{"id":1844,"date":"2020-02-17T09:56:59","date_gmt":"2020-02-17T08:56:59","guid":{"rendered":"http:\/\/dominicainslille.fr\/?p=1844"},"modified":"2022-06-08T15:56:17","modified_gmt":"2022-06-08T13:56:17","slug":"desarme-moi-desarme-nous-desarme-les","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominicainslille.fr\/?p=1844","title":{"rendered":"D\u00e9sarme-moi, d\u00e9sarme-nous, d\u00e9sarme-les"},"content":{"rendered":"\n<p>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Nicolas Burle, 6e dimanche du temps ordinaire, 16 f\u00e9vrier 202<\/p>\n\n\n\n<p>\tL\u2019\u00e9vangile\nde ce dimanche est difficile, exigeant, radical. Pourtant, il existe\nquelque chose de bien plus difficile que de s\u2019arracher un \u0153il ou\nde se couper la main. Tout cela semble finalement beaucoup moins\nco\u00fbteux que ce commandement du Christ&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\t\u00ab&nbsp;lorsque\ntu vas pr\u00e9senter ton offrande \u00e0 l\u2019autel, si, l\u00e0, tu te souviens\nque ton fr\u00e8re a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, l\u00e0,\ndevant l\u2019autel, va d\u2019abord te r\u00e9concilier avec ton fr\u00e8re, et\nensuite viens pr\u00e9senter ton offrande.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\tParmi\nles sujets les plus difficiles pour une hom\u00e9lie, le pardon et la\nr\u00e9conciliation arrivent largement en t\u00eate. Qu\u2019il est difficile de\nparler de ce que l\u2019on vit avec grande peine&nbsp;! La Parole de\nDieu nous invite pourtant au courage en nous demandant d\u2019aller\nparler en face \u00e0 celui qui a quelque chose contre nous. Cela est\nexig\u00e9 avant d\u2019aller pr\u00e9senter notre offrande \u00e0 l\u2019autel.\nC\u2019est-\u00e0-dire maintenant, avant de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019eucharistie.<\/p>\n\n\n\n<p>\t\u00c0\nl\u2019id\u00e9e d\u2019aller voir notre fr\u00e8re, nous sommes souvent paralys\u00e9s\npar cette autre phrase de l\u2019\u00e9vangile que nous ne comprenons\npeut-\u00eatre pas de fa\u00e7on juste&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne jugez pas et vous ne\nserez pas jug\u00e9s.&nbsp;\u00bb Mais ce que nous faisons est bien pire que\nde juger&nbsp;: nous condamnons les personnes sans m\u00eame leur avoir\noffert un jugement \u00e9quitable, sans les avoir \u00e9cout\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\tVous\navez peut-\u00eatre not\u00e9 que le Seigneur nous conna\u00eet bien. Il nous\nconna\u00eet m\u00eame par c\u0153ur. Il nous demande d\u2019aller parler \u00e0 celui\nqui a quelque chose contre nous. Il sait bien que nous pensons\n\u00e9videmment que c\u2019est l\u2019autre, toujours, qui a quelque chose\ncontre nous, c\u2019est lui qui a tous les torts envers nous. Mais le\nSeigneur nous invite aussi \u00e0 regarder notre l\u00e2chet\u00e9 quand nous\nvidons notre sac \u00e0 tout le monde sauf \u00e0 cette personne. Ou quand\nnous nous taisons mais pour mieux ruminer notre amertume, notre\nranc\u0153ur. Quand nous entrons dans un processus de destruction\nprogressive de toute relation.<\/p>\n\n\n\n<p>\tNous\nr\u00e9colterons ce que nous avons sem\u00e9 dans notre vie. Que\nr\u00e9colterons-nous donc en semant ainsi la haine, la col\u00e8re, la\nm\u00e9disance, le m\u00e9pris, la rancune&nbsp;? <em>\u00ab&nbsp;Le Seigneur a\nmis devant toi l\u2019eau et le feu : \u00e9tends la main vers ce que tu\npr\u00e9f\u00e8res. La vie et la mort sont propos\u00e9es aux hommes, l\u2019une ou\nl\u2019autre leur est donn\u00e9e selon leur choix.&nbsp;\u00bb <\/em>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\tEn\n\u00e9coutant ces mots de Ben Sira le Sage, je repense au fr\u00e8re\nChristian de Cherg\u00e9, le prieur des moines de Tibhirine, qui priait\nainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Seigneur, d\u00e9sarme-moi. D\u00e9sarme-nous.\nD\u00e9sarme-les.&nbsp;\u00bb Ou \u00e0 notre fr\u00e8re le Bienheureux Pierre\nClaverie, \u00e9v\u00eaque d\u2019Oran assassin\u00e9 en ao\u00fbt 1996, qui \u00e9crivait\npendant la guerre civile&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\t<em>\u00ab&nbsp;N\u00e9\nen Alg\u00e9rie, <\/em><em>j<\/em><em>\u2019ai pass\u00e9 mon enfance dans la \u00ab&nbsp;bulle\ncoloniale&nbsp;\u00bb, non qu\u2019il n\u2019y ait eu des relations entre les\ndeux mondes, loin de l\u00e0&nbsp;; mais, dans mon milieu social, j\u2019ai\nv\u00e9cu dans une bulle, ignorant l\u2019autre, ne rencontrant l\u2019autre\nque comme faisant partie du d\u00e9cor. Peut-\u00eatre parce que j\u2019ignorais\nl\u2019autre ou que je niais son existence, un jour, il m\u2019a saut\u00e9 \u00e0\nla figure. Il a fait exploser mon univers clos, qui s\u2019est d\u00e9compos\u00e9\ndans la violence \u2013 mais est-ce qu\u2019il pouvait en \u00eatre autrement&nbsp;?