{"id":1596,"date":"2019-04-21T18:52:14","date_gmt":"2019-04-21T16:52:14","guid":{"rendered":"http:\/\/dominicainslille.fr\/?p=1596"},"modified":"2019-04-21T19:44:32","modified_gmt":"2019-04-21T17:44:32","slug":"1596-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominicainslille.fr\/?p=1596","title":{"rendered":"le Dimanche de P\u00e2ques"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/dominicainslille.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/IMG_4927-e1468220478709.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-455\" src=\"https:\/\/dominicainslille.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/IMG_4927-e1468220478709-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Franck Dubois<\/p>\n<p>Nous garderons longtemps ces images. Les pompiers p\u00e9n\u00e9trant dans la vaste cath\u00e9drale, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Un toit effondr\u00e9, des linges pos\u00e9s noircis par la suie, et tout au fond une croix brillante au-dessus de l\u2019autel. Tombeau obscur, rehauss\u00e9 de ce trait de lumi\u00e8re. Et personne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La vie \u00e9tait dehors. Sur les quais de la Seine, dans les \u00e9glises \u00e0 l\u2019entour dans des millions de foyers riv\u00e9 \u00e0 leur poste de t\u00e9l\u00e9vision. Des pri\u00e8res, un effroi. \u00ab\u00a0Non, ce n\u2019est pas possible.\u00a0\u00bb Une foule, accourt dehors, f\u00e9brile. Et personne ne comprend encore\u2026<!--more--><\/p>\n<p>Fallait-il en arriver l\u00e0. Pour que l\u2019on se rende compte. Que malgr\u00e9 tout ce qu\u2019on a dit, tout ce que l\u2019on a suppos\u00e9 de la fin de l\u2019Eglise, de la disparition de Dieu de notre soci\u00e9t\u00e9, des foules qui allaient \u00e0 jamais tourner le dos au Christ et \u00e0 son myst\u00e8re. Fallait-il un brasier ardent au c\u0153ur de Paris, un gouffre fumant au milieu de la nuit pour comprendre. L\u2019\u00e9motion soudain parcourait tout un peuple. Ce doigt point\u00e9 vers le ciel nous prot\u00e9geait. Une fl\u00e8che s\u2019effondre, et tout un pays tremble, et m\u00eame tout un continent qui ose \u00e0 peine se murmurer la question terrible\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu nous aurait-il abandonn\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb On se fiait donc encore \u00e0 lui sans m\u00eame le savoir\u00a0! Dieu \u00e9tait encore quelqu\u2019un pour beaucoup, qui soudain, quelques minutes \u00e0 peine, ont eu la ferme impression qu\u2019il d\u00e9sertait pour de bon. Ca y est, il s\u2019est envol\u00e9 en un vacarme terrifiant de poutres qui s\u2019effondrent. Parti du peu de place qu\u2019on daignait encore lui faire. Rejet\u00e9 trop longtemps, il nous rejetterait. Effrayant pr\u00e9sage\u00a0: Est-on all\u00e9 trop loin\u00a0?<\/p>\n<p>Cela faisait longtemps que beaucoup n\u2019\u00e9coutaient plus ni les pr\u00eatres ni les hommes de ce qu\u2019on appelle avec d\u00e9dain \u00ab\u00a0l\u2019institution\u00a0\u00bb. Un discr\u00e9dit facile et funeste, qui s\u2019explique bien s\u00fbr par le p\u00e9ch\u00e9 immonde qui la salit. \u00ab\u00a0L\u2019Eglise n\u2019est plus cr\u00e9dible, passons \u00e0 autre chose.\u00a0\u00bb Certes mais J\u00e9sus nous a pr\u00e9venu\u00a0un jour, lorsqu\u2019il approchait du mont des Oliviers. Une foule joyeuse l\u2019acclamait, les pharisiens voulaient les faire taire. Et J\u00e9sus prit la parole en disant\u00a0: \u00ab\u00a0si eux se taisent, les pierres crieront\u00a0\u00bb. Les pierres ont cri\u00e9, fr\u00e8res et s\u0153urs, les pierres ont cri\u00e9.<\/p>\n<p>Nous serions bien aveugles si nous jugions l\u2019incendie de Notre-Dame comme un fait divers sans importance. Ses causes sont certes toutes humaines, accidentelles. Et cependant, les chr\u00e9tiens ont pour devoir de lire les signes des temps. Et quel signe que cette croix incandescente form\u00e9e par les transepts en feu dans le ciel de France. Et quel signe que ce peuple dehors qui pleure et qui prie. Et quel signe que ce frisson de peur qui s\u2019ajoute \u00e0 l\u2019angoisse qui partout nous enserre. Oui, il y en a un qui s\u2019agite et qui d\u00e9truit tout sur son passage, il applaudit en voyant s\u2019effondrer l\u2019\u00e9difice de pierre, et il voudrait tellement que cette chute entra\u00eene celle du corps de chair. Il sent la panique gagner. Il sent la dissension qui monte, les accusations, les conspirations, la peur. Satan attise la division en France, en Europe et dans l\u2019Eglise m\u00eame. Il se frotte les mains, malicieux comme les gargouilles qui veillent l\u00e0-haut sur les tours.