Vendredi Saint 2018 : donner sa vie

Homélie du frère Jean-Laurent Valois, op

Il y a bien longtemps, au jour des rameaux, une foule enthousiaste reconnaissait en Jésus son sauveur. Cinq jours plus tard, même si – d’accord – elle était manipulée par les grands-prêtres, c’est cette même foule qui réclamait sa tête. Cela veut bien dire que collectivement, nous sommes capables à la fois d’accueillir le Christ et capables de le renier. L’histoire du monde et même de l’Eglise en est la terrible illustration. Ce qui compte, c’est de dire « je » et de se décider pour le Christ. L’accueillir dans son cœur, c’est bien, mais si c’est pour le renier quelques jours plus tard, ça ne sert à rien !

Après la lecture de la Passion, j’ai envie de poser une question: Qui est Dieu? Dieu,c’est quelqu’un qui donne sa vie. Souvent, dans la vie de tous les jours, comme dans l’Évangile d’ailleurs, on parle d’amour, et il y a cette parole qui nous revient: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » et bien ce que Dieu dit, Il le fait. « Prenez, mangez : ceci est mon corps, buvez, ceci est mon sang, dit Jésus ». Non seulement il donne sa vie, un jour de l’histoire, pour ses amis d’alors, mais c’est à nouveau aujourd’hui, où nous célébrons la passion de Jésus, qu’il donne sa vie, et chaque fois que nous le célébrons et que nous le prions.

Donner sa vie, ce n’est pas facile ! Jésus lui-même l’a expérimenté lors de sa prière à Gethsémani ; quand il demande à son Père que la coupe de douleur lui soit épargnée. Et puis, quand il rend l’esprit et s’exclame« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ». Comme homme, il a ressenti l’abandon, mais puisqu’il est Dieu, il s’est abandonné à son Père, il s’est confié à Lui. Nos deux lectures d’Isaïe et de St Paul montrent combien Jésus s’est fait obéissant et comme il est un exemple d’obéissance. Jésus n’a été qu’ accueil de la grâce, total abandon à Dieu. Obéissance. Obéir veut dire: « se mettre à l’écoute de » ; c’est faire totalement confiance. Si on fait confiance à Dieu, c’est parce qu’on sait qu’on peut l’écouter sans crainte, parce que sa parole n’est qu’amour. Voilà pourquoi Jésus se présente comme un serviteur, toujours tourné vers son Père et jamais coupé de son amour. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », c’est l’expérience que font un certain nombre de nos contemporains comme le colonel Arnaud Beltrame, mais bien d’autres encore, à leur façon. A notre tour et à la suite de Jésus, notre défi est de donner notre vie, en servant Dieu et nos frères, tout en étant enracinés dans la confiance en Dieu.