Vendredi Saint : office de la Croix

Homélie du frère Benoît Ente, op

Parfois frères et sœurs, avouons-le, nous en avons marre. Marre de ces guerres, de ces morts, de ce monde. Comme on aimerait que tout soit résolu d’un claquement de doigts. Oui, mais voilà, nous constatons souvent qu’il nous faut passer par le feu de l’épreuve pour que quelque chose se débloque dans nos vies et dans notre monde. Depuis que le péché est entré dans le monde, l’enfantement de l’homme nouveau se fait dans les douleurs. Cette loi est difficile à entendre, mais il nous faut aujourd’hui la regarder en face : nous sommes contraints, frères et sœurs, de traverser les douleurs et l’épreuve pour entrer dans la vie.

Et parfois cette épreuve nous écrase, nous terrifie. La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu ne nous laisse pas seuls. Il nous rejoint là où nous sommes. Il nous y rejoint résolument, volontairement, librement. Lorsque les gardes viennent arrêter Jésus, c’est Lui Jésus qui s’avance vers eux et les interpelle Qui cherchez vous ?… C’est moi.    Jésus devance ses agresseurs. Au point qu’ils en tombent par terre, renversés par l’assurance de Celui qui sait exactement où il va, qui sait exactement ce qu’il fait et pour qui il le fait ; ils sont assommés par la Parole de Celui qui voit loin, très loin jusqu’à la résurrection.

Jésus laisse les gardes mettre la main sur lui. Il laisse son peuple réclamer sa crucifixion. Mais au cœur de la tourmente, son amour reste intact. Comment pourrait-il en être autrement puisque Jésus est amour ? Les coups ne font que le dévoiler avec plus de clarté.

Jésus s’avance vers sa croix pour nous rejoindre dans le feu de nos épreuves parce qu’il nous aime. Comment l’amour pourrait-il rester à distance de son ami quand il souffre ? Regardez Marie et Jean. Ils sont restés aux côtés de Jésus dans l’épreuve de la croix parce qu’ils l’aimaient.

Et par leur simple présence, ils sont déjà le signe de la Résurrection. Par leur attachement à Jésus, ils témoignent que l’Esprit du Christ est présent en eux.

Femme voici ton fils… Voici ta mère. Jésus sait qu’en confiant Marie à Jean et Jean à Marie, ils se soutiendront mutuellement, apprenant l’un de l’autre, se remémorant les Paroles de Jésus, scrutant les écritures et ainsi ils comprendront qu’Il est là au milieu d’eux vivant pour les éclairer, les soutenir et leur donner Son Esprit.

Aujourd’hui frères et sœurs, nous sommes invités à nous tenir, à notre tour, au pied de la croix, au pied de toutes les croix, les nôtres et celles de notre monde. C’est là ce soir que le Seigneur nous attend : au pied de sa croix, au chevet des hommes et des femmes qui aujourd’hui souffrent de la guerre, du deuil, de la maladie, du désespoir non pour résoudre tous leurs problèmes d’un coup de baguette magique, mais pour être auprès d’eux, avec eux, les témoins du Dieu vivant. Amen.