La Pentecôte selon le Greco 2/7

La clarté du sens

Dans un retable, aujourd’hui conservé au Musée du Prado à Madrid, c’est cette lumière intérieure, qui tout à coup illumine l’assemblée du Cénacle au jour de la Pentecôte. Dans cette oeuvre de maturité (1603-1607), la lumière, dans son traitement pictural, est si proche de son essence qu’elle relègue les langues de feu à une simple confirmation iconographique. 

Au lendemain du Concile de Trente, le peintre doit observer une clarté de sens dans son propos. Son oeuvre doit alors être ramenée à l’essentiel pour ne point égarer le regard, l’âme et le coeur du fidèle qui est appelé à prier et imiter le Christ et les saints. Cependant Le Greco ne se contente pas d’observer un mode de création prôné par la Contre-Réforme catholique et souvent desséché par des chanoines inquisiteurs, querelleurs et mesquins. En effet, Le Greco s’enracine dans une vraie et authentique tradition illustrée par les “Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes” de Giorgio Vasari, un ouvrage de 1560 que le peintre de Tolède a pris soin d’annoter de sa propre main. “Pour oser peindre les choses du Christ il faut vivre avec le Christ”. C’est cette parole attribuée à Jean de Fiesole, le célèbre fra Angelico, qui fonde l’attitude de Greco. Il renonce à exalter sa propre dextérité et cherche toujours à se laisser conduire par le seul regard du Christ.

Dans les tableaux du Greco, la composition, concise et claire, n’est jamais surchargée d’éléments inutiles et vains. Le peintre de Tolède se soustrait volontairement aux accumulations pleines de complaisance dont la seule fin est de flatter le savoir faire. Soucieux de l’essentiel, il se dérobe, non sans subtilité, à la vaine gloire d’une peinture trop généreuse dans ses effets secondaires. Ainsi, dès ses premières oeuvres, à l’école de Titien, de Tintoret et de Michel-Ange, son style n’a jamais cessé de s’affiner jusqu’à l’épure qui dit l’être profond d’une personne. Cet être profond, c’est non seulement le sien propre, mais aussi et surtout celui des visages et des figures qu’il donne à contempler dans chacune de ses oeuvres.