\n\u2013 et il a affirm\u00e9 son existence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\n\t<em>L\u2019\u00e9mergence\nde l\u2019autre, la reconnaissance de l\u2019autre, l\u2019ajustement \u00e0\nl\u2019autre, sont devenus pour moi des hantises. C\u2019est\nvraisemblablement ce qui est \u00e0 l\u2019origine de ma vocation\nreligieuse. Je me suis demand\u00e9 pourquoi, durant toute mon enfance,\n\u00e9tant chr\u00e9tien \u2013 pas plus que les autres \u2013, fr\u00e9quentant les\n\u00e9glises \u2013 comme d\u2019autres \u2013, entendant des discours sur l\u2019amour\ndu prochain, jamais je n\u2019avais entendu dire que l\u2019Arabe \u00e9tait\nmon prochain. Peut-\u00eatre l\u2019avait-on dit, mais je n\u2019avais pas\nentendu. Je me suis dit&nbsp;: d\u00e9sormais, plus de murs, plus de\nfronti\u00e8res, plus de fractures. Il faut que l\u2019autre existe, sans\nquoi nous nous exposons \u00e0 la violence, \u00e0 l\u2019exclusion, au rejet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\tD\u00e9couvrir\nl\u2019autre, vivre avec l\u2019autre, entendre l\u2019autre, se laisser aussi\nfa\u00e7onner par l\u2019autre, cela ne veut pas dire perdre son identit\u00e9,\nrejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanit\u00e9\nplurielle, non exclusive.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\tJe\nsais bien que cela est tr\u00e8s difficile. Le chemin est long pour\nparvenir \u00e0 d\u00e9sarmer nos paroles, pour que nos paroles cherchent\ntoujours \u00e0 \u00e9difier et non \u00e0 d\u00e9truire. Mais je peux t\u00e9moigner que\nc\u2019est possible. C\u2019est ce que les volontaires de Dom&amp;Go nous\nracontent lors de chaque WE de formation. Ils ont v\u00e9cu cela avec les\nfr\u00e8res et les s\u0153urs dominicains, dans diff\u00e9rentes communaut\u00e9s,\nsur tous les continents&nbsp;: cet ajustement \u00e0 l\u2019autre, ces\nr\u00e9conciliations quotidiennes, cette humanit\u00e9 plurielle. Alors cela\ndoit \u00eatre possible aussi en France.<\/p>\n\n\n\n<p>\tNotre\nparole est tr\u00e8s puissante. Elle a la douceur de l\u2019eau ou la\nviolence du feu. Elle peut mettre fin \u00e0 une relation ou au contraire\npermettre un r\u00e9conciliation. Evidemment, la r\u00e9conciliation exige\nune r\u00e9ciprocit\u00e9. J\u2019ai besoin de l\u2019autre pour qu\u2019il y ait\nr\u00e9conciliation. Mais pardonner ou demander pardon, cela\nm\u2019appartient. C\u2019est ma souverainet\u00e9. C\u2019est \u00e0 moi de faire ce\npas, de prononcer ces mots. Et si ce n\u2019est pas encore possible de\nle dire en face ou de l\u2019\u00e9crire, au moins confier ce d\u00e9sir de\npardon au Seigneur dans la pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\tNotre\nparole est tr\u00e8s puissante. Elle a la douceur de l\u2019eau ou la\nviolence du feu. Elle peut tuer ou elle peut redonner vie. Prenons\ndonc soin de notre parole. Car nous sommes les disciples de J\u00e9sus,\nle Verbe de Dieu, la Parole faite chair. Il est venu sauver ce qui\n\u00e9tait perdu. Il a donc sauv\u00e9 notre pauvre parole en pronon\u00e7ant les\nmots les plus importants de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, les mots\nqui ont permis la r\u00e9conciliation des hommes de tous les temps avec\nDieu par l\u2019offrande de sa vie sur l\u2019autel de la croix&nbsp;:\n\u00ab&nbsp;Ceci est mon corps, livr\u00e9 pour vous. Ceci est mon sang,\nvers\u00e9 pour vous&nbsp;\u00bb. Puissions-nous prononcer nous aussi les\nmots de la r\u00e9conciliation dans notre vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Amen.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Nicolas Burle, 6e dimanche du temps ordinaire, 16 f\u00e9vrier 202 L\u2019\u00e9vangile de ce dimanche est difficile, exigeant, radical. Pourtant, il existe quelque chose de bien plus difficile que de s\u2019arracher un \u0153il ou de se couper la main. 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