{"id":3549,"date":"2024-03-24T23:07:08","date_gmt":"2024-03-24T22:07:08","guid":{"rendered":"https:\/\/dominicainslille.fr\/?p=3549"},"modified":"2024-03-24T23:07:08","modified_gmt":"2024-03-24T22:07:08","slug":"compte-a-rebours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominicainslille.fr\/?p=3549","title":{"rendered":"Compte \u00e0 rebours"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Emmanuel Dumont &#8211; Dimanche des Rameaux 24 mars 2024<\/em><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il s\u2019est an\u00e9anti&nbsp;\u00bb. Il est tomb\u00e9 dans l\u2019abime de la mort. Je connais quelqu\u2019un qui s\u2019est an\u00e9anti. C\u2019est Julien, un d\u00e9tenu de 42 ans. Il s\u2019est an\u00e9anti parce qu\u2019il croyait qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00ab&nbsp;n\u00e9ant&nbsp;\u00bb. Il s\u2019est an\u00e9anti parce qu\u2019il pensait \u00eatre aim\u00e9 de personne, il manquait de cet amour si cr\u00e9ateur qui fait sortir du n\u00e9ant. Donc Julien a mis fin \u00e0 ses jours, il y a dix jours, \u00e0 4 heure du matin, seul. Son an\u00e9antissement n\u2019\u00e9tait pas termin\u00e9. L\u2019administration a trait\u00e9 son corps selon les proc\u00e9dures \u00e9tablies. Mais personne n\u2019\u00e9tait plus vraiment concern\u00e9. Il \u00e9tait sorti de prison et pour le personnel, c\u2019est comme s\u2019il \u00e9tait lib\u00e9r\u00e9, il ne les concernait plus vraiment. Les pompes fun\u00e8bres se sont occup\u00e9es de l\u2019incin\u00e9ration et du scellement de l\u2019urne sur la pierre du caveau familial. La mort est toujours un an\u00e9antissement, mais l\u00e0, il se poursuivait jusqu\u2019apr\u00e8s la mort. Pourtant, cette solitude dans la mort n\u2019est m\u00eame pas originale. Combien de personnes sont seules jusqu\u2019aux derniers instants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus a connu la m\u00eame solitude que Julien. Lui aussi a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, or m\u00eame quand c\u2019est pour une juste cause, \u00eatre arr\u00eat\u00e9, c\u2019est toujours une \u00e9preuve. Lui aussi a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9, or m\u00eame quand c\u2019est \u00e0 raison, \u00eatre jug\u00e9, c\u2019est toujours affreux. J\u00e9sus a la maltraitance, la solitude et l\u2019abandon. \u00ab&nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Ici, la mort est l\u2019ach\u00e8vement d\u2019une solitude et d\u2019une \u00e9preuve abyssale. Un abysse que nous fr\u00f4lons parfois dans la souffrance, la d\u00e9pression, la maladie, la mort d\u2019un enfant, l\u2019injustice subie\u2026 Dans ces \u00e9preuves abyssales aussi, Dieu nous a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors vendredi, avec Denis, de l\u2019\u00e9quipe d\u2019aum\u00f4nerie et fr\u00e8re Dominique, nous avons p\u00e2lement imit\u00e9s Simon de Cyr\u00e8ne. Nous sommes all\u00e9s prier sur la tombe de Julien pour lui rendre un dernier hommage, pour qu\u2019il voit, depuis le ciel, qu\u2019il \u00e9tait connu, qu\u2019il \u00e9tait quelqu\u2019un, qu\u2019il \u00e9tait aim\u00e9. Nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s original en perp\u00e9tuant une tradition qui remonte \u00e0 Tobie et aux confr\u00e9ries m\u00e9di\u00e9vales, qui se cotisaient pour se payer mutuellement des fun\u00e9railles et prier les uns pour les autres et en particulier pour les plus pauvres. Nous n\u2019\u00e9tions pas seuls, les cod\u00e9tenus et les b\u00e9n\u00e9voles de l\u2019\u00e9quipe d\u2019aum\u00f4nerie nous accompagnaient dans la pri\u00e8re. Et nous croyons que les parents de Julien \u00e9taient l\u00e0 eux aussi, depuis le ciel. Oui nous croyons en la r\u00e9surrection. Nous croyons que la puissance d\u2019amour de Dieu est non seulement cr\u00e9atrice, mais aussi recr\u00e9atrice, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Croire en la r\u00e9surrection, parfois c\u2019est naturel, parfois c\u2019est difficile. Saint Marc le dit \u00e0 sa mani\u00e8re. Il termine son \u00e9vangile sur le doute des saintes femmes, au tombeau ouvert. Mais saint Marc nous laisse des indices de la r\u00e9surrection. Dans son \u00e9vangile, la mort n\u2019est pas une fin, elle est un d\u00e9but, le d\u00e9but d\u2019une histoire \u00e0 rebours. Je vous propose une relecture de la passion par la fin, comme dans le film Tenet, o\u00f9 les gens remontent le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand J\u00e9sus crie que Dieu l\u2019a abandonn\u00e9, vous le savez, il commence le psaume 21, que les h\u00e9breux connaissent par c\u0153ur et qui se termine en disant qu\u2019on proclamera la justice au peuple qui va naitre. Or c\u2019est que fait le centurion au pied de la croix. Il proclame que J\u00e9sus \u00e9tait vraiment fils de Dieu et fait naitre un nouveau peuple, l\u2019Eglise.