Jésus, épuisé, assoiffé de son désir de nous désaltérer, d’engendrer en nous une source, celle où la vie jamais ne s’épuise.

Et ici, l’eau du puits de Jacob se souvient. À l’heure de midi.

Car l’eau de source toujours se souvient de sa nappe souterraine, profonde et ténébreuse, de son origine inaccessible et pure. L’eau vivante se souvient de son commencement, quand de la terre vague et informe, tohu-bohu et chaos, fraîchement, silencieusement, déjà elle était.

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Transfiguration du Seigneur : trois tentes ?

Homélie du frère Franck Dubois, op

Encore une fausse bonne idée, Pierre. Planter des tentes, c’est bien mais tu dois te douter que Moïse, il en a soupé des tentes. 40 ans dans le désert, de campement en campement, ça suffit. Crois-en un ancien scout, après 40 ans, le camping on trouve ça un peu short. Et puis, ton idée Pierre, sonne comme un retour en arrière. A l’époque, Dieu se cachait à Moïse sous la tente, dans la nuée, alors que maintenant, ils s’entretiennent face à face. Tu vois ? Elle est là, devant lui, la voix qu’il entendait dans le buisson, la lumière qui le guidait à travers la mer rouge. Et Moïse dont le visage rayonnait en descendant du Sinaï contemple, rayonnant, la face dont il tenait sa gloire.

Et puis, Pierre, juste un détail : tu la trouves où ta tente ? Je ne t’ai pas vu monter avec, tout à l’heure, quand tu escaladais la montagne avec Jean et Jacques. Tu devais te demander d’ailleurs. Où nous mène-t-il ? Chaque pas t’éloignait de ceux que tu avais quittés, en bas : les autres disciples, les femmes qui vous accompagnaient. Cette ascension c’était comme une nouvelle rupture, un nouveau départ. Il y avait eu, déjà la rencontre au bord du lac, l’appel à tout quitter : pays, famille, métier. Mais Pierre, tu comprends maintenant : ce n’est pas toujours le premier départ qui est décisif. Parfois, on ne part vraiment que longtemps après avoir pris la route.

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4° dimanche ordinaire : heureux 9 fois !

bissuel Homélie du frère Denis Bissuel, op

Voyant les foules qui le suivaient, Jésus gravit la montagne, il s’assit, ses disciples s’approchèrent ; alors ouvrant la bouche, il les enseignait. Depuis ce lieu élevé qu’est la montagne, qui dit bien où est leur source, des paroles sortent de la bouche de Jésus, fortes, nourrissantes, déconcertantes. Jésus est au début de sa vie publique, il vient d’appeler ses premiers disciples à le suivre, il va maintenant leur apprendre quelque chose qu’ils ne connaissent pas encore et qu’ils devront découvrir avec lui. Il va prendre son temps, leur parler longuement, et commence son discours en reprenant le mot par lequel Moïse avait achevé le sien : heureux !

Heureux es-tu Israël ! avait proclamé Moïse juste avant de mourir. Heureux, dit maintenant Jésus à tous ceux qui l’écoutent.

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3° dimanche ordinaire : entre unité et querelles

DSC_0208 Homélie du frère Benoît Ente, op

il n’a pas fallu longtemps aux chrétiens pour se quereller. Déjà, à l’époque de Paul, les premiers chrétiens de Corinthe étaient en conflit. « Moi j’appartiens à Paul » « Moi j’appartiens à Pierre ». Ces querelles nous les connaissons trop bien. Celles très anciennes entre catholiques et orthodoxes, entre catholiques et protestants. Celles à l’intérieur de notre propre église catholique, pour ou contre la messe en latin, pour ou contre l’accueil des migrants. Celles à l’intérieur de nos communautés locales, de nos familles, de nos couples celles que nous cachons derrière des justifications du type « Ils ont deux fortes personnalités ». Et enfin, notre propre division, nos propres incohérences, peut-être la source de toutes les autres.

  • Imaginer l’unité

Comment nous unifier, comment construire l’unité ? Comment la rendre possible, oser l’imaginer quand soudain nous prenons conscience de la profondeur des blessures, de la somme de souffrances engendrées depuis parfois des siècles, par nos querelles ?

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Jour de l’An et Marie, mère de Dieu

Capture d’écran 2016-05-31 à 11.39.14 Homélie du frère Benoît Ente, op

Il y a quelques jours, je discutais avec une femme de notre quartier. Elle était mère de trois enfants. Les deux plus jeunes étaient là, des adolescents merveilleux. Je lui demandais ce que faisait l’aîné. « Il est parti en Syrie. Il s’est engagé avec les djihadistes ». Brusque retour à la réalité en pleine fête de Noël. En s’exilant en Syrie, le jeune homme avait emmené avec lui, peut-être sans le savoir, le cœur de sa mère. Pas un seul jour sans que cette femme ait une pensée pour son fils perdu. Son être de mère était lié pour le meilleur et pour le pire avec son aîné. Lié par un lien très spécial, le lien maternel.