<\/p>\n<p>Alors, de gr\u00e2ce n\u2019\u00e9coutons pas la voix de celui qui se trouve chez lui dans les flammes. Parce que le buisson ardent de la for\u00eat de Notre-Dame en feu nous parle ce matin de tout autre chose. Les pompiers qui se penchent et p\u00e9n\u00e8trent courageusement dans l\u2019antre sacr\u00e9e, marqu\u00e9e par des si\u00e8cles d\u2019histoire sainte font surgir du pass\u00e9 les fi\u00e8res figurent qui b\u00e2tirent ce pays. Saint Louis sous le ch\u00eane, Sainte Jeanne d\u2019Arc, et les autres. La foi pure qui engendra la justice, la fraternit\u00e9 et la libert\u00e9. La foi forte qui inspira tant de R\u00e9sistants, de grands serviteurs de l\u2019Etat, et du bien commun ici et par-del\u00e0 nos fronti\u00e8res. Et la France \u00e9tonn\u00e9e se surprend \u00e0 \u00eatre soulag\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9trange nouvelle\u00a0: \u00ab\u00a0On a sauv\u00e9 la couronne d\u2019\u00e9pine, et la tunique de saint Louis\u00a0!\u00a0\u00bb Ah bon\u00a0? Ces pr\u00e9cieuses reliques veillaient donc sur nous\u00a0? On les avait oubli\u00e9es. Quelle histoire\u00a0! La couronne\u00a0: La Passion de Notre Seigneur. La tunique\u00a0: l\u2019histoire sainte de notre pays. Toutes deux, sauv\u00e9es du d\u00e9sastre. Maintenant que tous connaissent le contenu du tr\u00e9sor oubli\u00e9, la question est\u00a0: qu\u2019allons-nous en faire\u00a0?<\/p>\n<p>Si les flammes ont fait resurgir la foi cach\u00e9e au creux de bien des c\u0153urs, un espoir tapi dans bien des consciences, un sentiment diffus, et pas encore \u00e9teint, que Dieu nous prot\u00e8ge. Si les pierres calcin\u00e9es sur les bords de la Seine nous crient que cette foi n\u2019est pas seulement affaire de mots et d\u2019id\u00e9es, mais aussi de lieux, de personnes et d\u2019institutions. Si soudain nous nous r\u00e9veillons, attach\u00e9s \u00e0 des pierres, parce qu\u2019elles incarnent l\u2019histoire sainte d\u2019un peuple, d\u2019un continent, parce qu\u2019elles marquent le passage concret, charnel, de Dieu dans notre histoire, et si ces pierres nous conduisent \u00e0 des hommes et des femmes, certes p\u00eacheurs, certes fragiles, mais qui ne se sont pas tous effondr\u00e9s et qui pour beaucoup tiennent bon eux aussi dans leur charge, dans leur minist\u00e8re et leur cons\u00e9cration au service de l\u2019Eglise pour l\u2019amour du Christ et de tous les hommes, alors non, rien n\u2019est perdu. La gloire cach\u00e9e peut venir \u00e0 la lumi\u00e8re. Ce feu qui couvait sous la cendre peut enfin rejaillir. La foi n\u2019est pas morte. Dieu compte encore pour des millions de gens qui n\u2019en connaissaient plus le Saint\u00a0Nom.<\/p>\n<p>Les soldats du feu ont d\u00e9couvert la porte. La voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 Dieu de ce XXIe si\u00e8cle \u00e0 peine commen\u00e7ant. Et je crois qu\u2019elle ne sera ne sera ni les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb ni la morale, ni m\u00eame la justice, toutes choses bien estimables par ailleurs. Non. C\u2019est la beaut\u00e9 de la croix d\u2019or sur fond noir, c\u2019est les pierres de dentelles sur le fond de ciel bleu. C\u2019est le sentiment d\u2019une pr\u00e9sence protectrice qui nous d\u00e9passe. C\u2019est cela qui a r\u00e9uni les foules. Ce lundi Saint \u00e0\u00a0Notre-Dame s\u2019est ouvert le chemin qui conduira \u00e0 Dieu en ce si\u00e8cle. Il se nomme beaut\u00e9. Il se nomme mystique. Ce si\u00e8cle, fr\u00e8re et s\u0153ur, r\u00e9clame Dieu, avec ardeur. Et il se consumera tout \u00e0 fait si on ne lui apporte J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>Une br\u00e8che est ouverte et de l\u00e0 o\u00f9 s\u2019\u00e9levait la fl\u00e8che, \u00e0 la crois\u00e9e des transepts, on contemple d\u00e9sormais le ciel. Un travail immense s\u2019ouvre \u00e0 nous. Remettre le Nom de Dieu au milieu de la Cit\u00e9. Avec sa gr\u00e2ce, avec sa mis\u00e9ricorde, avec sa tendresse et sa force, avec sa justice et sa loi. Proclamer le Saint Nom de J\u00e9sus. \u00ab\u00a0Quiconque croit en lui re\u00e7oit par son nom le pardon de ses p\u00e9ch\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Qui sait si, sans le savoir, jusqu\u2019au pr\u00e9sident \u00e9tait doublement proph\u00e8te. Lundi soir, d\u2019abord, lorsqu\u2019\u00e9mu comme nous tous il nous annon\u00e7ait\u00a0: \u00ab\u00a0cette cath\u00e9drale, nous la reb\u00e2tirons, tous ensemble\u00a0\u00bb. Puis mardi lorsqu\u2019il rappelait que les Fran\u00e7ais sont des b\u00e2tisseurs. Mais nous le savons, \u00ab\u00a0La pierre qu\u2019avaient rejet\u00e9e les b\u00e2tisseurs est devenue la pierre d\u2019angle : c\u2019est l\u00e0 l\u2019\u0153uvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Franck Dubois Nous garderons longtemps ces images. Les pompiers p\u00e9n\u00e9trant dans la vaste cath\u00e9drale, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e. Un toit effondr\u00e9, des linges pos\u00e9s noircis par la suie, et tout au fond une croix brillante au-dessus de l\u2019autel. Tombeau obscur, rehauss\u00e9 de ce trait de lumi\u00e8re. Et personne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. 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