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand J\u00e9sus est couronn\u00e9 d\u2019\u00e9pine et rev\u00eatu du manteau de pourpre. C\u2019est sa royaut\u00e9 qui est mont\u00e9. Lui qui juge les vivants et les morts, lui qui r\u00e8gne sur le ciel. Mais cette royaut\u00e9 nous d\u00e9passe et la d\u00e9rision est peut-\u00eatre le meilleur moyen d\u2019en parler sans se prendre au s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant le grand pr\u00eatre, J\u00e9sus dit qui il est \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb et il annonce son retour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et vous verrez le Fils de l\u2019homme si\u00e9ger \u00e0 la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nu\u00e9es du ciel.&nbsp;\u00bb Au moment o\u00f9 Pierre le trahis, J\u00e9sus offre les pr\u00e9mices d\u2019une th\u00e9ophanie \u00e0 ceux qui l\u2019accusent.<\/p>\n\n\n\n<p>A son arrestation, ses disciples le l\u00e2chent, mais ce jeune homme qui part tout nu, n\u2019est-ce pas une annonce du Christ ressuscit\u00e9 qui sort du tombeau, insaisissable, sans son linceul&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A Geths\u00e9mani, oui, il y a de l\u2019angoisse, mais il a aussi de la confiance, de la proximit\u00e9, de l\u2019amiti\u00e9. Cette proximit\u00e9 entre le P\u00e8re et le Fils, qui nous dit quelque chose de la vision b\u00e9atifique. Oui les disciples s\u2019endorment, mais J\u00e9sus leur r\u00e9v\u00e8le que si la chair est faible l\u2019Esprit est ardent. Au c\u0153ur de leurs limites, il leur annonce qu\u2019ils ont l\u2019Esprit Saint.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce dernier repas eucharistique n\u2019est-il pas la premi\u00e8re messe&nbsp;? et les pr\u00e9mices du banquet c\u00e9leste. J\u00e9sus b\u00e9nis la coupe de l\u2019Alliance, la m\u00eame que Mo\u00efse a b\u00e9ni avant de voir Dieu sur l\u2019Horeb. Oui, on y voit la trahison de Juda, mais on y voit aussi ce partage de la nourriture avec tous, y compris avec Juda. C\u2019est comme dans nos r\u00e9unions de famille, oui, on s\u2019est dit des choses, mais on a partag\u00e9 le m\u00eame pain et c\u2019est \u00e7a qui compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019onction \u00e0 B\u00e9thanie, est-ce l\u2019onction d\u2019un corps mort ou l\u2019onction d\u2019un Messie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et je pourrais presque finir avec l\u2019entr\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem, cette entr\u00e9e dans la Cit\u00e9 C\u00e9leste, dans la Ville \u00e9ternelle, dans le paradis. Dans ce r\u00e9cit de passion o\u00f9 la gloire de Dieu perce, les deux disciples qui vont chercher l\u2019\u00e2ne pour pr\u00e9parer l\u2019entr\u00e9e messianique, les deux disciples qui vont pr\u00e9parer le banquet final, c\u2019est nous. C\u2019est vous. Deux par deux, nous pr\u00e9parons l\u2019arriv\u00e9e de Dieu en pl\u00e9nitude, dans ce monde o\u00f9 il semble se cacher.<\/p>\n\n\n\n<p>La Passion du Christ est triste, mais cette tristesse se craquelle, se fissure, et les rayons de la vie \u00e9ternelle la traverse, comme ces fleurs qui ressortent sur le noir du panneau devant l\u2019autel. Oui, la mort de Julien est triste, comme une partie de sa vie, mais la vie \u00e9ternelle, l\u2019amour de Dieu tout puissant a transperc\u00e9 pendant toute sa vie et s\u2019y est faite pr\u00e9sent. Son sens de l\u2019Eucharistie en t\u00e9moigne, lui qui m\u2019obligeait \u00e0 \u00e9lever l\u2019hostie pendant suffisamment longtemps pour qu\u2019il ait le temps de chanter \u00ab\u00a0corps du christ livr\u00e9 pour nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sang du Christ vers\u00e9 pour nous\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hom\u00e9lie du fr\u00e8re Emmanuel Dumont &#8211; Dimanche des Rameaux 24 mars 2024<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3177,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-3549","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-homelies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3549"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3550,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3549\/revisions\/3550"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3177"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominicainslille.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}