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Jour de Noël : Dieu veut s’unir à nous!

thomas-marie-gillet  Homélie du frère Thomas-Marie Gillet, op

Notre chant de cette nuit retentit encore, « aujourd’hui je vous annonce une très grande joie, pour nous dans une étable est né le Sauveur du monde, alléluia » ! Avec le prophète Isaïe nous pouvons proclamer : « […] Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! […] Son nom est proclamé :  » Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix  » » (cf. Is. 9, 5). « Prince-de-la-Paix ».

Cette espérance peut paraître illusoire, voire dérisoire. La commémoration de la venue au monde il y a plus de 2000 ans à Bethléem d’un enfant dans une modeste famille juive suffirait-elle à nous faire oublier les violences dont cette année encore le monde a été victime, à Alep, à Kinshasa, plus proche de nous, à Saint-Étienne-du-Rouvray, à Nice, à Berlin ? Oublierons-nous les discordes dans nos familles, les pressions au travail, la violence du chômage ou de la solitude ? Et pourtant il est bien là livré à notre contemplation, à notre vénération le Fils de Dieu Vivant et Fort, et il apporte avec Lui la paix. L’annonce du Prince-de-la-Paix n’a pas forcément été reçue immédiatement dans toute sa profondeur. Les prophètes et le peuple des fidèles ont pu en rester à l’annonce d’un Messie politique dont nous devrions prendre fait et cause pour devenir ses hérauts, les promoteurs d’une paix, d’une justice, d’un élan de vie concret, réel. Mais ce que les prophètes nous annonce plus profondément c’est que l’homme a besoin de plus que cela, d’un don que seul Dieu est en mesure de lui apporter : le salut.

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2°dimanche de l’Avent : Jean-Baptiste avant Jésus

IMG_0883 Homélie du fr. Emmanuel Mbolihinihe

L’image que saint Matthieu retrace de Jean-Baptiste, dans l’extrait de l’Évangile de ce jour, est celle d’un authentique envoyé de Dieu : un homme humble, sobre, austère et franc.

Jean-Baptiste fut le dernier de tous les prophètes de l’Ancien Testament ; il fut le précurseur du Christ.

Jean Baptiste a exercé son ministère principalement en Galilée. Sa mission consistait à exhorter ses contemporains, en particulier le peuple d’Israël, à se convertir de leurs conduites et actions mauvaises, afin de pouvoir accueillir dignement le Messie, dont la manifestation était devenue désormais très imminente.

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11° dimanche du temps ordinaire : « Simon, j’ai quelque chose à te dire »

bissuel   Homélie du frère Denis Bissuel

Simon, j’ai quelque chose à te dire. Aujourd’hui Jésus veut parler à Simon. Et s’il s’adresse à lui de cette manière, c’est qu’il a quelque chose d’important à lui dire, comme il a quelque chose d’important à nous dire à nous aussi. Comme si il s’approchait soudain de nous, nous tapait sur l’épaule ou nous faisait un petit signe, en nous disant à nous personnellement : Viens voir par-là, écoute un peu. Quand quelqu’un nous interpelle ainsi, ne sachant jamais à l’avance ce qu’il va nous dire, notre premier réflexe est souvent le recul, l’inquiétude, voire la crainte de celui qui aurait pu faire quelque chose de mal : qu’est-ce qu’il peut bien me vouloir ? Aurait-il quelque chose à me reprocher, ou à me demander ? Qu’est-ce que j’ai encore fait ?

Quand Jésus parle, ce n’est certes pas pour ne rien dire, encore moins pour dire du mal. Sa parole est toujours Bonne Nouvelle pour nous, elle est pour notre bien.

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Ascension 2016 : pas si éloignés que cela du ciel !

Xavier Pollart Homélie du frère Xavier Pollart

Souvenons-nous, c’était il y a 40 jours. Nous célébrions le Christ vainqueur de la mort ! Souvenons-nous, ensemble nous célébrions le Christ sorti vivant du tombeau.

Aujourd’hui, c’est lui encore qui nous rassemble, Lui, le Christ. Et nous pourrions renouveler cet acte de foi que nous avons solennellement prononcé. Par le mystère pascal, nous avons été mis au tombeau, afin qu’avec le Christ, nous vivions d’une vie nouvelle.

Croyons-nous à cette vie nouvelle ? Croyons-nous que nous sommes passés par la mort ? Croyons-nous que nous sommes vivants avec le Christ ?

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6° dimanche de Pâques : Oui, oui, oui, trois fois oui !

Thierry Hubert  Homélie du frère Thierry Hubert

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles ».

Eh bien la barre est placée très haut, trop haut. Je vous épargnerai, frères et soeurs, un petit cours de logique mathématique, mais Jésus établit ici une équivalence entre l’aimer et garder sa parole. Autrement dit, l’un ou l’autre, c’est du pareil au même. Et c’est là pour ma part que le bât blesse, car si je puis dire facilement à Jésus que je l’aime, je me sens beaucoup moins assuré pour lui dire que je garde sa parole. Il y a toujours aux entournures, de manière délibérée, des écarts, des variations dissonantes où ce n’est pas sa parole que je garde mais bien plutôt mes vieux défauts que le temps n’a pas su effacer[1].

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